Dans son bulletin d’octobre 2026, la Banque mondiale place la Tunisie parmi les pays qui peuvent tirer leur épingle du jeu de l’intelligence artificielle (IA). Mais l’opportunité reste fragile.
Au milieu d’un bulletin dominé par les conséquences du conflit du Golfe, la Banque mondiale glisse un constat encourageant pour la Tunisie. Alors que le PIB des pays du Conseil de coopération du Golfe devrait reculer de 4,3 % en 2026; les économies importatrices de pétrole de la région MENAAP sont restées relativement résilientes, avec une croissance projetée à 4,3 % contre 3,9 % en 2025. La Tunisie appartient à ce groupe.
Un positionnement technologique qui se confirme
Plus remarquable encore : la Tunisie et le Maroc développent leurs exportations de produits de haute technologie. L’institution y voit le signe d’une transition progressive vers des activités à plus forte intensité de savoir et d’une participation accrue aux chaînes de valeur technologiques mondiales. Les deux pays sont devenus les principaux exportateurs de produits liés à l’IA dans la région.
Le rapport range la Tunisie dans la catégorie des économies à revenu intermédiaire, aux côtés de la Jordanie, du Maroc, du Pakistan et de l’Égypte. Ces pays combinent talent technique et écosystèmes numériques en croissance, mais affichent d’importantes lacunes de préparation. Les gains restent, de plus, trop modestes pour compenser les coûts du conflit.
Un secteur privé à réveiller
Premier obstacle : le dynamisme des entreprises. Dans la région, seules 16 % des entreprises ont lancé un nouveau produit ou service ces trois dernières années, contre 29 % dans les autres pays émergents et en développement. À peine 24 % investissent dans le capital physique et moins d’une sur cinq forme formellement ses salariés. Les entreprises publiques, qui pèsent 20 à 50 % de la valeur ajoutée régionale, freinent la concurrence. Corruption et instabilité politique sont citées comme contraintes majeures par 49 % des entreprises des économies à revenu intermédiaire. Pour la Banque mondiale, un environnement favorable au privé est un préalable à toute stratégie de croissance par l’IA.
Avoir accès à l’IA ne suffit pas. En Jordanie, 96 % des entreprises adoptantes l’utilisent pour générer du contenu, mais moins de 5 % l’intègrent à leurs processus de production ou de décision. La leçon vaut pour toute la région : l’adoption reste superficielle; le capital de base. Les talents en IA sont plus nombreux, mais concentrés dans le CCG. Et beaucoup d’entre eux quittent les pays à revenu intermédiaire pour le Golfe et l’OCDE. Une fuite des cerveaux que la Tunisie connaît bien.
Un risque limité pour l’emploi, un potentiel réel
Côté emploi, le rapport se veut rassurant : à court terme, l’automatisation menace moins de 10 % des emplois de la région; tandis que l’IA pourrait augmenter la productivité dans 13 à 20 % d’entre eux. Ce potentiel n’est pas garanti : les gains se diffusent de manière inégale selon les revenus et les qualifications.
L’enjeu pour la Tunisie
La Tunisie dispose d’atouts : des talents, des exportations technologiques, une résilience relative. Reste à transformer cet avantage en croissance durable, en dynamisant le secteur privé, en adaptant l’IA à la langue et au contexte locaux, et en retenant ses ingénieurs.