La nomination d’une femme au poste de cheffe du gouvernement au Maroc est perçue par une large partie des Maghrébins comme une avancée majeure. Reste à savoir si elle disposera des marges de manœuvre nécessaires pour exercer pleinement ses fonctions.
Au-delà de l’euphorie suscitée par cette première historique, une analyse objective s’impose. L’ancien diplomate Ezzeddine Zayani souligne le caractère symbolique fort de cette nomination, mais rappelle que cela ne suffit pas à garantir une bonne gouvernance dans un pays où les structures traditionnelles du Makhzen demeurent influentes. Par ailleurs, la génération Z, ces millions de jeunes récemment mobilisés contre la marginalisation et l’oubli, n’a pas encore dit son dernier mot. Les images de milliers de jeunes Marocains tentant de franchir les grillages des frontières maroco-espagnoles restent, elles aussi, gravées dans les mémoires.
« Que dire des orientations de politique étrangère, notamment sur la question du Sahara occidental et de leurs répercussions sur la région maghrébine ? Aura-t-elle les coudées franches ou ne sera-t-elle qu’une exécutante des desiderata de divers acteurs ? », interroge Ezzeddine Zayani.
Toutefois, il reconnaît que la gestion de la mairie de Marrakech et les réalisations qui y ont été accomplies témoignent des capacités de Fatima Ezzahra El Mansouri à entreprendre et à faire face aux difficultés. Mais est-ce un gage suffisant pour diriger un gouvernement confronté à des intervenants intérieurs et extérieurs exigeant toujours plus de marges de manœuvre ? « Dommage que, si elle échoue, les éternels misogynes en déduisent que les femmes ne sont pas faites pour assumer de grandes responsabilités politiques », ajoute-t-il.
« J’espère que Mme Fatima Ezzahra El Mansouri pourra s’imposer et s’attaquer à la phallocratie dominante dans le monde arabe, même si elle est chargée d’une mission délicate dans un pays à la croisée des chemins, dans un contexte mondial opaque et imprévisible », conclut l’ancien diplomate.