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Leconomiste Maghrebin > Blog > Nation > Société > Drogue, jeunesse et défis sociaux, l’analyse d’Elyes Kasri
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Drogue, jeunesse et défis sociaux, l’analyse d’Elyes Kasri

L'Economiste Maghrébin
2026/10/02 at 1:00 PM
par L'Economiste Maghrébin 9 Min Lecture
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Elyes Kasri
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Dans une tribune, l’ancien diplomate Elyes Kasri sonne l’alarme : derrière l’affaire de l’adolescente Yakin se profile une crise systémique due a l’explosion des drogues, l’effondrement des repères familiaux et scolaires, la perte de contrôle de l’État sur sa jeunesse. Pour lui, la Tunisie vit une « guerre de l’opium » moderne, imposée de l’extérieur, qui menace son capital humain et sa souveraineté. Sa réponse ? Un sursaut national fondé sur un nouveau modèle socio-économique, un arsenal législatif d’exception et une modernité tunisienne, ni calquée sur l’Occident ni repliée sur l’obscurantisme.

« L’affaire de l’adolescente Yakin, au-delà de ses péripéties, tire la sonnette d’alarme. Elle met à nu les failles profondes de notre société : l’explosion de la consommation de drogues, mais surtout la perte de contrôle de l’État, de l’école et des familles sur notre jeunesse.

Contents
Dans une tribune, l’ancien diplomate Elyes Kasri sonne l’alarme : derrière l’affaire de l’adolescente Yakin se profile une crise systémique due a l’explosion des drogues, l’effondrement des repères familiaux et scolaires, la perte de contrôle de l’État sur sa jeunesse. Pour lui, la Tunisie vit une « guerre de l’opium » moderne, imposée de l’extérieur, qui menace son capital humain et sa souveraineté. Sa réponse ? Un sursaut national fondé sur un nouveau modèle socio-économique, un arsenal législatif d’exception et une modernité tunisienne, ni calquée sur l’Occident ni repliée sur l’obscurantisme.1- La tenaille infernale : émigration clandestine, délinquance et violence insensée2- L’urgence vitale d’un nouveau modèle socio-économique 3- La troisième voie : ni mimétisme occidental, ni régression obscurantiste4- L’arsenal législatif et la dilution de l’autorité 5- Mesures d’urgence : pour un sursaut national 

Le constat du dernier recensement de la population est sans appel : la Tunisie fait face à une régression démographique historique. En l’absence de richesses naturelles, notre seule force a toujours été nos ressources humaines. Aujourd’hui, ce capital est directement menacé par la délinquance et l’effet dévastateur de substances psychotropes dont l’origine est totalement étrangère.

1- La tenaille infernale : émigration clandestine, délinquance et violence insensée

Soyons lucides : ce fléau n’a pas de frontières de classe. Des lycées de nos quartiers populaires aux établissements des zones résidentielles aisées, toutes les catégories sociales sont menacées.
Mais l’urgence absolue doit se focaliser sur nos poches de pauvreté et de chômage. C’est là que le désœuvrement et l’absence d’horizon enferment nos jeunes dans une tenaille infernale : d’un côté, le mirage mortel de l’émigration clandestine ; de l’autre, la chute programmée dans la délinquance.

Le fléau des psychotropes transforme cette impasse en un point de non-retour. La dépendance aliène la conscience et engendre une violence insensée, sauvage, inédite dans nos rues. Si nous ne brisons pas cet étau, les dommages sur le tissu social tunisien et la sécurité nationale deviendront définitivement irréversibles.

2- L’urgence vitale d’un nouveau modèle socio-économique 

Pour arracher notre jeunesse à cette dérive, la réponse sécuritaire ne suffira pas. Il y a une urgence vitale à refonder notre modèle socio-économique. L’État doit cesser de gérer la pauvreté par la charité ou la prison pour enfin créer de la richesse inclusive, en ouvrant de véritables opportunités économiques et professionnelles. Notre jeunesse a besoin d’espoirs tangibles, de projets de vie réalistes, d’emplois dignes et de mécanismes de mobilité sociale pour ne plus voir son avenir ailleurs ou dans la criminalité.

3- La troisième voie : ni mimétisme occidental, ni régression obscurantiste

L’État et l’élite humanitariste doivent faire leur introspection. À vouloir calquer nos lois sur un modèle occidental permissif pour se donner « bonne figure » — alors que cet Occident lui-même vacille et rejette ce qui est qualifié d’idéologie WOKE—, nous avons méthodiquement affaibli nos structures de transmission et de discipline.

Cependant, la solution ne réside pas dans un retour en arrière. Il faut refuser catégoriquement les solutions régressives et obscurantistes prônées par des courants islamistes rigoristes d’une autre époque, qui exploitent toute détresse pour imposer un projet de société liberticide.

Le salut de la Tunisie impose de se départir du mimétisme occidental stérile pour retrouver un équilibre psychosocial propre à ses réalités, ses valeurs, ses défis et ses ambitions. Nous devons bâtir une modernité tunisienne, fière de son identité, mais résolument progressiste et protectrice de son capital humain.

4- L’arsenal législatif et la dilution de l’autorité 

Cette perte de repères se traduit par une déconstruction juridique des piliers de notre société :

  • L’effondrement du rempart familial : un arsenal de lois importées a criminalisé et délégitimé toute forme de discipline parentale. En privant les parents de leur rôle de pivots de l’autorité, la législation a encouragé l’individualisme. Résultat : explosion des divorces, familles monoparentales précarisées et une cellule familiale atomisée où le parent est dépouillé de son ascendant moral.
  • La démission forcée de l’institution éducative : autrefois sanctuaire du savoir et de la rigueur, l’école tunisienne a été vidée de sa substance disciplinaire. Les enseignants se retrouvent ligotés par des directives laxistes. Le corps enseignant n’exerce plus aucune emprise morale. Le vide éducatif ainsi créé est immédiatement récupéré par la rue et les dealers de psychotropes.

Aujourd’hui, le mariage et la procréation sont devenus des défis économiques et juridiques si lourds que de moins en moins de Tunisiens sont prêts à les affronter.

5- Mesures d’urgence : pour un sursaut national 

Comme le takrouri pendant la colonisation ou la guerre de l’opium imposée à la Chine pour l’asservir, la drogue doit être traitée comme un crime de haute trahison et une attaque directe à notre souveraineté nationale.

L’État doit réagir par des actes forts :

  • L’inscription permanente de la question de la jeunesse et des psychotropes à l’ordre du jour du Conseil de Sécurité Nationale. Ce n’est plus un problème de santé, c’est une priorité absolue de défense et même de survie nationale.
  • La création d’un article d’exception : le « Super 96 ». Alors que l’article 96 du Code pénal punit déjà l’abus de fonction et la corruption des agents publics, l’infiltration des réseaux de drogue exige un tour de vis exceptionnel à la hauteur de la menace. Il nous faut une législation spéciale « Super 96 » pour sanctionner de la peine maximale — de manière automatique et sans aucun aménagement ou pardon possible — tout responsable, fonctionnaire, magistrat ou agent de sécurité qui aide, couvre, ferme les yeux ou participe de près ou de loin à une opération d’importation et de distribution de substances psychotropes. La trahison de l’État par l’intérieur doit être punie de la manière la plus sévère et la plus dissuasive.
  • Le déploiement d’un bouclier social d’urgence dans les « zones d’ombre » : l’État doit réinvestir massivement là où la précarité fait le lit des cartels de la drogue.
    Ce bouclier opérationnel repose sur trois piliers indispensables :
    – Des structures de veille psychosociale de proximité à déployer au cœur des quartiers populaires et des régions oubliées des cellules d’alerte et d’écoute. Ces structures auront pour mission de détecter précocement les premiers signes d’addiction, de décrochage scolaire ou de basculement dans la criminalité.
    – L’accompagnement actif des familles fragilisées et nécessiteuses : ne plus laisser les parents démunis seuls face à la crise. L’État doit offrir un soutien psychologique, éducatif et financier ciblé à ces foyers pour les aider à réaffirmer leur rôle de rempart moral et d’autorité bienveillante.
    – Des alternatives de vie saines et valorisantes : créer des centres d’animation culturelle et des programmes récréatifs intensifs pour occuper sainement la jeunesse. En parallèle, une refonte de la formation professionnelle rapide, gratuite (peut-être même avec des primes de formation), et connectée aux besoins du marché doit être lancée pour offrir à chaque jeune en situation d’échec scolaire une seconde chance, un vrai métier et une perspective d’avenir digne.

Sans cette rigueur absolue et ce sursaut économique et social, nous réaliserons nous-mêmes le cri de guerre de Caton l’Ancien : Carthage doit être détruite. Ne laissons pas détruire l’avenir de la Tunisie. »

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MARQUÉE: Elyes Kasri, Jeunesse, Tunisie
L'Economiste Maghrébin 2 octobre 2026
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