En mobilisant ses supporters pour financer la diffusion de son match contre le TP Mazembe, le Club Africain entend mettre fin à la cession gratuite de ses droits audiovisuels. Une initiative qui pose la question de la valorisation commerciale du football tunisien et de la diversification des revenus des clubs.
Le Club Africain a choisi de faire des droits de retransmission un enjeu économique. À l’occasion de son match retour contre le TP Mazembe, disputé le 25 octobre 2026 au stade Hamadi-Agrebi de Radès, le club de Bab Jedid a refusé le principe d’une cession gratuite de ses droits audiovisuels et sollicité la contribution de ses supporters pour financer la diffusion de la rencontre.
L’objectif fixé était de 200 000 dinars. La collecte organisée sur la plateforme All4One a atteint la somme requise, permettant la retransmission gratuite du match sur la chaîne YouTube officielle du club et ses plateformes numériques.
Au-delà de l’enjeu sportif, cette opération marque une nouvelle étape dans la stratégie du club visant à mieux valoriser ses contenus et à mobiliser sa communauté comme source de financement. Elle pose surtout une question : les droits audiovisuels peuvent-ils contribuer à renforcer l’autonomie financière des clubs tunisiens ?
Des droits audiovisuels que le club veut valoriser
Le 24 octobre, le Club Africain a annoncé n’avoir reçu aucune offre financière pour l’acquisition des droits de diffusion de sa rencontre contre le TP Mazembe. Le club a alors conditionné la retransmission gratuite à l’atteinte de son objectif de collecte de 200 000 dinars, appelant ses supporters en Tunisie et à l’étranger à participer au financement de l’opération.
Cette position traduit une volonté de changer les pratiques de commercialisation des matchs continentaux. Pour le club, les droits de diffusion représentent un actif qui ne devrait plus être cédé gratuitement.
Des médias avaient auparavant évoqué un montant de 350 000 dinars réclamé aux diffuseurs intéressés par le match retour. Ce montant doit toutefois être distingué de la collecte de 200 000 dinars, qui correspond à l’objectif annoncé pour financer la retransmission. Le club a, pour sa part, déclaré n’avoir reçu aucune offre financière.
Le recours au financement participatif a ainsi permis de trouver une solution en l’absence d’accord commercial annoncé. Les supporters ont contribué à rendre possible une diffusion gratuite, tandis que le club a conservé la maîtrise de ses plateformes de retransmission.
Une stratégie engagée dès septembre
L’initiative ne se limite pas au match contre le TP Mazembe. Le 5 septembre 2026, lors de la réception du Djoliba AC du Mali au premier tour préliminaire de la Ligue des champions africaine, le Club Africain avait déjà opté pour une diffusion exclusivement numérique sur All4One.
La Télévision tunisienne avait alors indiqué avoir contacté les clubs tunisiens engagés dans les compétitions africaines pour assurer la retransmission de leurs rencontres. Selon son communiqué, le Club Africain avait été le seul à ne pas donner suite à sa demande de diffusion. Le club avait précisé que les recettes générées par la retransmission du match contre le Djoliba seraient consacrées à l’aménagement de sa boutique au Parc A. <Cite refs={[« turn289924search2 »]}/>
Cette première expérience, suivie de la collecte organisée pour le match contre le TP Mazembe, témoigne d’une volonté de développer des sources de financement directement liées à l’activité du club.
Elle ne permet cependant pas, à elle seule, de conclure à la rentabilité de ce modèle. Pour mesurer ses résultats, il faudrait notamment connaître les recettes nettes générées par les différentes opérations, les coûts de diffusion et les dépenses consacrées à la mobilisation des supporters.
Le supporter, un acteur du financement du club
Le modèle expérimenté par le Club Africain repose sur une relation plus directe entre le club et sa communauté. Plutôt que de dépendre uniquement d’un diffuseur traditionnel, le club peut mobiliser ses supporters pour financer l’accès aux images et développer ses propres canaux de distribution.
Cette démarche ouvre des perspectives de diversification des revenus. Les plateformes numériques peuvent permettre aux clubs de mieux contrôler la diffusion de leurs contenus, de développer leur audience et de tester différentes formules de financement, sous réserve des droits applicables à chaque compétition.
Mais la mobilisation des supporters comporte aussi des limites. Une collecte exceptionnelle ne garantit pas des recettes régulières. Sa réussite dépend de l’intérêt sportif de la rencontre, de la capacité financière des supporters et de leur volonté de contribuer. Elle ne remplace pas nécessairement les revenus issus de contrats audiovisuels durables.
Pour devenir un véritable levier d’autonomie financière, ce modèle devrait donc s’inscrire dans une stratégie commerciale plus large, fondée sur des revenus prévisibles et une gestion rigoureuse des coûts.
Une première carte, pas encore l’indépendance financière
L’expérience du Club Africain remet sur la table la question de la valorisation économique du football tunisien. Les droits audiovisuels constituent une source potentielle de revenus, mais leur exploitation suppose une stratégie claire, une capacité de négociation et une bonne connaissance des coûts liés à la production et à la diffusion des matchs.
L’enjeu dépasse également le seul Club Africain. Pour les autres clubs tunisiens, la question est de savoir comment transformer leur audience et leur popularité en ressources financières plus régulières, sans faire reposer leur modèle exclusivement sur les contributions des supporters.
La démarche du club de Bab Jedid constitue ainsi une initiative concrète dans la recherche de nouvelles sources de financement. Elle ne signifie pas que le club a atteint l’indépendance financière, mais elle illustre une volonté de reprendre la main sur la valorisation de ses droits audiovisuels.
Reste à savoir si cette stratégie pourra être reproduite au fil des rencontres, générer des revenus nets suffisants et s’intégrer dans un modèle économique durable. C’est à cette condition que les droits TV pourront dépasser le stade de l’initiative ponctuelle et devenir un véritable instrument de diversification des ressources des clubs tunisiens.