Le président brésilien sortant, Luiz Inácio Lula da Silva, a remporté dimanche 25 octobre un quatrième mandat présidentiel, avec 51,75 % des suffrages contre 48,25 % pour son rival d’extrême droite Flávio Bolsonaro. Ce dernier refuse de reconnaître sa défaite et annonce vouloir demander l’annulation du scrutin, invoquant une décision judiciaire ayant prolongé les horaires de vote.
Le président sortant brésilien Luiz Inácio Lula da Silva a remporté une victoire historique au second tour de l’élection présidentielle, battant le sénateur Flávio Bolsonaro avec environ 4,4 millions de voix d’avance. Ce résultat (provisoire) lui ouvre la voie à un quatrième mandat (non consécutif), après ses deux premières présidences de 2003 à 2010 et son retour au pouvoir en 2023.
Cette victoire constitue un retournement politique majeur. Arrivé derrière son adversaire au premier tour, le président sortant a bénéficié d’une remobilisation de son électorat, notamment grâce aux rassemblements populaires et à une campagne renforcée sur les réseaux sociaux. Il devient le premier candidat depuis le retour à la démocratie dans les années 1980 à remporter la présidentielle après avoir terminé deuxième au premier tour.
Flávio Bolsonaro réclame l’annulation du scrutin
Le candidat battu a refusé de reconnaître les résultats et annoncé son intention de demander l’annulation de l’élection. Il conteste une décision du juge de la Cour suprême Cristiano Zanin, qui a prolongé de deux heures le vote dans les bureaux encore ouverts, après des signalements de perturbations des transports publics.
La mesure avait été sollicitée par le camp de Lula, qui estimait que la réduction des services de bus dans certaines villes empêchait des électeurs de rejoindre les bureaux de vote. Flávio Bolsonaro avait lui-même demandé une prolongation dans certaines régions touchées par de fortes pluies, avant de dénoncer la décision judiciaire. Mais une annulation apparaît toutefois peu probable, selon des analystes cités par Reuters. Le camp de Bolsonaro avait également demandé un aménagement des horaires dans certaines zones, et l’écart final entre les deux candidats dépasse quatre millions de voix.
Une victoire dans une Amérique latine plus conservatrice
Le résultat brésilien marque un coup d’arrêt à la progression des forces conservatrices en Amérique latine. La victoire de Lula prive notamment le président américain Donald Trump d’un allié potentiel à la tête de la première économie de la région. Durant sa campagne, Lula a défendu la souveraineté nationale, les programmes sociaux et une politique étrangère indépendante de Washington. Il a mis en avant les progrès enregistrés durant son troisième mandat en matière de pauvreté, d’emploi et de lutte contre la déforestation. Son adversaire, fils de l’ancien président Jair Bolsonaro, avait mobilisé un électorat conservateur autour de la sécurité, de la baisse des impôts et de la promesse d’un changement politique…
Un mandat sous contraintes économiques et parlementaires
Lula devra gouverner dans un environnement difficile. Le Congrès élu est dominé par les forces conservatrices, qui pourraient contrôler une majorité confortable dans les deux chambres. Cette configuration risque de compliquer l’adoption des réformes et de limiter la marge de manœuvre du pouvoir exécutif. Le gouvernement prévoit une croissance économique de seulement 2,3 % en 2027, tandis que la dette publique dépasse 82 % du produit intérieur brut. Les taux d’intérêt élevés, l’endettement des ménages et le coût de la vie constituent d’autres défis majeurs.
Le quatrième mandat de Lula s’annonce donc comme un exercice d’équilibre entre la poursuite des politiques sociales, la maîtrise des finances publiques et la recherche de compromis avec un Parlement plus hostile. À 80 ans, le dirigeant de gauche retrouve la présidence avec une légitimité électorale renouvelée, mais face à un pays toujours profondément polarisé.