Le Brésil s’engage dans une nouvelle bataille électorale. Le premier tour de l’élection présidentielle, organisé dimanche 4 octobre, a débouché sur un duel entre le président sortant, Luiz Inácio Lula da Silva, et le sénateur Flávio Bolsonaro.
Avec 47 % des suffrages exprimés, Flávio Bolsonaro a créé la surprise en devançant légèrement Lula, crédité d’environ 45 %. Le résultat est particulièrement significatif au regard des sondages qui plaçaient généralement le président sortant en tête avant le scrutin. Les deux candidats s’affronteront donc au second tour, le 25 octobre.
160 millions de Brésiliens étaient appelés à participer à ce scrutin présidentiel, mais également pour renouveler les 513 sièges de la Chambre des députés et une partie du Sénat. La campagne a été largement dominée par les affrontements politiques, les scandales de corruption et les accusations d’ingérence étrangère, au détriment d’un véritable débat sur les programmes économiques et sociaux.
À 80 ans, Lula cherche à obtenir un quatrième mandat présidentiel non consécutif. Son adversaire, âgé de 45 ans, s’est présenté comme l’héritier politique de Jair Bolsonaro et comme le candidat du changement face au gouvernement du Parti des travailleurs. Ce dernier a notamment promis de rechercher une amnistie pour son père, condamné à plus de 27 ans de prison pour avoir conspiré en vue d’empêcher la transition du pouvoir après sa défaite électorale de 2022. Cette question demeure l’un des principaux marqueurs de la campagne de la droite brésilienne.
L’économie au cœur du second tour
Au-delà de la confrontation idéologique, les conditions économiques constituent l’un des principaux enjeux du scrutin. Le Brésil reste confronté à une dette publique supérieure à 82 % du PIB, tandis que les prévisions de croissance ont été ramenées à environ 2 % pour cette année et 2,3 % pour 2027.
L’inflation et le coût de la vie, l’endettement des ménages, la criminalité et les dépenses publiques figurent parmi les préoccupations majeures des électeurs. Lula peut mettre en avant la baisse des inégalités et du chômage ainsi que ses politiques sociales. Mais son gouvernement peine à convaincre une partie de l’électorat confrontée à la hausse du coût de la vie et à l’endettement.
Quant à Flávio Bolsonaro, il défend une orientation plus favorable au marché, fondée notamment sur la réduction des dépenses publiques, les privatisations, les concessions et un renforcement de la discipline budgétaire.
Le facteur Trump
La dimension internationale pèse également sur le scrutin. Les relations avec Washington se sont tendues sous Lula, notamment après les mesures tarifaires américaines visant les produits brésiliens. Donald Trump avait auparavant lié certaines de ses pressions commerciales au dossier judiciaire concernant Jair Bolsonaro.
Flávio Bolsonaro entretient des relations étroites avec l’administration américaine et s’est prononcé en faveur d’un rapprochement avec Washington. Il a notamment soutenu certaines positions américaines concernant la lutte contre les organisations criminelles brésiliennes et l’accès aux ressources stratégiques du pays.
Pour Lula, cette proximité fait craindre une influence excessive des États-Unis sur la politique brésilienne. Washington rejette toutefois les accusations d’ingérence dans le scrutin.
Un second tour particulièrement incertain
Le résultat du premier tour ouvre désormais une campagne de trois semaines au cours de laquelle les deux candidats devront convaincre les électeurs ayant choisi d’autres formations. La bataille s’annonce donc particulièrement serrée. Le prochain président du Brésil héritera d’une économie confrontée à d’importantes contraintes budgétaires, mais aussi d’un pays profondément divisé politiquement.
Le scrutin du 25 octobre ne déterminera pas seulement le successeur à la présidence : il devrait également définir l’orientation économique, sociale et diplomatique de la première puissance d’Amérique latine pour les prochaines années.