Première puissance économique et politique d’Amérique latine, le Brésil joue son destin géopolitique à l’occasion de l’élection présidentielle. Le président de gauche Lula da Silva, 80 ans, candidat à un quatrième mandat, est garant d’une stratégie d’indépendance à l’égard des Etats-Unis, alors que son adversaire d’extrême droite Flavio Bolsonaro, fils de l’ancien président Jair Bolsonaro (2019-2023), engagerait le pays sur la voie de la vassalisation et de l’alignement sur les Etats-Unis. Donald Trump a d’ailleurs reconnu suivre cette élection et ses résultats.
L’élection du fils Bolsonaro consacrerait, plus largement, le mouvement de bascule (géo)politique d’un sous-continent marqué par l’élection depuis les années 2020 de présidents d’extrême-droite : Nayib Bukele (au Salvador), mais aussi Javier Milei (en Argentine), Laura Fernandez (au Costa Rica), Keiko Fujimori (au Pérou), José Antonio Kast (au Chili), Abelardo de la Espriella en Colombie). Tous sont inspirés et soutenus par le président américain Donald Trump.
Le Brésil, puissance globale émergente
Si le Brésil est la première puissance latino-américaine, son ambition est d’incarner une « puissance globale émergente ». Au-delà de sa superficie et de sa démographie, le Brésil s’érige au premier rang des puissances économiques latino-américaines (avec près de 50 % du PIB de l’Amérique du Sud) et entre la 8ᵉ et la 10ᵉ économie mondiale selon les fluctuations des taux de change (selon les estimations du FMI pour 2025).
Fort de ressources naturelles d’une exceptionnelle richesse (en minerais, notamment), le Brésil est l’une des principales puissances industrielles (avec des secteurs importants dans les domaines de l’énergie, de la sidérurgie, de l’aéronautique) et agro-alimentaires du monde. Son secteur tertiaire, celui des services (banques et assurances, télécommunications, commerce, tourisme) est également performant.
En outre, la voix politico-diplomatique du Brésil est une voix forte au sein de l’ordre régional et une voix désormais audible sur la scène internationale grâce en particulier au charisme et au volontarisme du président Lula da Silva. Ce dernier défend une vision du monde articulant « anti-impérialisme », volonté d’émancipation par rapport à l’influence traditionnelle des Etats-Unis sur le sous-continent et refondation du multilatéralisme et de la gouvernance internationale (en vue de renforcer sa représentativité et son efficacité), où le Brésil a vocation à assurer un rôle d’intermédiaire entre les puissances mondiales et les pays en développement. Un discours ambitieux qui traduit la volonté du géant sud-américain d’intégrer le jeu mondial. Reste que son influence internationale et son leadership régional demeurent relatifs, voire contestés.
Les limites à la stratégie de puissance
La dynamique de puissance du Brésil pâtit de fragilités ou vulnérabilités internes et des résistances de ses voisins quant à l’acceptation de son leadership.
D’une part, le Brésil souffre de diverses sources de vulnérabilités internes : de très fortes disparités territoriales et inégalités socio-économiques, le pays étant l’un des plus inégalitaires du monde ; une croissance économique très volatile et donc irrégulière, phénomène lié en particulier à une dépendance aux exportations de matières premières et à une sensibilité aux fluctuations des prix mondiaux ; une corruption et une criminalité organisée (source d’insécurité) endémiques.
D’autre part, bien que le Brésil bénéficie clairement du statut de « première puissance » latino-américaine, l’exercice de son hégémonie se heurte aux politiques et stratégiques antagoniques de ses voisins : les divergences idéologiques et stratégiques entre les Etats de la région (en particulier sur les rapports avec les Etats-Unis) affaiblissent la capacité d’impulsion et d’influence du Brésil ; la concurrence croissante d’acteurs extérieurs (les Etats-Unis, mais aussi la Chine) réduit la capacité de Brasilia à structurer durablement l’espace sud-américain.