La Tunisie prévoit d’importer environ 110 000 tonnes d’ammonitrate pour répondre aux besoins de la campagne des grandes cultures 2026-2027. Le stock disponible s’élève actuellement à 69 000 tonnes, tandis que les préparatifs se poursuivent pour assurer l’approvisionnement des agriculteurs en engrais et en semences.
Ces données ont été présentées jeudi par des représentants du ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche maritime, lors d’une séance d’audition devant la commission de l’Agriculture, de la Sécurité alimentaire et hydrique et de la Pêche au sein de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), consacrée aux préparatifs des campagnes céréalière et des dattes.
Sur les 69 000 tonnes d’ammonitrate disponibles, 63 000 tonnes sont stockées au centre de Kabolâat et 6 000 tonnes à l’usine de Gabès.
1,458 million d’hectares programmés pour les grandes cultures
Pour la campagne 2026-2027, les superficies prévues pour les grandes cultures atteignent 1,458 million d’hectares, dont 77 000 hectares consacrés aux céréales irriguées.
Concernant les semences sélectionnées, environ 232 000 quintaux avaient été mis à la disposition des régions de production entre août et le 16 octobre 2026, sur un programme prévisionnel de 492 000 quintaux de semences subventionnées.
Les besoins en semences contrôlées d’orge sont estimés à 100 000 quintaux, alors que les quantités disponibles ne dépassent pas 12 000 quintaux.
La préparation des terres se poursuit également. Le taux d’avancement des labours profonds atteint 64 %, contre 55 % pour le premier labour de reprise et 17 % pour le deuxième.
Renforcer l’approvisionnement et l’encadrement agricole
Le ministère entend sécuriser les besoins de la campagne et renforcer l’accompagnement technique des agriculteurs. Le programme prévu comprend des ateliers régionaux, des journées d’information sur le terrain et des formations destinées aux agriculteurs et aux techniciens.
Un programme national de rationalisation de la fertilisation des grandes cultures est également prévu afin de mieux adapter les apports aux besoins des sols. En parallèle, une plateforme numérique consacrée à la collecte et à la gestion des échantillons de sol à l’échelle nationale est en cours de préparation. Les analyses ont déjà été achevées dans 17 gouvernorats.
Les autorités prévoient aussi d’accélérer les semis sur les superficies céréalières programmées, d’étendre les surfaces bénéficiant d’une irrigation d’appoint dans les régions du Nord et d’affiner l’évaluation des besoins en semences ordinaires contrôlées d’orge.
L’accélération des procédures d’octroi des crédits saisonniers figure également parmi les priorités, afin de permettre aux agriculteurs de recevoir les semences sélectionnées dans les délais requis.
Les députés alertent sur les pénuries et les pertes de récolte
Lors des débats, plusieurs députés ont soulevé les difficultés liées au manque de semences sélectionnées et de produits phytosanitaires, ainsi qu’aux retards de distribution. Ils ont également pointé l’insuffisance de l’encadrement agricole et mis en garde contre les répercussions de ces contraintes sur la production.
Les élus ont appelé à renforcer l’accompagnement des agriculteurs, à leur fournir des informations actualisées et à multiplier les possibilités de formation. Ils ont aussi plaidé pour une stratégie intégrée de lutte contre les maladies des cultures, fondée notamment sur une meilleure exploitation des résultats de la recherche scientifique afin de protéger la santé végétale.
Les pertes de céréales ont également été évoquées. Selon les interventions des députés, elles pourraient atteindre 30 %, notamment en raison du vieillissement du parc de moissonneuses-batteuses. Les élus ont ainsi demandé le renouvellement des équipements de récolte.
Lutter contre la spéculation sur les semences et les engrais
Les représentants du ministère ont appelé à intensifier les contrôles sur le terrain, en coordination avec les différentes parties concernées, afin de lutter contre les pratiques spéculatives et la vente de semences et d’engrais à des prix illégaux.
Ils ont également souligné la nécessité de faciliter l’obtention, par les agriculteurs, des attestations requises pour leur approvisionnement en ammonitrate.
En réponse aux préoccupations exprimées, les représentants du ministère ont réaffirmé leur volonté de renforcer la formation des agriculteurs, notamment pour adapter la fertilisation aux caractéristiques des sols, et de mobiliser davantage les résultats de la recherche scientifique au service de l’amélioration des pratiques agricoles.