Croissance chinoise à 4,7 %, zéro droit de douane pour les produits tunisiens, centre d’oncologie financé à Gabès : à Tunis, l’ambassadeur chinois Wan Li a dressé un bilan offensif du partenariat stratégique noué avec la Tunisie en 2024, lors d’une cérémonie organisée en soirée pour le 77e anniversaire de la fondation de la République populaire de Chine, en présence d’ambassadeurs et de représentants d’organisations internationales accrédités dans le pays.
Sous la direction des présidents Xi Jinping et Kaïs Saïed, la Chine et la Tunisie entendent poursuivre leurs efforts communs pour le développement des deux pays et pour ce que Wan Li a qualifié de construction d’une communauté d’avenir partagé pour l’humanité. Le ministre tunisien de l’Économie et de la Planification, Samir Abdelhafidh, a rattaché cette dynamique à la visite d’État effectuée en Chine en 2024 et qualifié l’essor des relations bilatérales de remarquable. Les échanges de haut niveau sont restés fréquents depuis, avec des visites de travail menées à Tunis par des délégations du Parti communiste chinois et de l’agence chinoise de coopération internationale au développement, ainsi que plusieurs déplacements de ministres tunisiens en Chine, dont deux effectués par Samir Abdelhafidh lui-même en 2025. Ces échanges ont permis, selon le ministre, une concertation plus approfondie et des contributions sectorielles fortement appréciées côté tunisien.
Zéro droit de douane et dynamisme commercial
Sur le plan commercial, une mesure concrète a marqué l’année : l’entrée en vigueur du zéro droit de douane proposé par le président Xi Jinping, censé faciliter l’accès des produits tunisiens de qualité au marché chinois et encourager davantage d’entreprises chinoises à s’implanter en Tunisie. Wan Li a évoqué à ce titre une dynamique positive des investissements directs chinois observée l’an dernier, plusieurs sociétés chinoises étant revenues cette année pour explorer de nouvelles opportunités.
Cette annonce s’inscrit dans un contexte économique national favorable. Le produit intérieur brut chinois a progressé de 4,7 % en glissement annuel au premier semestre. Entre janvier et août, le commerce extérieur du pays a atteint environ 5 190 milliards de dollars d’échanges de marchandises, en hausse de 17,6 % sur un an, avec des importations d’environ 2 180 milliards de dollars (+22 %) et des exportations d’environ 3 000 milliards de dollars (+14,6 %). Cette année marque également, selon l’ambassadeur, le lancement du 15e Plan quinquennal chinois, présenté comme une feuille de route porteuse de nouvelles opportunités pour les partenaires extérieurs de la Chine.
Santé et coopération culturelle
La coopération sanitaire entre les deux pays s’est traduite par deux projets concrets, présentés comme la mise en œuvre des consensus dégagés entre les chefs d’État chinois et tunisien : le démarrage officiel du Centre d’oncologie de Gabès, financé par un don chinois, et un projet d’extension de l’hôpital de Sfax, actuellement à l’étude. Ces initiatives s’ajoutent à une coopération plus large portant sur les ressources hydrauliques et les infrastructures.
Le volet culturel a également progressé. Un projet de protection du site de la forêt de Ben Arous a été mené à bien cette année par les équipes archéologiques chinoises et tunisiennes, et la coopération doit se poursuivre sur le chantier de fouilles des ports puniques de Carthage. Pékin souhaiterait par ailleurs élargir les échanges dans le cinéma, la télévision, les médias, ainsi que les liens humains et entre collectivités locales.
Un partenariat inscrit dans les grands enjeux régionaux
Wan Li a situé ce partenariat dans un cadre plus large en rappelant que cette année correspond aussi au 70e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre la Chine et les pays africains et arabes. De par sa double appartenance à ces deux espaces, la Tunisie constitue, aux yeux de Pékin, un partenaire important. Un attachement commun à la souveraineté nationale, à l’indépendance des États et au système onusien unirait en outre les deux pays, engagés ensemble dans la promotion du multilatéralisme. L’ambassadeur a aussi évoqué le développement rapide de l’intelligence artificielle, source selon lui de nouvelles opportunités et de nouveaux défis pour la gouvernance mondiale, Pékin souhaitant travailler avec Tunis pour orienter cette technologie vers le bien commun.
Wan Li a enfin abordé la situation au Moyen-Orient, qu’il a décrite comme marquée par des tensions vives et des défis sécuritaires majeurs pour les pays de la région. Il a rappelé qu’en visite en Égypte début septembre, le président Xi Jinping avait formulé quatre propositions pour une nouvelle architecture de sécurité régionale, fondées sur le soutien aux pays concernés afin qu’ils reprennent en main leur propre avenir, et affirmé que la question palestinienne restait au cœur des enjeux du Moyen-Orient et ne pouvait être ni négligée ni marginalisée. L’ambassadeur a réaffirmé le soutien de la Chine à l’aspiration du peuple palestinien à un État indépendant ainsi que sa disponibilité à œuvrer avec la communauté internationale pour un cessez-le-feu durable à Gaza et un règlement global de la question palestinienne, positions qu’il a rattachées à quatre initiatives mondiales portées par la Chine ces dernières années, l’Initiative pour le développement mondial, l’Initiative pour la sécurité mondiale, l’Initiative pour la civilisation mondiale et l’Initiative pour la gouvernance mondiale, censées favoriser une multipolarisation plus équitable et une mondialisation économique inclusive.