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Leconomiste Maghrebin > Blog > Idées > Analyses > TRIBUNE – IA en Tunisie : du supercalculateur au marché national du calcul
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TRIBUNE – IA en Tunisie : du supercalculateur au marché national du calcul

Abdelwaheb Ben Moussa
2026/11/07 at 8:42 AM
par Abdelwaheb Ben Moussa 23 Min Lecture
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La course mondiale à l’intelligence artificielle ne se joue plus uniquement sur les algorithmes, les applications ou les talents. Elle se joue aussi sur une ressource devenue stratégique : la capacité de calcul. Derrière chaque modèle d’intelligence artificielle, chaque système d’analyse avancée et chaque service numérique à grande échelle se trouvent des infrastructures coûteuses, énergivores et techniquement exigeantes : centres de données, processeurs spécialisés, réseaux à haut débit, systèmes de refroidissement et capacités de stockage.

 

Contents
La course mondiale à l’intelligence artificielle ne se joue plus uniquement sur les algorithmes, les applications ou les talents. Elle se joue aussi sur une ressource devenue stratégique : la capacité de calcul. Derrière chaque modèle d’intelligence artificielle, chaque système d’analyse avancée et chaque service numérique à grande échelle se trouvent des infrastructures coûteuses, énergivores et techniquement exigeantes : centres de données, processeurs spécialisés, réseaux à haut débit, systèmes de refroidissement et capacités de stockage.Le calcul, nouvelle infrastructure de compétitivitéL’intelligence artificielle peut contribuer à améliorer la détection de la fraude, l’analyse du risque, la maintenance prédictive, la gestion des flux, l’optimisation énergétique ou encore l’accès au financement.Un premier socle public, mais une capacité à organiserUne infrastructure de calcul ne produit pas automatiquement de la valeur par sa seule existence. Elle doit être intégrée dans un dispositif opérationnel : catalogue de services, gouvernance, maintenance, renouvellement des équipements, assistance aux utilisateurs…L’émergence d’une offre privée et le signal SolecryptUne nouvelle dimension industrielle vient s’ajouter à cette dynamiqueL’inauguration, en mai 2025, du centre de données d’Orange Tunisie à Kalaa Kebira, dans le gouvernorat de Sousse, illustre cette évolution. D’une superficie de 1 000 m² et conçu selon les standards Tier III, ce centre propose notamment des services d’hébergement, de cloud, de sauvegarde et de continuité d’activité…L’énergie et l’eau, conditions de la souveraineté numériqueDans son rapport publié en septembre 2026 sur le défi hydrique tunisien, la Banque mondiale estime la disponibilité annuelle en ressources renouvelables en eau douce à environ 380 m³ par habitant, un niveau inférieur au seuil de rareté absolue de 500 m³.Du projet d’équipement à l’organisation d’un marché nationalL’accueil d’infrastructures internationales ne devrait pas se limiter à la mise à disposition de foncier et d’électricité : il doit favoriser le transfert de savoir-faire, la formation, la sous-traitance qualifiée et l’émergence d’un écosystème national.Le PLF 2027, premier test de cohérenceLe PLF 2027 devrait ainsi être l’occasion de passer d’une logique de projets dispersés à une programmation nationale des capacités numériques. Celle-ci pourrait s’appuyer sur une cartographie des besoins sectoriels, un inventaire des infrastructures publiques et privées, une estimation des capacités réellement disponibles et une évaluation des investissements nécessaires à l’horizon 2030.Faire du calcul un levier de développement nationalC’est à cette condition que l’intelligence artificielle cessera d’être un nouvel objet de communication technologique pour devenir un véritable levier de productivité, de compétitivité et de souveraineté économique.

Pour la Tunisie, cette évolution ouvre une question qui dépasse largement le seul équipement technologique. Comment construire une capacité nationale de calcul qui réponde aux besoins de la recherche, de l’administration et des entreprises, tout en préservant la soutenabilité énergétique, la maîtrise des données et la création de valeur locale ?

Le débat ne devrait donc pas se limiter à savoir si le pays dispose d’un supercalculateur ou s’il attire des projets de centres de données. Il devrait porter sur l’organisation d’un véritable marché national du calcul, capable de mettre en relation les infrastructures publiques, les investissements privés, les besoins des utilisateurs et les compétences tunisiennes.

 

Le calcul, nouvelle infrastructure de compétitivité

L’intelligence artificielle est souvent présentée comme une technologie immatérielle. Pourtant, son développement repose sur une infrastructure physique particulièrement exigeante. L’entraînement de modèles, leur adaptation à des usages sectoriels et leur exploitation quotidienne nécessitent des ressources de calcul dont le coût peut rapidement devenir prohibitif pour les organisations qui ne disposent pas d’une capacité adaptée.

Cette réalité concerne directement les banques, les assurances, les établissements de santé, les universités, les administrations, les entreprises industrielles et les PME. L’intelligence artificielle peut contribuer à améliorer la détection de la fraude, l’analyse du risque, la maintenance prédictive, la gestion des flux, l’optimisation énergétique ou encore l’accès au financement. Mais ces usages ne deviennent économiquement pertinents que si les organisations peuvent accéder à des capacités de calcul fiables, adaptées à leurs besoins et financièrement soutenables.

 

L’intelligence artificielle peut contribuer à améliorer la détection de la fraude, l’analyse du risque, la maintenance prédictive, la gestion des flux, l’optimisation énergétique ou encore l’accès au financement.

 

L’enjeu est donc double. Il faut, d’une part, disposer d’infrastructures suffisamment performantes pour accompagner les usages les plus exigeants. Il faut, d’autre part, éviter que le coût du calcul ne devienne une nouvelle barrière à l’innovation, réservant les applications avancées à quelques grands acteurs ou aux organisations capables de recourir exclusivement à des fournisseurs étrangers.

La capacité de calcul doit progressivement être considérée comme une infrastructure économique, au même titre que les télécommunications, l’électricité ou les systèmes de paiement. Elle conditionne la compétitivité des entreprises, la modernisation des services publics et la capacité du pays à développer ses propres solutions.

 

Un premier socle public, mais une capacité à organiser

L’inauguration, le 23 juillet 2026, du supercalculateur du Centre de calcul El-Khawarizmi (CCK), à La Manouba, constitue une étape importante. Cette infrastructure apporte au système universitaire et scientifique tunisien un outil de calcul haute performance destiné notamment aux activités de recherche et d’enseignement supérieur. L’investissement, réalisé dans le cadre d’un don chinois évalué à environ 10,6 millions de dollars, représente un engagement significatif en faveur des capacités scientifiques nationales. Le coût global du projet, comprenant notamment les aménagements et les équipements complémentaires, a été estimé à environ 35 millions de dinars.

Cette infrastructure ne doit cependant pas être appréciée uniquement à travers son caractère symbolique ou son coût d’acquisition. Sa contribution réelle dépendra de son taux d’utilisation, de la diversité des projets accueillis, de la qualité de l’accompagnement scientifique et technique, ainsi que des conditions d’accès offertes aux chercheurs et aux autres utilisateurs potentiels. Le CCK a vocation à répondre en priorité aux besoins de l’environnement scientifique et universitaire, avec un accès gratuit annoncé pour cette communauté. Les modalités d’accès des autres structures, notamment les organismes publics et les acteurs économiques, doivent permettre de définir les conditions d’une valorisation plus large de cet investissement.

Une infrastructure de calcul ne produit pas automatiquement de la valeur par sa seule existence. Elle doit être intégrée dans un dispositif opérationnel : catalogue de services, gouvernance, maintenance, renouvellement des équipements, assistance aux utilisateurs, programmation des investissements et évaluation des résultats.

La question de l’ouverture aux entreprises mérite, à cet égard, une attention particulière. Les besoins des laboratoires universitaires ne sont pas identiques à ceux des banques, des industriels ou des jeunes entreprises technologiques. Des mécanismes d’accès différenciés pourraient permettre de valoriser les équipements publics sans compromettre leur mission première de recherche et d’enseignement. Il ne s’agit pas de transformer le CCK en prestataire commercial généraliste, mais de faire en sorte que l’investissement public contribue aussi à la diffusion des compétences, à l’innovation et au développement de nouveaux services à forte valeur ajoutée.

 

Une infrastructure de calcul ne produit pas automatiquement de la valeur par sa seule existence. Elle doit être intégrée dans un dispositif opérationnel : catalogue de services, gouvernance, maintenance, renouvellement des équipements, assistance aux utilisateurs…

 

L’émergence d’une offre privée et le signal Solecrypt

Le développement d’une capacité nationale ne peut reposer exclusivement sur les infrastructures publiques. Les investissements privés dans les centres de données et les services de cloud constituent un complément indispensable, notamment pour répondre aux besoins des entreprises en matière d’hébergement, de continuité d’activité, de sauvegarde et de puissance de calcul spécialisée.

La Tunisie dispose déjà de premières infrastructures privées. L’inauguration, en mai 2025, du centre de données d’Orange Tunisie à Kalaa Kebira, dans le gouvernorat de Sousse, illustre cette évolution. D’une superficie de 1 000 m² et conçu selon les standards Tier III, ce centre propose notamment des services d’hébergement, de cloud, de sauvegarde et de continuité d’activité.

Ces initiatives témoignent d’un marché en formation, mais elles ne suffisent pas encore à établir l’existence d’une capacité nationale de calcul industriel clairement mesurée et accessible, notamment pour les applications d’intelligence artificielle exigeant des ressources GPU importantes.

 

Une nouvelle dimension industrielle vient s’ajouter à cette dynamique

Le 21 octobre 2026, la société Solecrypt a annoncé un projet de campus de calcul consacré à l’intelligence artificielle à Bizerte, d’une capacité totale envisagée de 40 MW. La première phase, annoncée à 7 MW, prévoirait le déploiement de 1 728 GPU NVIDIA Rubin sur une architecture HGX Rubin NVL8, avec une mise en service visée au début de 2028.

Cette annonce s’inscrit dans une démarche engagée antérieurement. En janvier 2026, Solecrypt avait fait état de la sécurisation d’un bail foncier de longue durée avec le Parc d’activités économiques de Bizerte pour un site destiné à accueillir une infrastructure numérique. En février, l’entreprise avait annoncé un mémorandum d’entente avec Schneider Electric portant sur l’étude et le co-développement de centres de données de nouvelle génération en Tunisie.

 

L’inauguration, en mai 2025, du centre de données d’Orange Tunisie à Kalaa Kebira, dans le gouvernorat de Sousse, illustre cette évolution. D’une superficie de 1 000 m² et conçu selon les standards Tier III, ce centre propose notamment des services d’hébergement, de cloud, de sauvegarde et de continuité d’activité…

 

Le projet présenté en octobre associe plusieurs compétences internationales dans les domaines de l’ingénierie des centres de données, de l’électrification, du refroidissement liquide, des systèmes informatiques optimisés pour GPU et de la commercialisation de capacités de calcul.

Il prévoit également de s’appuyer sur un projet solaire avec stockage par batteries de 60 MW annoncé à Tozeur. Selon la présentation de Solecrypt, cette installation contribuerait à apporter de l’électricité renouvelable au réseau national, dans le cadre de l’approvisionnement énergétique envisagé pour accompagner le développement de ses infrastructures numériques.

Cette perspective mérite l’attention, mais aussi une évaluation rigoureuse. Les informations publiques disponibles ne précisent pas encore le montant définitif de l’investissement, le bouclage de son financement, les autorisations nécessaires, les modalités définitives de raccordement électrique ni les conditions commerciales d’accès aux capacités de calcul. Le projet solaire doit également être apprécié à partir de son avancement réel, de son raccordement et de ses modalités d’exploitation.

Il serait donc prématuré de considérer les 40 MW annoncés comme une capacité acquise. En revanche, cette initiative pose dès maintenant une question stratégique : quelles conditions la Tunisie doit-elle réunir pour accueillir des infrastructures de calcul de grande dimension, sans déséquilibrer son système énergétique et en garantissant des retombées économiques locales ?

L’enjeu n’est pas de choisir entre ambition industrielle et prudence énergétique. Il est de faire de la transparence des engagements, de la disponibilité électrique, de l’efficacité hydrique, de la formation et de l’accès des entreprises tunisiennes des conditions constitutives de la réussite de tels projets.

 

L’énergie et l’eau, conditions de la souveraineté numérique

La montée en puissance du calcul ne peut être dissociée des contraintes physiques du pays. Un centre de données mobilise de l’électricité en continu. Les infrastructures de forte densité informatique nécessitent en outre des dispositifs de refroidissement adaptés, dont les performances et les besoins en eau varient selon les technologies retenues.

Les données publiées par la STEG pour 2025 donnent une indication de l’ampleur du défi énergétique : la puissance installée de production électrique s’établissait à 6 155 MW, tandis que la demande nationale d’électricité progressait de 4,1 % sur l’année.

Ces chiffres ne permettent pas, à eux seuls, de déduire la marge réellement disponible pour de nouveaux grands consommateurs. La disponibilité effective des moyens de production, les contraintes du réseau, les importations, les profils de consommation et les besoins des autres secteurs doivent également être pris en compte.

Ils rappellent néanmoins qu’un campus informatique de plusieurs dizaines de mégawatts ne peut être traité comme un simple projet immobilier ou technologique. Il suppose une planification énergétique, une coordination avec les gestionnaires du réseau et une clarification des conditions de raccordement.

La question de l’eau appelle la même vigilance. Dans son rapport publié en septembre 2026 sur le défi hydrique tunisien, la Banque mondiale estime la disponibilité annuelle en ressources renouvelables en eau douce à environ 380 m³ par habitant, un niveau inférieur au seuil de rareté absolue de 500 m³.

Cette contrainte ne signifie pas que tout centre de données serait nécessairement incompatible avec les ressources nationales. Les besoins dépendent des systèmes de refroidissement, de la conception des installations et des conditions d’exploitation. Elle impose toutefois de mesurer les consommations, de privilégier les solutions sobres et de rendre publiques les performances environnementales.

La souveraineté numérique ne peut donc être réduite à la localisation géographique des serveurs. Elle suppose également la maîtrise des conditions énergétiques, environnementales et opérationnelles qui rendent ces infrastructures réellement disponibles.

 

Dans son rapport publié en septembre 2026 sur le défi hydrique tunisien, la Banque mondiale estime la disponibilité annuelle en ressources renouvelables en eau douce à environ 380 m³ par habitant, un niveau inférieur au seuil de rareté absolue de 500 m³.

 

Du projet d’équipement à l’organisation d’un marché national

Le véritable défi tunisien est désormais celui de la coordination. Les infrastructures publiques, les centres de données privés, les opérateurs de télécommunications, les fournisseurs de cloud, les universités, les banques et les entreprises doivent pouvoir s’inscrire dans une architecture cohérente.

Cette architecture ne signifie pas que toutes les données doivent être centralisées dans une infrastructure unique. Elle doit plutôt permettre une mutualisation intelligente des capacités de calcul, tout en maintenant des niveaux de sécurité et de confidentialité adaptés à la sensibilité des informations traitées.

Une banque, par exemple, peut avoir besoin de capacités GPU pour développer des modèles de détection de fraude ou d’analyse du risque, sans pour autant transférer ses données sensibles vers une infrastructure qui ne répondrait pas à ses exigences de sécurité, de conformité et de secret professionnel.

De même, une entreprise industrielle peut recourir à des services de calcul spécialisés sans devoir investir elle-même dans des équipements coûteux qu’elle n’utiliserait qu’une partie de l’année. Le développement d’un marché national suppose donc plusieurs conditions.

La première est la transparence sur l’offre disponible. Les capacités de calcul doivent être décrites selon des indicateurs comparables : puissance réellement mobilisable, types de processeurs, disponibilité, niveaux de service, conditions d’hébergement, coûts et modalités de continuité d’activité. Une capacité annoncée ne constitue pas nécessairement une capacité immédiatement accessible.

La deuxième concerne les règles d’accès. Les universités, les laboratoires, les administrations, les PME et les grands utilisateurs n’ont ni les mêmes besoins ni les mêmes contraintes financières. Des mécanismes de mutualisation, de réservation de capacités et de tarification différenciée pourraient favoriser une utilisation plus efficace des infrastructures.

La troisième porte sur la confiance. Les exigences de cybersécurité, de protection des données, de continuité d’activité, de réversibilité et de portabilité doivent être intégrées dès la conception des services. Les référentiels nationaux de sécurité et les mécanismes de qualification des offres cloud constituent, à cet égard, des instruments importants. Ils doivent évoluer avec les nouveaux risques liés aux infrastructures de calcul et aux usages de l’intelligence artificielle.

 

L’accueil d’infrastructures internationales ne devrait pas se limiter à la mise à disposition de foncier et d’électricité : il doit favoriser le transfert de savoir-faire, la formation, la sous-traitance qualifiée et l’émergence d’un écosystème national.

 

Enfin, le marché doit produire des retombées locales. La maintenance, l’intégration, le développement logiciel, la cybersécurité, l’ingénierie énergétique et les services associés représentent autant d’opportunités pour les entreprises tunisiennes et les jeunes compétences.

L’accueil d’infrastructures internationales ne devrait pas se limiter à la mise à disposition de foncier et d’électricité : il doit favoriser le transfert de savoir-faire, la formation, la sous-traitance qualifiée et l’émergence d’un écosystème national.

 

Le PLF 2027, premier test de cohérence

Le projet de loi de finances 2027 intervient dans un contexte où la Tunisie prépare sa stratégie nationale d’intelligence artificielle et cherche à accélérer la transformation numérique.

La présentation du projet de budget de la mission des Technologies de la Communication devant les instances parlementaires, le 6 novembre 2026, a apporté plusieurs indications sur les orientations retenues.

Le volume global de cette mission est annoncé à 1 074,099 millions de dinars, répartis entre 858,499 millions de dinars de ressources propres des établissements sous tutelle et 215,600 millions de dinars provenant des ressources de l’État.

Cette distinction est essentielle : le montant global de la mission ne correspond pas à une enveloppe budgétaire directement consacrée aux investissements du ministère dans les infrastructures d’intelligence artificielle. Il agrège des ressources de nature différente, dont une part importante provient des établissements publics concernés.

Le ministre a également annoncé que six projets gouvernementaux fondés sur l’intelligence artificielle étaient prévus en 2027, contre deux en 2026. Cette évolution constitue un signal intéressant quant à l’émergence d’une demande publique. Mais elle appelle des précisions sur les administrations porteuses, les domaines d’application, les financements, les infrastructures mobilisées et les résultats attendus. Une stratégie ne peut être évaluée à la seule annonce de sa préparation ou à la multiplication des projets.

Le passage à l’action suppose une programmation budgétaire lisible, des responsabilités institutionnelles clairement réparties et des objectifs mesurables. Les investissements dans les infrastructures, les dépenses de fonctionnement, les coûts énergétiques, la maintenance, le renouvellement des équipements et la formation doivent être appréciés ensemble.

Il serait notamment utile de distinguer les crédits consacrés à l’acquisition d’équipements de ceux destinés à assurer leur exploitation durable. Un supercalculateur dont les coûts de maintenance, de renouvellement ou d’électricité ne sont pas anticipés risque de voir sa contribution diminuer rapidement. De même, une infrastructure privée qui ne trouve pas de demande solvable ou ne bénéficie pas de conditions de raccordement suffisamment prévisibles peut difficilement atteindre son potentiel économique.

Le PLF 2027 devrait ainsi être l’occasion de passer d’une logique de projets dispersés à une programmation nationale des capacités numériques. Celle-ci pourrait s’appuyer sur une cartographie des besoins sectoriels, un inventaire des infrastructures publiques et privées, une estimation des capacités réellement disponibles et une évaluation des investissements nécessaires à l’horizon 2030.

Des indicateurs simples permettraient d’en mesurer les résultats : taux d’utilisation des infrastructures publiques, coût moyen d’accès au calcul, nombre de projets de recherche et d’entreprises bénéficiaires, disponibilité des services, consommation énergétique par unité de calcul, emplois qualifiés créés et part des prestations confiées à des compétences locales.

Il ne s’agit pas de multiplier les structures ou de créer une nouvelle administration. Il s’agit de faire converger les acteurs autour d’une feuille de route opérationnelle, avec des responsabilités identifiées et des résultats vérifiables.

 

Le PLF 2027 devrait ainsi être l’occasion de passer d’une logique de projets dispersés à une programmation nationale des capacités numériques. Celle-ci pourrait s’appuyer sur une cartographie des besoins sectoriels, un inventaire des infrastructures publiques et privées, une estimation des capacités réellement disponibles et une évaluation des investissements nécessaires à l’horizon 2030.

 

 

Faire du calcul un levier de développement national

La Tunisie dispose de plusieurs atouts : un tissu universitaire et scientifique reconnu, des compétences en informatique et en ingénierie, une position géographique favorable aux connexions régionales et un marché bancaire, industriel et administratif susceptible de générer une demande croissante en services d’intelligence artificielle.

Mais ces atouts ne se transformeront pas spontanément en avantage compétitif. Ils nécessitent une articulation entre infrastructures, énergie, financement, compétences, réglementation et demande économique.

Le supercalculateur public, les centres de données privés et les projets industriels annoncés ne doivent pas être considérés comme des initiatives concurrentes. Ils peuvent constituer les composantes complémentaires d’un écosystème national, à condition que leurs missions, leurs conditions d’accès et leurs modèles économiques soient clairement définis.

La question essentielle n’est donc pas de savoir combien de mégawatts ou de GPU la Tunisie pourra annoncer dans les prochaines années. Elle est de déterminer quelle part de cette capacité sera effectivement disponible pour les chercheurs et les entreprises tunisiennes, à quel coût, sous quelles garanties et avec quelles retombées pour l’économie nationale.

Le cycle 2026-2030 doit permettre de franchir ce cap : passer de l’accumulation d’équipements à l’organisation d’un marché, de l’annonce d’investissements à leur exécution vérifiable, et de la consommation de technologies importées à la production de services et de compétences locales.

 

C’est à cette condition que l’intelligence artificielle cessera d’être un nouvel objet de communication technologique pour devenir un véritable levier de productivité, de compétitivité et de souveraineté économique.

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MARQUÉE: abdelwaheb ben moussa, IA, intelligence artificielle, supercalculateur
Abdelwaheb Ben Moussa 8 novembre 2026
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