À Beringen, dans le nord-est de la Suisse, Greenpeace a déployé une banderole géante de 676 m² près du chantier d’un centre de données. L’organisation dénonce la consommation croissante d’électricité et d’eau des infrastructures numériques et réclame un moratoire sur les nouveaux mégaprojets, dans l’attente de règles contraignantes.
Greenpeace a organisé vendredi 6 novembre une action spectaculaire dans la commune de Beringen, dans le canton de Schaffhouse, au nord-est de la Suisse. Des militants ont déployé une banderole de 26 mètres sur 26, soit 676 m², à proximité du chantier d’un centre de données développé par l’entreprise américaine STACK Infrastructure.
La banderole représente Elon Musk et Jeff Bezos accompagnés du slogan : « Les patrons de la Big Tech pompent notre eau, notre électricité et nos données ». Par cette opération, l’organisation environnementale entend alerter sur les conséquences de l’expansion rapide des centres de données, notamment sous l’effet du développement de l’intelligence artificielle et des services de cloud computing.
Greenpeace réclame un moratoire national sur la construction de nouveaux mégacentres de données, jusqu’à l’adoption de règles contraignantes concernant leur consommation énergétique, leurs besoins en eau et leur impact sur les populations locales. L’organisation estime que les deux installations prévues à Beringen pourraient consommer ensemble environ une fois et demie l’électricité utilisée annuellement par l’ensemble du canton de Schaffhouse.
La question de l’eau nécessaire au refroidissement des serveurs et de la valorisation de la chaleur produite par ces installations figure également au cœur des préoccupations de l’organisation. Greenpeace demande davantage de transparence sur les ressources mobilisées et sur les retombées économiques et sociales de ces projets.
La contestation dépasse désormais les frontières suisses. Des mobilisations sont organisées les 6 et 7 novembre dans 16 pays européens, à l’initiative de collectifs environnementaux et de défense des droits numériques réunis autour de la campagne « Stop Dirty Data Centres ». À Amsterdam, plus d’une centaine de militants ont notamment pénétré vendredi sur le chantier d’un centre de données lié à Microsoft, selon Reuters.
Cette mobilisation intervient alors que les investissements dans les infrastructures numériques s’accélèrent pour répondre à la demande liée à l’intelligence artificielle. Les entreprises technologiques présentent ces équipements comme indispensables au développement des services numériques et à la compétitivité économique. Les associations environnementales soulignent, de leur côté, les risques de pression sur les réseaux électriques, les ressources hydriques et l’aménagement du territoire.
En Europe, le débat porte désormais sur les conditions d’implantation de ces infrastructures : disponibilité d’une électricité décarbonée, efficacité hydrique, réutilisation de la chaleur résiduelle et transparence sur les besoins énergétiques. L’enjeu consiste à concilier le développement de capacités numériques avec la protection des ressources et les intérêts des populations.