Le data center est devenu l’infrastructure invisible de l’économie numérique, et pourtant, c’est un secteur en pleine expansion. Entre consommation d’énergie, chaleur à évacuer, besoins en eau et cybersécurité, il convient d’analyser le développement de cette industrie, mais aussi ses besoins énergétiques croissants.

Selon lui, la Tunisie dispose de plusieurs atouts pour attirer ce type d’investissements : sa proximité géographique avec l’Europe, ses infrastructures de télécommunications, ses compétences humaines et son important potentiel en énergies renouvelables. Mais cette opportunité soulève une question centrale : comment garantir aux data centers une énergie compétitive, disponible et décarbonée, tout en préservant la sécurité énergétique du pays ?
L’énergie au cœur de la stratégie
Un data center n’est pas une infrastructure classique. Sa compétitivité repose sur une alimentation électrique stable, continue et prévisible. Pour les infrastructures dédiées à l’intelligence artificielle, les besoins énergétiques peuvent devenir particulièrement importants avec la montée en puissance des GPU et des capacités de calcul.
La Tunisie ne doit donc pas aborder ce sujet uniquement sous l’angle de l’immobilier, des télécommunications ou de la fiscalité. L’accès à une énergie compétitive doit devenir un élément central de la stratégie nationale d’attractivité des data centers.
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Transformer le potentiel renouvelable en avantage industriel
La Tunisie dispose d’un potentiel important en matière d’énergie solaire. L’enjeu n’est plus seulement de produire davantage d’électricité renouvelable, mais de construire un modèle permettant de mettre cette énergie au service de nouvelles activités économiques.
Les data centers peuvent représenter l’une de ces activités.
Il serait donc pertinent de réfléchir à des modèles permettant aux opérateurs de data centers d’accéder à une électricité renouvelable compétitive, notamment à travers des mécanismes de production dédiée, des contrats d’achat d’électricité renouvelable et, à terme, des solutions de stockage.
Cette approche permettrait de créer une nouvelle chaîne de valeur, dans laquelle la Tunisie ne se limiterait pas à exporter de l’électricité ou à importer des technologies, mais utiliserait son énergie renouvelable pour produire et exporter des services numériques à forte valeur ajoutée.
Un réseau électrique à adapter
Cette évolution nécessite toutefois une adaptation de l’infrastructure électrique nationale.
Les data centers ont besoin de puissance, de disponibilité et de qualité de fourniture. Leur développement doit donc être intégré dans la planification du système électrique tunisien. Cela implique d’anticiper les besoins futurs en capacités de production, en réseaux de transport et de distribution, mais également en stockage et en gestion intelligente de la demande. Il serait dommage que la Tunisie dispose d’un excellent potentiel solaire, mais ne puisse pas le valoriser pleinement faute de capacité suffisante du réseau pour accueillir de nouvelles charges industrielles. La planification énergétique et la stratégie numérique doivent désormais être pensées ensemble.
Une opportunité pour accélérer les investissements énergétiques
Le développement des data centers peut également créer une demande industrielle nouvelle et prévisible pour les énergies renouvelables. Cette demande peut favoriser l’émergence de nouveaux projets solaires et éoliens, stimuler les investissements privés et accélérer le développement des infrastructures électriques. Il s’agit donc de sortir d’une logique dans laquelle la transition énergétique est uniquement considérée comme une réponse au déficit énergétique. Elle doit également devenir un instrument de politique industrielle et d’attractivité économique.
« Si la Tunisie souhaite attirer des infrastructures numériques internationales, elle doit pouvoir leur proposer un écosystème complet : connectivité internationale, compétences, cadre réglementaire, financement et, surtout, une énergie compétitive et durable », explique-t-il.
De ce fait, il estime l’importance de ne pas opposer transitions numérique et énergétique. Cela signifie également que le débat ne doit pas porter sur la question de savoir si la Tunisie peut accueillir des data centers parce qu’ils consomment beaucoup d’électricité. Mais la vraie question est de savoir comment utiliser cette nouvelle demande électrique pour accélérer la transformation énergétique du pays.
A cette interrogation, Sadok Besbes a fait savoir que l’arrivée de l’intelligence artificielle et des infrastructures de calcul peut devenir un catalyseur pour développer davantage de capacités renouvelables, renforcer le réseau et moderniser le système électrique. Tout en ajoutant : « C’est également une opportunité pour développer de nouvelles compétences nationales dans des secteurs à forte valeur ajoutée : ingénierie électrique, systèmes de refroidissement, stockage, cybersécurité, exploitation des data centers et gestion énergétique. »
Que pense le Groupement professionnel des énergies renouvelables?
Pour Sadok Besbes, le Groupement professionnel des énergies renouvelables, « la Tunisie doit considérer les data centers et l’intelligence artificielle comme une opportunité industrielle et énergétique, et non simplement comme un nouveau secteur de consommation électrique. » Partant du constat que le GPER appelle donc à une réflexion nationale associant les acteurs de l’énergie, du numérique, des télécommunications, de l’investissement et de l’industrie, afin de définir un cadre permettant de : faciliter l’accès des data centers à une électricité renouvelable compétitive ; encourager les investissements dans de nouvelles capacités de production renouvelable dédiées ; accélérer le développement du stockage et des solutions de flexibilité ; adapter la planification et les infrastructures du réseau aux nouveaux besoins industriels ; faciliter les contrats d’achat d’électricité renouvelable à long terme ; construire un cadre réglementaire suffisamment prévisible pour attirer les investisseurs internationaux.
En somme, tout cela nous amène à dire que la Tunisie possède aujourd’hui deux atouts stratégiques qu’elle doit apprendre à combiner : sa proximité avec l’Europe et son potentiel exceptionnel en énergies renouvelables. L’enjeu est désormais de transformer ces deux avantages en un véritable avantage compétitif. Le pays doit pouvoir exporter des services numériques, de la capacité de calcul et de l’intelligence, tout en valorisant davantage son propre potentiel énergétique renouvelable.
« C’est à cette condition que les data centers pourront devenir, non pas une nouvelle pression sur le système énergétique, mais un moteur supplémentaire de la transition énergétique et de la compétitivité industrielle de la Tunisie », conclut-il.