Face aux coupures d’électricité à répétition observées ces dernières semaines, le déséquilibre entre l’offre et la demande énergétique apparaît au grand jour, amplifié par la canicule et la multiplication des usages électriques. Nous avons contacté Sadok Besbes, président du groupement professionnel des Énergies Renouvelables à Conect Tunisie, qui a dressé un diagnostic de la situation tout en proposant des pistes de solutions.
D’après Sadok Besbes, la demande d’électricité atteint cet été des sommets inédits, portée par le recours généralisé à la climatisation, ce qui crée des pics de charge concentrés sur de courtes plages horaires. “Le gestionnaire du réseau doit réagir en temps réel face à ces pointes de consommation ; quand les marges de manœuvre s’amenuisent, il n’a d’autre choix que de procéder à des délestages localisés afin d’éviter un effondrement complet du système”, précise-t-il.
Un système énergétique sous pression
Ces coupures répétées ne relèvent pas d’un simple aléa technique : elles mettent en cause un modèle énergétique encore trop dépendant des énergies fossiles. Le réchauffement climatique, conjugué à une demande électrique en constante progression, fragilise davantage le système et montre les limites d’une approche qui se contenterait d’augmenter ponctuellement les capacités de production.
Un coût économique et social important
Sadok Besbes insiste sur les répercussions concrètes de ces interruptions :” Les coupures pénalisent la productivité dans l’industrie, le commerce, l’agriculture et les services, avec des arrêts de production, des pertes de matières premières, des pannes d’équipements électroniques et des surcoûts pour les entreprises. Du côté des ménages, elles compliquent la conservation des denrées alimentaires, le travail à distance, les soins à domicile, et pèsent sur le quotidien, particulièrement en période de forte chaleur.”
Le solaire, l’autoconsommation et le stockage comme leviers
Selon lui, le photovoltaïque représente une solution particulièrement adaptée, puisque la production solaire atteint son maximum précisément pendant les journées d’été, au moment même où la climatisation fait grimper la demande, ce qui allège d’autant la pression sur le réseau aux heures les plus critiques. L’autoconsommation, qu’elle soit résidentielle, tertiaire ou industrielle, constitue également un axe important. Car chaque bâtiment produisant une partie de son électricité réduit d’autant sa dépendance au réseau national et gagne en autonomie. Quant au stockage par batteries, il permet de conserver l’énergie captée pendant les heures d’ensoleillement pour la restituer lors des pics, tout en contribuant à stabiliser le réseau.
Miser sur l’efficacité énergétique et accélérer les réformes
Des équipements plus performants, une meilleure isolation des bâtiments, des systèmes de climatisation optimisés et une gestion plus intelligente de la consommation permettraient, selon lui, de réduire significativement les pics de demande sans nuire au confort des usagers. Il appelle également à accélérer les réformes destinées à favoriser le déploiement des énergies renouvelables, à alléger les démarches administratives et à encourager l’innovation dans les domaines du stockage et des réseaux intelligents.
Une question de souveraineté énergétique
Pour Sadok Besbes, il serait erroné de considérer les coupures actuelles comme de simples incidents liés aux vagues de chaleur : elles révèlent que la sécurité énergétique est désormais un enjeu stratégique pour la Tunisie. Diversifier les sources d’approvisionnement, consolider la résilience du réseau et miser sur des solutions décentralisées sont autant de priorités qui relèvent aussi bien de l’économie que de l’énergie. “La transition énergétique n’est plus seulement une ambition environnementale : elle est devenue une condition essentielle de la souveraineté énergétique et du développement économique du pays” , conclut-il.
En définitive, au-delà de l’urgence dictée par la canicule, ces coupures d’électricité viennent rappeler que la transition énergétique n’est plus un projet à envisager sur le long terme, mais une exigence immédiate pour garantir la résilience économique et énergétique de la Tunisie.