Officier et gentleman

Tous les maux viennent de l’ignorance. Il est toujours bon de le rappeler. A propos, savez-vous que le service militaire en Corée du Nord dure huit ans ? Incroyable me diriez-vous. Mais à Pyongyang, on voit les choses autrement, contraintes de la géopolitique aidant. Interminable, exténuant, spartiate, pauvres appelés diront les âmes sensibles.

Et je ne parle pas des autres pays où la durée du service varie en fonction des contingences de chacun, mais aucun rapport avec ce qu’impose le régime nord-coréen à ses citoyens.

Chez nous, c’est douze petits mois puis l’on s’en va un peu à la française, car figurez-vous, on a beaucoup hérité de cette douce France, même la perte du sentiment national qui heureusement pour l’Hexagone, a soudain rebondi quand le terrorisme a montré les dents.

Dans nos murs, il va falloir encore attendre pour renouer avec cette notion forte d’appartenance à un pays, à un peuple, à une communauté. Et cette dérobade ne date pas d’aujourd’hui. Pendant plus de deux décennies, les pouvoirs publics ont encouragé la dispense moyennant finances, et on a appelé cela, « affectation individuelle ».

Le chômage, la tentation de l’étranger et l’idéologie salafiste- takfiriste ont fini par tout diluer et le reste a suivi. On a sacralisé tellement de devoirs, tellement de combats, qu’on a fini par tout banaliser, et le service militaire n’a pas dérogé à une déliquescence devenue générale, puisqu’elle n’a épargné aucun secteur de la vie. Dix-huit mille appelés, et seulement quelques centaines qui ont daigné répondre à la convocation, et c’est le ministère de la Défense qui ne sait plus vraiment comment y remédier, malgré toutes les campagnes d’incitation, que ce soit pour recruter ou tout simplement exiger des jeunes de s’acquitter de leur devoir. On reste perplexes.

« Officier et Gentleman », l’allusion au film américain sorti sur les écrans en 1982 et qui évoque le cas d’un jeune homme, qui pour sortir de sa condition sociale et tirer un trait sur un passé douloureux, devient officier d’aviation, est plus qu’évocatrice.

Officier de l’armée de terre, de l’air, ou encore de la marine, le prestige de l’uniforme a toujours attiré. Un bon parti dit-on dans les chaumières, au même titre que le professeur, le médecin, l’avocat et l’ingénieur ! Comme les temps ont changé même si les métiers cités gardent encore un peu de leur éclat perdu.

Et dire qu’on se bousculait aux portes de l’armée qui pour faire carrière, qui pour apprendre un métier qui servira après le service. Aujourd’hui, c’est devenu « Grande muette cherche recrues ou appelés désespérément ». Presque un aveu d’impuissance.

Du temps de Bourguiba, et dans la foulée des années heureuses de l’après-indépendance, les étudiants s’astreignaient au service durant les vacances estivales. A l’époque, il fallait construire et consolider.

Huit ans de révolution ont fini par faire disparaître cette mentalité de bâtisseur. Qui sème récolte, dit le proverbe. Voilà où on en est. Les services concernés de l’armée auront beau s’agiter dans tous les sens, il semble que cette dernière ne fasse plus recette tout comme cet amour de la patrie qu’on s’empresse d’afficher, uniquement lors des grandes joutes sportives où nos équipes nationales sont engagées. Après, c’est Hlima qui revient à ses anciennes habitudes… Pas difficile de deviner ce qui arrivera lorsqu’il s’agira de battre le rappel des troupes…

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