Cinq mois après la capture de Nicolas Maduro à l’issue d’une opération militaire controversée, Donald Trump envisage « sérieusement » de faire du Venezuela le 51ème État américain. Eclairage.
La convoitise n’est-elle pas considérée dans la théologie chrétienne comme un péché grave et même une mutinerie contre Dieu ? Pourtant, cela ne semble guère poser un problème de conscience à M. Trump le fervent chrétien. Celui-ci, après avoir lorgné successivement le Canada et le Groenland, rêve désormais de faire du Venezuela le 51ème Etat américain. Se croit-il obligé de faire le buzz à chaque jour que le bon Dieu fait ?
Logique expansionniste
Plus sérieusement, le rêve fou d’une intégration vénézuélienne aux États-Unis s’inscrit dans une obsession plus large du président américain pour l’expansion territoriale visant à reconstituer une zone d’influence exclusive des États-Unis dans l’hémisphère occidental, au détriment des présences chinoise, russe et iranienne.
Ainsi, depuis son retour à la Maison Blanche en janvier 2025, le milliardaire républicain a successivement évoqué l’annexion du Canada, qu’il continue d’appeler à devenir le 51ème État. Allant jusqu’à qualifier l’ancien Premier ministre Justin Trudeau de « gouverneur Trudeau ». De même qu’il lorgne sur leGroenland ou encore le canal de Panama. Et désormais le Venezuela dont Pékin est l’un des principaux créanciers et dont Téhéran avait été un partenaire stratégique sous Maduro.
Provocation
En effet, lors d’un entretien téléphonique accordé lundi 11 mai 2026 à la chaîne Fox News, le président américain Donald Trump a affirmé qu’il « envisageait sérieusement » de faire du Venezuela le 51ème État de l’Union. Le président américain a cité, comme motivation principale, les réserves pétrolières évaluées à 40 000 milliards de dollars du pays sud-américain. Tout en ajoutant que « le Venezuela aime Trump ».
Rebelote. Mardi 12 mai, le locataire de la Maison Blanche s’est fendu d’une nouvelle provocation en publiant sur les médias sociaux une image représentant le Venezuela comme le « 51ème État » des États-Unis. Un message qui a été ensuite partagé par la Maison Blanche sur X et qui a provoqué des vives réactions dans le pays sud-américain.
Ce message a été diffusé alors que le président s’envolait pour Pékin pour un sommet historique, quelques mois après la capture de Nicolás Maduro, en janvier, lors d’une opération militaire américaine.
A signaler que ce n’est pas la première fois que le président américain fait une référence à cette volonté. En mars dernier, après la victoire de l’équipe nationale du Venezuela au World Baseball Classic, Donald Trump avait ironisé sur Truth Social : « De bonnes choses arrivent au Venezuela ces derniers temps ! Je me demande bien d’où vient cette magie ? Un statut d’État américain, le 51ème, ça tente quelqu’un ? »
« Le Venezuela n’est pas une colonie »
Face à ces nouvelles provocations, le Venezuela n’a pas tardé à balayé cette hypothèse : « Cela n’aurait jamais été envisagé, parce que s’il y a bien une chose que nous, Vénézuéliennes et Vénézuéliens, avons, c’est que nous aimons notre processus d’indépendance, nous aimons nos héros et héroïnes de l’indépendance », a affirmé la présidente par intérim Delcy Rodríguez depuis La Haye où elle s’est rendue pour une audience de la Cour internationale de justice (CIJ) sur le différend de l’Essequibo, territoire riche en pétrole administré par le Guyana, mais revendiqué par Caracas.
« Nous continuerons à défendre notre intégrité, notre souveraineté, notre indépendance, notre histoire », s’est elle écrié. Malgré cette malheureuse sortie de Donald Trump, elle a assuré que son gouvernement travaille à « un agenda diplomatique de coopération » avec les États-Unis.
Inquiétudes
Au final, l’admission effective d’un État supplémentaire à l’Union américaine est-elle possible juridiquement ? Ce n’est pas évident car l’admission d’un nouvel État aux États-Unis exige une procédure d’« act of admission » votée par les deux chambres du Congrès et signée par le président. Sachant qu’aucun État n’a été admis depuis Hawaï en 1959. Dans le cas vénézuélien, il faudrait au préalable obtenir au moins une forme de consentement formel des autorités locales. Ce qui est loin d’être le cas.
Toujours est-il qu’entre temps, les capitales latino-américaines, déjà malmenées par la rudesse de la politique tarifaire de Washington, observent avec inquiétude un voisin imprévisible qui continue de brandir sans vergogne une rhétorique d’expansion territoriale digne du XIXe siècle.