Donald Trump veut-il laisser l’intelligence artificielle filer sans frein ? Alors que les progrès fulgurants de l’IA suscitent autant d’espoirs que d’inquiétudes, le président américain défend une approche fondée sur l’innovation et la compétitivité, au risque de reléguer la régulation au second plan.
L’homme que les hasards de l’histoire ont placé à la tête de la première puissance mondiale a-t-il réellement la lucidité nécessaire pour mesurer l’ampleur des bouleversements qui traversent notre époque ? Il est permis d’en douter quand on se souvient de ses positions en décalage avec le consensus scientifique. Des prises de position qui interrogent aujourd’hui sa capacité à appréhender avec sérieux les transformations profondes qui redessinent le monde.
Primauté de la logique économique
En effet, Donald Trump, climato-sceptique revendiqué, n’a cessé de contester la réalité du réchauffement climatique d’origine humaine. En 2017, il retira les États-Unis de l’Accord de Paris, avant de dénoncer à plusieurs reprises la notion d’empreinte carbone et les normes de réduction des émissions qu’il présente comme une « supercherie » destinée, selon lui, à brider l’économie américaine.
À rebours des politiques de transition énergétique, il défend une exploitation massive des énergies fossiles, pétrole, gaz et charbon, au nom de la sauvegarde de l’emploi, de la compétitivité et de la puissance économique des États-Unis. Une vision qui oppose frontalement impératifs environnementaux et intérêts économiques américains.
Sur le front de la pandémie de Covid-19, Donald Trump s’est également illustré par une attitude en rupture avec les recommandations des autorités sanitaires. Il a minimisé à plusieurs reprises la gravité du virus, allant jusqu’à qualifier la crise de « canular » dans le contexte de ses affrontements politiques avec ses adversaires. Il s’est opposé à plusieurs reprises aux recommandations de responsables sanitaires, notamment du Dr Anthony Fauci, et a contesté certaines données relatives à la mortalité de la pandémie.
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Il a par ailleurs évoqué des traitements controversés, comme l’hydroxychloroquine, avant de susciter une vive polémique en suggérant publiquement d’étudier l’utilisation de désinfectants ou de la lumière UV à l’intérieur du corps humain.
Derrière cette posture se dessinait une priorité politique claire : éviter autant que possible les confinements et les restrictions nationales susceptibles, selon lui, de porter un coup sévère à l’économie américaine.
Un canular
Et voila que le locataire de la Maison Blanche persiste et signe sur un sujet aussi sensible que l’hypothèse selon laquelle l’intelligence artificielle pourrait anéantir l’humanité, dans un contexte où les inquiétudes vont croissant dans le monde autour des risques posés par l’essor rapide de cette technologie, et alors que de nombreuses voix se sont élevées ces derniers jours, y compris parmi les dirigeants du secteur, pour appeler à encadrer le développement de l’IA, Donald Trump a fustigé, lundi 14 septembre, un « canular », estimant que les Etats-Unis ne pouvaient pas se permettre de perdre la course technologique face à leur rival, la Chine, et a insisté sur le fait que la seule garantie nécessaire était un « PRÉSIDENT FORT ET INTELLIGENT (Q.I. élevé!) ».
Le président américain soutient que des mesures trop strictes aux États-Unis donneraient un avantage à la Chine. Il a déclaré que le président chinois Xi Jinping, qu’il recevra à la Maison Blanche le 24 septembre 2026, venait « d’annoncer que la Chine ne ferait absolument rien pour freiner l’IA ou son avenir ».
Populisme
Donald Trump aura également établi une comparaison avec « tous les autres canulars », y compris l’enquête sur les liens entre la Russie et sa campagne électorale et sa mise en accusation au sujet de pressions exercées sur l’Ukraine, durant son premier mandat. Le milliardaire républicain a aussi dénoncé une « CONSPIRATION MALSAINE » contre l’IA et a mis en garde les « théoriciens du complot » et les « traîtres » opposés à son développement.
Rappelons à ce propos que le patron d’Anthropic – une entreprise américaine de recherche et de développement en intelligence artificielle (IA), créatrice de Claude, une famille de grands modèles de langage et un assistant conversationnel (chatbot) conçu pour rivaliser avec ChatGPT – a plaidé samedi 12 courant pour une « décélération » afin de permettre de mieux appréhender les risques découlant des nouvelles capacités de l’intelligence artificielle.
« Nous croyons vraiment, sincèrement, que l’IA pourrait tuer tous les humains », a affirmé la semaine dernière le patron d’Anthropic, Dario Amodei, lequel a reçu le soutien de son homologue d’OpenAI, Sam Altman, et même d’Elon Musk. Et ce suite à plusieurs incidents qui ont fait craindre récemment que les concepteurs d’agents d’IA ne perdent le contrôle de leur produit.
De la science-fiction ? L’avenir nous le dira. Car si l’IA ne « pense » pas comme un être humain et ne possède pas de « volonté propre », certains chercheurs redoutent néanmoins l’émergence d’une forme d’autonomie technique. Celle-ci pourrait conduire à des décisions automatisées potentiellement dangereuses, prises en dehors de tout contrôle ou d’une supervision humaine suffisamment rigoureuse.