À Hammamet, la Ligue arabe a réuni mercredi 9 septembre ses représentants pour la deuxième édition du sommet « L’intelligence artificielle vers l’avenir 2026 ». Au menu : grands discours, bonnes intentions et vocabulaire technocratique bien rodé, mais toujours aucune feuille de route contraignante.
Le secrétaire général de la Ligue arabe, Nabil Fahmy, en visite officielle hors du Caire pour l’occasion, a appelé les organisations arabes à cesser d’être de simples « usagers passifs » de la révolution de l’IA. L’objectif affiché : renforcer les capacités des pays membres, moderniser les mécanismes d’action régionale et préparer la jeunesse arabe aux mutations technologiques. Un programme ambitieux, mais qui reprend presque mot pour mot les priorités énoncées lors de sommets précédents sur le numérique, sans indicateurs de résultats ni calendrier précis.
Côté tunisien, le ton se veut tout aussi volontariste. Le directeur général du CERT, Haider Herragi, s’exprimant au nom du ministre des Technologies de la communication, a qualifié l’intégration de l’IA de « choix souverain » et d’« enjeu national », plaidant pour une régulation éthique commune et une coordination des politiques régionales. Des formules qui sonnent juste sur le papier, mais qui peinent à masquer l’absence, à ce jour, d’un cadre juridique tunisien clair sur l’intelligence artificielle, un vide que plusieurs acteurs du secteur dénoncent depuis des mois.
Le secrétaire d’État aux Affaires étrangères, Mohamed Ben Ayed, a quant à lui dressé la liste habituelle des secteurs que l’IA est censée transformer : services publics, éducation, santé, sécurité alimentaire, climat. Une énumération qui a le mérite de couvrir tous les champs possibles, mais qui reste, comme souvent dans ce type de rencontres, plus incantatoire qu’opérationnelle.
Reste la question de fond : pendant que les États-Unis, la Chine et l’Europe investissent massivement dans les infrastructures, les talents et la recherche en IA, le monde arabe continue d’organiser des sommets sur « comment ne pas prendre de retard ». Le risque est réel que ces rencontres, aussi bien intentionnées soient-elles, ne débouchent une fois de plus que sur des déclarations de principe – pendant que le fossé technologique, lui, continue de se creuser.