Le pétrole évolue au-dessus de 100 dollars le baril, les prix du gaz européen restent sous pression. Dans la zone euro, l’inflation a atteint 3,3 % en août et les marchés anticipent désormais de nouvelles hausses de taux de la BCE, même si Christine Lagarde appelle à ne pas déterminer la politique monétaire sur la seule évolution des prix de l’énergie.
Le choc énergétique provoqué par la guerre au Moyen-Orient modifie profondément les perspectives des marchés financiers et complique la trajectoire des grandes banques centrales. La remontée du pétrole et du gaz alimente l’inflation, tandis que l’augmentation des rendements obligataires renchérit le coût du financement des États et des entreprises.
Le pétrole évolue désormais au-dessus de 100 dollars le baril, soit environ 50 % de plus qu’avant le début de la guerre (fin février 2026), alors que les perturbations des voies d’approvisionnement au Moyen-Orient continuent de limiter l’offre disponible. Les marchés d’options montrent une forte incertitude sur l’évolution des cours à moyen terme, avec d’importantes positions autour d’un Brent à 100 dollars en fin d’année.
Dans la zone euro, l’inflation annuelle a accéléré à 3,3 % en août, contre 2,9 % en juillet, principalement sous l’effet de l’énergie. La BCE a déjà relevé ses taux de 25 points de base en septembre, portant son taux de dépôt à 2,50 %. Elle prévoit une inflation moyenne de 3 % en 2026, puis de 2,5 % en 2027 et 2,1 % en 2028.
Les nouvelles projections de l’institution prévoient toutefois un pic de l’inflation à 3,6 % au quatrième trimestre 2026, avant un ralentissement à 2,5 % au deuxième trimestre 2027, puis un retour proche de 2 % à moyen terme, sous l’hypothèse d’une atténuation progressive du choc énergétique.
Les marchés anticipent davantage de hausses de taux
La persistance du choc énergétique a conduit les investisseurs à revoir leurs anticipations monétaires. Selon un rapport de Reuters publié ce samedi, les marchés intègrent désormais près d’un point de pourcentage de hausses supplémentaires des taux de la BCE au cours des douze prochains mois. Les anticipations sont également devenues plus restrictives pour la Réserve fédérale américaine.
Christine Lagarde a toutefois tempéré ces anticipations. La présidente de la BCE a souligné que les décisions de politique monétaire ne seraient pas mécaniquement déterminées par la hausse du pétrole et du gaz. L’institution entend également prendre en compte la croissance, la consommation, les salaires et la transmission du choc énergétique à l’inflation sous-jacente.
Cette prudence reflète le dilemme auquel la BCE est confrontée : une énergie plus chère pousse l’inflation vers le haut, mais elle réduit parallèlement le pouvoir d’achat des ménages et peut freiner l’activité économique.
Le gaz constitue un risque supplémentaire
Le marché européen du gaz reste particulièrement vulnérable. Les stocks européens ne sont remplis qu’à environ 67 %, un niveau historiquement faible pour cette période de l’année, alors que l’objectif européen est d’atteindre 80 % d’ici décembre.
La fermeture du détroit d’Ormuz perturbe en outre les exportations de gaz naturel liquéfié du Qatar et des Émirats arabes unis. Selon des estimations citées par Reuters, ces perturbations ont déjà privé le marché mondial d’environ 36 millions de tonnes de GNL cette année.
Dans un scénario d’hiver froid, certains analystes estiment que les prix du GNL asiatique pourraient atteindre 40 dollars par million de BTU, contre environ 30 dollars actuellement. Une telle hausse renforcerait la concurrence entre l’Europe et l’Asie pour les cargaisons disponibles.
Un risque de stagflation
Le principal risque pour les économies développées réside désormais dans une combinaison de prix énergétiques élevés, de taux d’intérêt plus importants et d’un ralentissement de la croissance.
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Les marchés obligataires ont déjà intégré une partie de ce risque, avec une remontée des rendements souverains. Jusqu’à présent, les marchés actions ont relativement bien résisté, mais les investisseurs commencent à surveiller les conséquences du choc énergétique sur les bénéfices des entreprises et le crédit.
Pour la BCE, l’enjeu sera donc de contenir les effets inflationnistes du choc sans aggraver le ralentissement de l’activité. Ses projections restent fondées sur l’hypothèse d’une normalisation progressive des prix de l’énergie. Mais une prolongation de la guerre et des perturbations d’approvisionnement pourrait remettre cette trajectoire en question.