Le stress hydrique ne constitue plus seulement un enjeu environnemental pour la Tunisie. Il devient progressivement un risque économique et social, notamment pour l’agriculture et l’emploi rural. Dans son Tunisia Economic Monitor, intitulé « Tunisia’s Water Challenge: From Scarcity to Resilience » et publié le 22 septembre 2026, la Banque mondiale estime qu’en l’absence de mesures adaptées, au moins 30 % des emplois agricoles pourraient disparaître d’ici 2050 sous l’effet combiné du manque d’eau et du changement climatique.
L’enjeu est particulièrement important pour la Tunisie, où l’agriculture représente environ 14 % de l’emploi national, une proportion qui atteint jusqu’à la moitié des emplois dans certaines zones rurales. Le secteur joue également un rôle essentiel dans la sécurité alimentaire du pays. Selon la Banque mondiale, il assure en moyenne la moitié de la production de blé, 65 % de celle des céréales secondaires et 90 % de la production de viande rouge, tout en couvrant l’essentiel des besoins en fruits, légumes, volailles et œufs.
Une production agricole directement exposée
La pression sur le secteur devrait s’accentuer avec la raréfaction des ressources hydriques. La Tunisie dispose actuellement d’environ 380 m³ d’eau douce renouvelable par habitant et par an, un niveau largement inférieur au seuil international de pénurie absolue. Le changement climatique et l’augmentation de la demande devraient encore accentuer cette pression.
Les conséquences ne se limiteraient pas à l’emploi. La Banque mondiale estime que l’inaction face au stress hydrique pourrait entraîner une baisse importante de la production agricole. Une analyse citée dans les travaux de la Banque prévoit notamment une diminution de 29 % de la valeur ajoutée agricole d’ici 2050 en cas d’inaction climatique, contre 7 % pour l’industrie et 3 % pour les services.
Un risque qui dépasse le monde rural
L’impact économique pourrait ainsi se transmettre à l’ensemble de la chaîne de valeur. Une baisse de la production agricole affecterait l’agroalimentaire, les industries utilisant des matières premières agricoles, les exportations et, plus largement, les revenus des ménages ruraux. La Banque mondiale souligne également que les effets du stress hydrique pourraient toucher d’autres secteurs dépendants de l’eau, notamment le tourisme et l’industrie.
Face à ce risque, la Banque mondiale considère que la gestion de l’eau doit devenir un élément central de la politique économique. Le Plan Eau 2050 prévoit environ 900 millions de dollars d’investissements par an jusqu’au milieu du siècle. Mais l’institution estime que les investissements dans les infrastructures devront être accompagnés de réformes de la gouvernance de l’eau, d’une amélioration de la gestion de l’irrigation, d’une réduction des pertes dans les réseaux et d’un développement de la réutilisation des eaux usées.
Pour la Tunisie, le défi dépasse donc la seule question de l’approvisionnement en eau. Il s’agit désormais de préserver la capacité de production agricole, les emplois ruraux et une partie de l’activité économique face à une ressource qui devient de plus en plus rare.