Plus de 80 ans après sa création, l’ONU fait l’unanimité : elle est dépassée. Entre l’initiative « ONU80 », le Pacte de l’avenir et un Conseil de sécurité verrouillé par le droit de veto, l’organisation semble prisonnière de sa propre charte. L’ancien diplomate Ezzeddine Zayani interroge : l’ONU est-elle cette structure dépassée ou un outil diplomatique indispensable ?
Dans cette intervention, relayée par L’Économiste maghrébin, l’ancien diplomate Ezzeddine Zayani interroge la capacité de l’Organisation des Nations unies à se réformer, plus de huit décennies après sa fondation en 1945. Il part du constat que l’ONU, née pour incarner la diplomatie multilatérale, traverse aujourd’hui une crise profonde du multilatéralisme.
Cette crise, autrefois latente pendant la Guerre froide, s’exprime désormais de façon manifeste à travers des rivalités féroces entre grandes puissances, oscillant entre volonté de protection et logiques de défiance. Si les pratiques multilatérales demeurent omniprésentes, elles ont été fragilisées par les bouleversements géopolitiques contemporains. Il observe ainsi un recul progressif de l’universalisme au profit d’un pluralisme normatif adapté aux nouveaux rapports de force. L’ONU, véritable caisse de résonance du système international, subit de plein fouet ces mutations.
À 81 ans, un consensus se dégage : l’Organisation est dépassée certes par les événements. En revanche, aucun accord n’existe sur la solution à apporter. Le Secrétaire général Antonio Guterres lui-même a reconnu, le 24 octobre 2025, l’urgence et l’impérieuse nécessité de réformer le Conseil de Sécurité pour préserver un ordre mondial dont la légitimité s’effrite.
Ezzeddine Zayani identifie trois chantiers parallèles engagés à cet effet: le premier est l’initiative « ONU80 », lancée en mars 2025 à l’occasion du 80e anniversaire de l’Organisation. Structurée autour de trois axes: gagner en efficacité, réévaluer les mandats existants et adapter l’architecture organisationnelle à des moyens financiers en régression constante. Cette réforme reste de nature purement administrative et devrait se traduire par des suppressions de postes.
Le deuxième chantier est le Pacte de l’avenir, adopté en septembre 2024, qui appelle explicitement à ouvrir des négociations sur la réforme du Conseil de Sécurité et sur l’architecture de la paix. C’est ici que se situe, selon lui, le véritable nœud du débat. Comment réformer un Conseil composé de quinze membres, dont cinq permanents disposant du droit de veto ? Les critiques sont nombreuses et convergentes : la composition actuelle reflète le monde de 1945 et non celui de 2026 ; l’Afrique, qui accueille près de la moitié des opérations de paix, ne dispose d’aucun siège permanent ; l’Asie, pourtant très peuplée, n’est représentée de façon permanente que par la Chine ; enfin, le droit de veto paralyse l’action de l’ONU face aux grandes crises contemporaines, à Gaza comme en Ukraine, empêchant trop souvent l’organisation d’alléger les souffrances des populations.
Le troisième chantier, moins développé, concerne le renouvellement de la gouvernance : Antonio Guterres, qui achèvera son second mandat et quittera l’ONU en décembre prochain, a réaffirmé sa position lors du sommet des BRICS tenu à New Delhi les 11 et 12 septembre 2026, rappelant que les réalités de 2026, économiques, démographiques et géopolitiques ne sont plus celles de 1945, et que les structures institutionnelles doivent impérativement s’y adapter.
In fine, l’ancien diplomate revient sur la question budgétaire, plaidant pour une révision des contributions des États membres : aujourd’hui, seuls dix pays financent à eux seuls 72 % du budget ordinaire (États-Unis, Chine, Japon, Allemagne, Royaume-Uni, France, Italie, Canada, Corée du Sud et Russie), tandis que des pays prospères ou pétroliers devraient davantage contribuer, notamment au budget du maintien de la paix.
Il conclut en citant Ferid Belhaj, ancien vice-président de la Banque mondiale pour l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient, qui appelle le futur Secrétaire général à recentrer l’action onusienne sur la paix et la sécurité, condition sine qua non du développement.
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