Le 28 octobre, l’Assemblée générale des Nations unies s’est réunie pour la 34e année consécutive pour le vote rituel de la résolution sur « la nécessité de lever le blocus économique, commercial et financier imposé par les États-Unis d’Amérique à Cuba ».
Cette année a été marquée par de nouvelles sanctions imposées par Trump et marquées par le blocus énergétique qui a provoqué de très fortes pénuries et aggravé les difficultés vécues par les 10 millions de Cubains.
Le vote de cette résolution (130 voix pour, 17 voix contre et 25 abstentions) demandant de mettre fin au blocus illégal, démontre à nouveau une chose : la très grande majorité des membres de l’ONU le rejette. Toutefois, le nombre de votes contre la levée de l’embargo et celui des abstentions a, de manière surprenante, augmenté par rapport au vote de l’an dernier. Le plus surprenant est que des pays comme l’Allemagne, l’Italie ou encore les Pays-Bas, qui ont voté pendant trente-trois ans pour la levée de l’embargo, ont changé d’avis cette année en votant pour son maintien !!!
Mais avant d’entrer dans les détails, il faut avoir présent à l’esprit que cela fait plus de 64 ans que Cuba est sous embargo. Plus précisément depuis le 3 février 1962, date du décret du président John F. Kennedy, suivi au fil des ans par des lois scélérates du Congrès américain aggravant progressivement les conditions de vie du peuple cubain.

Dans un monde régi par la loi de la jungle, de telles questions prêtent à sourire par leur naïveté. Car, à voir le déchainement meurtrier dont sont capables les Etats-Unis à dix mille kilomètres de chez eux contre l’Irak hier et l’Iran aujourd’hui, les Cubains, qui vivotent à juste une centaine de kilomètres de la Floride, ont moins à se plaindre que les Irakiens, les Libyens, les Iraniens, les Syriens – et la liste est longue – des victimes de la prédation impériale américaine.
Il est utile de rappeler ici que depuis le fiasco de la Baie des Cochons en 1962, l’agressivité intrinsèque de leur puissant voisin s’est limitée jusqu’à ce jour à un embargo, aussi inhumain soit-il.
Jusqu’à ce jour, car Trump, après le « succès » de son action mafieuse contre le Venezuela, n’a pas caché son intention d’intervenir militairement contre Cuba. Et il l’aurait certainement fait, s’il n’avait pas été englué dans le bourbier de son absurde guerre contre l’Iran.
Tout comme la résistance féroce des Irakiens contre la guerre criminelle de Georges W. Bush a empêché celui-ci de diriger ses canons vers l’Iran, la résistance tout aussi féroce des Iraniens contre la guerre criminelle de la paire Trump-Netanyahu a sauvé les Cubains du sort subi par leurs voisins vénézuéliens.
Mais revenons aux péripéties du vote de l’Assemblée générale de l’ONU dont la première résolution demandant la levée de l’embargo américain contre Cuba remonte à 1992. Depuis cette date, le nombre des pays votant pour la levée de l’embargo était en augmentation constante et le nombre de ceux qui votaient contre ou s’abstenaient était en diminution constante.
Puis vint le vote du 28 octobre de cette année. Le nombre de pays soutenant la résolution sur Cuba est passé de 165 en 2025 à 130 en 2026 ; dans le même temps, les votes contre la levée de l’embargo sont passés de 7 à 17, et le nombre d’abstentions a plus que doublé, passant de 12 à 25 !
La Colombie, la Slovénie, Trinité-et-Tobago et les Émirats arabes unis, qui votaient constamment en faveur de la résolution, ont basculé dans le camp du « contre ».
La Bosnie-Herzégovine, le Costa Rica, la Tchéquie, l’Équateur, la Lituanie et le Maroc sont passés de l’abstention en 2025 à un vote « contre » clair et explicite en 2026.
Par ailleurs, les pays suivants, qui soutenaient auparavant la résolution, ont choisi cette fois de s’abstenir : Bahreïn, Chili, Croatie, Allemagne, Grèce, Guyana, Haïti, Honduras, Italie, Jamaïque, Monténégro, Pays-Bas, Palaos, Pérou, Qatar, Corée du Sud et îles Salomon.
La question qui se pose ici est pourquoi autant de pays qui votaient avant pour la levée de l’embargo ont-ils choisi cette année de tourner casaque. La question est d’autant plus brûlante que l’embargo contre Cuba est devenu intenable cette année, depuis que Trump a fait main basse sur le Venezuela, fournisseur traditionnel et généreux de pétrole à Cuba.
Le dénominateur commun à tous ces États, qui ont renoncé à leur opposition de longue date à un embargo illégal, est leur vulnérabilité face aux États-Unis et leur peur des réactions virulentes et irrationnelles de Trump.
On pourrait à la limite comprendre la peur qui motive l’attitude de petits pays vulnérables comme la Colombie, la Slovénie, Trinité-et-Tobago, le Costa Rica ou encore les Iles Salomon. Mais les autres ? Mais l’Allemagne, l’Italie, les Pays-Bas ou encore la Corée du Sud ? Le cas de ces quatre derniers pays est vraiment problématique. Ils sont riches et puissants économiquement, et donc n’ont aucune raison de craindre une réaction du fantasque président américain. En toute logique, ils auraient dû se soucier d’une réaction, forcément méprisante, de leurs opinions publiques que d’une éventuelle critique de Donald Trump…
Le cas de l’Allemagne est plus problématique encore. Rappelons que ce pays a échoué, pour la première fois cette année, à obtenir un siège élu au Conseil de sécurité des Nations unies. Rappelons aussi que cette puissance européenne aspire depuis longtemps à un siège permanent au sein de ce même Conseil.
Le problème fondamental de l’Allemagne aujourd’hui est sa duplicité et l’approche sélective qu’elle adopte vis-à-vis du droit international : elle défend bec et ongles le droit international quand il s’agit de l’Ukraine et, dans le même temps, se soucie comme d’une guigne de ce même droit quand il s’agit du génocide à Gaza, du banditisme contre le Venezuela et de la guerre criminelle contre l’Iran. Son vote surprenant pour le maintien d’un embargo qui étouffe tout un peuple depuis 64 ans ne fait que ternir davantage sa réputation.