La précision diabolique et implacable de l’intelligence artificielle explique en grande partie le bilan macabre des opérations militaires israéliennes à Gaza. Innovation technologique majeure, l’IA s’affirme comme un vecteur de puissance ambivalent, efficace et dévastateur, dont l’usage militaire pose des questions en droit international. Plus largement, sa capacité à bouleverser les ordres sociaux interroge notre avenir, avec le spectre de voir la créature échapper à ses créateurs.
L’incidence multidimensionnelle de l’IA
Vecteur de puissance, l’IA a une portée globale et transversale. Elle représente une nouvelle composante du hard power (technologique, économique, militaire) et du soft power (renforcement de la capacité d’influence en matière de production de normes, standards, règles) des Etats. Elle s’affirme comme un vecteur essentiel de la compétition des grandes puissances et participe, plus largement, à la redistribution de la puissance internationale.
Toutefois, l’IA n’est pas réductible à des enjeux de puissance et de rapports de pouvoir. Elle produit des effets sur l’organisation socio-économique des sociétés nationales et creuse les inégalités internationales.
Une menace existentielle pour l’humanité
Le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme, Volker Türk, a alerté sur la nécessité d’élaborer rapidement une gouvernance de l’intelligence artificielle, affirmant que l’IA avancée « pourrait faire peser un risque existentiel sur l’humanité ». Une prise de conscience internationale attestée, quelques semaines plus tard, par l’intervention exceptionnelle à la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies des deux principaux dirigeants de société d’IA (Sam Altman, PDG d’OpenAI, et son principal rival, Dario Amodei, PDG d’Anthropic).
Dans la foulée, le Conseil de sécurité s’est réuni pour la première fois pour discuter de la régulation de l’IA. Le principal défi réside dans le contrôle d’une technologie dont la diffusion et les capacités progressent plus vite que notre aptitude à en maîtriser les risques (individuels et collectifs). Les incidents impliquant des agents d’intelligence artificielle outrepassant les prérogatives qui leur ont été assignées afin d’accomplir la mission qui leur a été confiée se sont multipliés.
Quel cadre juridique international ?
Le questionnement s’avère plus particulier en temps de guerre. Le droit international est confronté à l’évolution de la pratique de la guerre et de ses vecteurs ou acteurs militaires. Du «soldat augmenté» (aux aptitudes renforcées grâce à des dispositifs matériels et immatériels issus des progrès des technosciences) aux drones (commandés à distance et permettant de frapper des adversaires sans intervention humaine directe), l’IA a ouvert un nouveau champ des possibles.
Si l’IA peut accroître l’efficacité des opérations militaires, son usage soulève des questions éthiques et juridiques : comment garantir le respect du cadre juridique des conflits armés (distinction entre civils et combattants, par exemple) ? A qui imputer la responsabilité d’une violation du droit international humanitaire ?