À l’issue des élections de mi-mandat aux Etats-Unis, l’ancien diplomate Ezzeddine Zayani livre sa lecture géopolitique d’un scrutin aux fortes résonances internationales. Selon lui, la victoire des démocrates confirme la solidité des institutions américaines, mais elle pourrait aussi modifier les équilibres diplomatiques, notamment dans les relations avec la Russie, l’Europe, l’Iran et la région du Moyen-Orient.
Interrogé sur sa lecture des résultats des midterms, l’ancien diplomate Ezzeddine Zayani a estimé que ce scrutin confirme la solidité des institutions démocratiques aux États-Unis. Il a notamment souligné que la victoire d’un candidat musulman dans le Michigan illustre, selon lui, la capacité du peuple américain à trancher malgré les pressions politiques. « Les États-Unis demeurent avant tout un pays démocratique », déclare M. Zayani. Selon lui, les institutions constitutionnelles sont suffisamment fortes pour empêcher toute manipulation du processus électoral. « Lorsque la démocratie fonctionne, le dernier mot appartient toujours au peuple », a-t-il soutenu.
« Lorsque la démocratie fonctionne, le dernier mot appartient toujours au peuple »,
Une évolution des relations internationales
Ezzeddine Zayani estime que ces résultats entraîneraient des changements sur la scène internationale, en particulier dans les relations américano-russes. Entre autres, il a souligné que les démocrates adoptaient une position plus ferme que les républicains face à la Russie dans le contexte de la guerre en Ukraine avant le retour de Trump à la Maison Blanche. Par conséquent, « la Russie risque d’être déçue », pense-t-il, estimant que Trump apparaissait plus accommodant que les démocrates sur ce dossier. Il a toutefois appelé à la prudence concernant les démocrates, rappelant leur soutien au printemps arabe et leur volonté, selon lui, d’imposer leur vision de la gouvernance aux pays en développement.
Les Frères musulmans et l’Europe
Interrogé sur un éventuel retour des Frères musulmans, Ezzeddine Zayani a dit ne pas y croire. « Les Frères musulmans ont démontré qu’ils ne disposaient pas des capacités nécessaires pour gouverner ». Leurs expériences au pouvoir, notamment dans les pays où ils ont été soutenus par les Américains, se sont soldées par des échecs, souligne l’ancien diplomate. Il a toutefois précisé qu’ils pourraient continuer à servir d’instrument de pression contre certains régimes. « Ils ont tiré les leçons de ce qui s’est passé en Tunisie et ailleurs ».
« Les Frères musulmans ont démontré qu’ils ne disposaient pas des capacités nécessaires pour gouverner ».
Sur le plan européen, l’ancien diplomate a estimé qu’une amélioration des relations transatlantiques était possible, les démocrates n’étant pas, selon lui, enclins à dégrader les liens avec l’Europe.
Un recul de l’extrême droite
Ezzeddine Zayani a également évoqué ce qu’il appelle la « politique de l’artichaut », une image selon laquelle les évolutions politiques se produisent progressivement, feuille après feuille, avant de révéler un changement plus profond. Dans ce cadre, il estime que l’extrême droite reculait peu à peu dans plusieurs pays, citant la Hongrie, la Bulgarie et la Serbie. Cette dynamique pourrait avoir des répercussions sur les élections en France. « Le recul de l’extrême droite observé ailleurs rend plausible une évolution similaire en France », a-t-il déclaré.
Un revers pour le sionisme
Abordant la question du conflit au Proche-Orient, Ezzeddine Zayani a affirmé que ces élections constituaient un revers pour le sionisme à l’échelle mondiale. Il a estimé que la victoire de l’Américain d’origine égyptienne démontrait une baisse d’influence des lobbies qui s’y opposaient. « Le sionisme n’a plus la même influence qu’auparavant, ni aux États-Unis ni ailleurs », a-t-il déclaré. L’opinion publique internationale a profondément évolué sous l’effet du sort des Palestiniens, explique M. Zayani, ajoutant que Netanyahou traversait, lui aussi, actuellement une période difficile.
Risque d’escalade avec l’Iran
Enfin, interrogé sur l’éventualité d’une fin de la guerre, Ezzeddine Zayani s’est montré prudent. Il a estimé que Netanyahou et Trump, qu’il a présentés comme les « deux vaincus » de cette séquence politique, pourraient chercher à redresser leur position en intensifiant les tensions avec l’Iran. « Ils pourraient tenter d’attaquer l’Iran avec des moyens importants afin de marquer un point et de prétendre sortir avec les honneurs », dit-il. Une telle escalade ne ferait que révéler, selon ses termes, « le déshonneur d’une classe politique agressive, narcissique et suprémaciste ».
Ils pourraient tenter d’attaquer l’Iran avec des moyens importants afin de marquer un point et de prétendre sortir avec les honneurs…