La Banque centrale de Tunisie franchit un cap décisif dans le verdissement de la finance nationale. Clôturant un projet d’assistance technique majeur soutenu par la KfW, l’institut d’émission pose les jalons d’une supervision renforcée face au péril climatique et dévoile sa stratégie 2026-2030.
Présidée par le gouverneur de la BCT, Fethi Zouhair Nouri, la cérémonie de clôture du projet d’assistance technique dédié à « la gouvernance et la gestion des risques financiers liés au changement climatique », mardi 3 novembre, marque une étape clé pour la place financière tunisienne. Financé par la Banque allemande de développement (KfW), ce programme visait à aligner la supervision micro et macroprudentielle de la BCT sur les meilleurs standards internationaux, lit-on dans un communiqué de la BCT.
Au terme des travaux, plusieurs avancées stratégiques et techniques ont été formalisées :
- Cartographie des risques : Identification à l’échelle nationale des risques physiques (sécheresse, inondations, montée des eaux) et de transition (intensité énergétique sectorielle).
- Analyse d’exposition pilote : Évaluation initiale des portefeuilles auprès d’un échantillon représentatif de banques et d’établissements financiers.
- Encadrement prudentiel : Élaboration d’un guide méthodologique de supervision, accompagné de propositions de reporting, de contrôle et d’audit.
- Coopération élargie : Formulations de recommandations pour renforcer l’ancrage de la BCT au sein du Network for Greening the Financial System (NGFS) et approfondir les synergies avec le secteur des assurances.
Le risque climatique, une menace directe pour la stabilité financière
Lors de son intervention, Fethi Zouhair Nouri rappellera la vulnérabilité du secteur financier face aux chocs climatiques. Les aléas physiques (vagues de chaleur, sécheresses à répétition, érosion côtière) dégradent la capacité de remboursement des emprunteurs et déprécient la valeur des garanties bancaires.
S’y ajoutent les risques de transition, accentués par le durcissement des normes commerciales mondiales, à l’image du Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières (MACF) de l’Union européenne, qui conditionne l’accès aux financements et marchés internationaux. Pour le Gouverneur, une gouvernance rigoureuse des risques constitue l’unique levier pour préserver la résilience des banques tout en captant les opportunités offertes par la finance verte.
Feuille de route 2026-2030 : les 4 piliers du verdissement
Pour concrétiser ces ambitions, la BCT a officialisé son plan d’action stratégique pour la période 2026-2030. Ce cadre de référence s’articule autour de quatre axes complémentaires :
| Pilier | Axe d’intervention | Objectif principal |
| I. Risques climatiques | Encadrement et supervision | Normaliser la gestion du risque climatique au sein des banques et adapter le contrôle prudentiel de la BCT. |
| II. Transparence | Données et reporting | Fixer un standard commun de collecte et de publication des données financières vertes. |
| III. Finance verte | Développement du marché | Structurer l’offre d’instruments financiers durables et stimuler les marchés verts. |
| IV. Gouvernance | Suivi et coordination | Piloter la mise en œuvre de la feuille de route et mesurer son impact à l’échelle nationale. |
Avec ce dispositif progressif et proportionné, la Banque Centrale de Tunisie entend non seulement armer le secteur financier contre la dégradation de l’environnement, mais aussi orienter les flux de capitaux vers une économie bas-carbone durable.
D’après communiqué.