La crise qui secoue le marché financier turc prend de l’ampleur. Le régulateur des marchés de capitaux a indiqué que 455 758 investisseurs individuels détenaient des parts dans plus de 130 fonds placés en liquidation, pour un montant global proche de 20 milliards de dollars. Une enquête a également été élargie sur des opérations suspectes concernant plusieurs sociétés cotées.
La Turquie fait face à une importante crise de liquidité sur son marché des fonds d’investissement. Près d’un demi-million d’investisseurs sont concernés par la liquidation de plus de 130 fonds, décidée par les autorités après les fortes tensions apparues sur le marché boursier.
Le Conseil des marchés de capitaux de Turquie (SPK) a précisé mercredi que 455 758 investisseurs individuels étaient exposés aux fonds concernés, selon les données du dépositaire central turc. Les actifs placés sous liquidation représentent près de 20 milliards de dollars.
La crise avait éclaté après des difficultés rencontrées par plusieurs sociétés de gestion pour honorer les demandes de retrait de leurs clients. La chute de certaines valeurs peu liquides détenues par les fonds a compliqué leurs opérations de vente et provoqué des tensions croissantes sur les liquidités.
Un mouvement de retraits massif
Selon les données citées par Capital.gr, environ 600 milliards de livres turques ont été retirés des fonds d’investissement entre le 31 août et le 23 septembre. La Bourse d’Istanbul a parallèlement connu une forte correction, l’indice principal ayant enregistré le 16 septembre sa plus forte baisse depuis plus d’un an.
Les difficultés ont notamment concerné TeraPortföy et PusulaPortföy, deux sociétés de gestion dont plusieurs fonds ont été affectés par les demandes de remboursement. Les autorités ont ensuite ordonné la liquidation de fonds gérés par plusieurs sociétés.
Cette situation intervient après des modifications réglementaires introduites à la fin du mois d’août. Selon Reuters, la baisse rapide de titres peu négociés a rendu plus difficile la conversion des actifs des fonds en liquidités, obligeant certains gestionnaires à céder des positions importantes pour répondre aux demandes de leurs clients.
La crise soulève également des interrogations sur les performances exceptionnellement élevées affichées par certains fonds avant leur effondrement. Des analystes cités par Capital.gr estiment qu’une partie de ces rendements aurait pu résulter de valorisations difficiles à maintenir lorsque les marchés se sont retournés.
Les investisseurs concernés se retrouvent ainsi confrontés à une double difficulté : l’impossibilité temporaire de récupérer leurs placements et l’incertitude concernant la valeur finale des actifs qui seront cédés dans le cadre des liquidations.
Les autorités interviennent
Face aux tensions, les autorités turques ont pris plusieurs mesures pour éviter une propagation de la crise au reste du système financier. La Banque centrale de Turquie a notamment porté ses financements par opérations de pension à 300 milliards de livres et relevé les limites d’emprunt sur le marché interbancaire. Le régulateur des marchés a également abaissé temporairement de 35 % à 20 % le niveau minimal de fonds propres requis pour certaines opérations sur marge. Le Comité de stabilité financière turc a par ailleurs estimé que les difficultés étaient concentrées sur un segment spécifique du marché des fonds et qu’elles demeuraient « temporaires et gérables », écartant à ce stade l’hypothèse d’un risque systémique plus large.
Une enquête pénale élargie
Parallèlement aux mesures de stabilisation financière, les autorités ont renforcé leur enquête sur certaines transactions boursières. Le régulateur a déposé des plaintes concernant des opérations portant notamment sur les titres de Katilimevim, Gundogdu Gida et Destek Finans.
Selon Reuters, plusieurs personnes ont été interpellées et certaines ont été placées en détention provisoire. Les accusations rapportées par le ministère turc de la Justice comprennent notamment des infractions à la législation sur les marchés de capitaux, l’appartenance à une organisation criminelle et la fraude aggravée.
Pour les marchés turcs, l’enjeu est désormais double : restaurer la liquidité des fonds concernés et déterminer si les irrégularités présumées ont joué un rôle dans l’effondrement de certaines valeurs. Les autorités cherchent parallèlement à contenir les effets de la crise afin qu’elle ne se transforme pas en problème plus large pour le système financier.