Si la Tunisie recevait un bulletin scolaire, la mention serait « peut mieux faire, doit redoubler d’efforts ». Avec une moyenne nationale de 40,8 % sur l’ensemble de ses services essentiels, le pays valide difficilement son année. Recalé en logement et en culture, il peine à rattraper par l’alimentation et les transports. Le nouvel Indice national de performance du développement (INPD) dresse, délégation par délégation, le relevé de notes d’un État qui peine à transformer ses ambitions en résultats tangibles.
Cet indice INPD évalue les performances économiques, sociales et environnementales des secteurs liés aux services fondamentaux et aux droits humains, jusqu’à l’échelle des délégations. Ces données alimenteront prochainement l’application PerfECT, déjà accessible en ligne.
Des écarts importants entre les secteurs
Des secteurs tels que l’alimentation et la finance (56,4 %) et les transports/télécommunications (50,3 %) tirent la moyenne vers le haut. Et ce, sans pour autant traduire une performance satisfaisante. À l’inverse, le logement ou le tourisme obtiennent un score de 26,5%. Tandis que l’instruction et la culture (33,3%) restent les principaux chantiers. Ils sont d’autant plus préoccupants qu’ils touchent des besoins essentiels et des leviers de développement humain.
Les disparités territoriales persistent
Le Grand Tunis (49,4 %) et Nabeul (45,2 %) arrivent en tête du classement territorial, loin devant Sidi Bouzid (33,8 %), Kairouan et Kasserine (34,6 %). Ce sont des écarts anciens que les politiques publiques n’ont pas réussi à résorber depuis 2011.
L’eau : une ressource sous tension
La Tunisie dispose aujourd’hui d’environ 400 m³ d’eau par habitant et par an, contre près de 850 m³ en 1996. Ce qui est bien en dessous du seuil de rareté fixé par la FAO (1 000 m³). Près de la moitié de l’eau d’irrigation serait perdue à cause de réseaux vétustes. Et le taux de raccordement à l’ONAS plafonnait à 64,9 % en 2022.
Des pénuries qui révèlent les fragilités du système
Pain, lait, café, viandes rouges : les pénuries récurrentes persistent malgré le coût élevé de la compensation, dont l’efficacité est évaluée à seulement 13 %. La capacité du système à résister aux crises d’approvisionnement plafonne, elle, autour de 15 % — dans un pays où le droit à l’alimentation n’est pas explicitement consacré par la Constitution.
Un secteur législatif à 35 %
Ce score ne tient pas qu’aux moyens disponibles : l’organisation hémicyclique du débat parlementaire favorise la constitution de majorités plutôt que la recherche de consensus. Ce qui laisse aux acteurs les mieux dotés en ressources une influence disproportionnée sur des dossiers clés (salaire minimum, fiscalité, foncier, crédit).
Au final, l’INPD confirme que la performance publique n’est ni homogène ni figée. Elle est plutôt un outil pour mieux cibler les politiques et mesurer leurs effets, territoire par territoire.