Donald Trump a pris une sérieuse claque électorale, mais gare à ne pas enterrer trop vite le vieux lion ! Certes, privé de ses relais au Congrès, le milliardaire républicain a perdu une bonne partie de ses moyens de pression, mais il lui reste une arme de poids : son droit de veto présidentiel.
Les observateurs sont unanimes à estimer que l’écrasante victoire des démocrates aux élections de mi-mandat, qui ont pris des allures de référendum pour ou contre Donald Trump, constitue une véritable raclée pour l’actuel locataire de la Maison-Blanche. Mais gare au vieux lion blessé ! S’il a perdu quelques crocs dans la bataille, le président américain conserve un redoutable coup de patte et des griffes toujours aussi acérées.
La preuve ? Tout en reconnaissant, une fois n’est pas coutume, la défaite de son camp et en se déclarant disposé à faire des compromis avec les démocrates, Donald Trump s’est bien gardé d’assumer sa part de responsabilité dans ce revers. Il a préféré en rejeter la faute sur les candidats républicains, ne figurant pas lui-même sur les bulletins de vote lors des élections locales et législatives du 3 novembre 2026. Puis, il a rappelé qu’il disposait toujours d’une arme de poids, en l’occurrence son droit de veto présidentiel. Une manière de dire que même si le vieux lion est blessé, sa capacité de nuisance reste intacte !
Bérézina
En effet, lors de ce scrutin crucial du 3 novembre 2026, le Parti de l’âne aura ravi aux républicains de Donald Trump le contrôle des deux chambres du Congrès. Ainsi, au Sénat, les démocrates ont arraché la majorité de 54 sièges contre 44 pour les républicains grâce à plusieurs victoires décisives, notamment celles de Josh Turek dans l’Iowa, Jon Ossoff en Géorgie ou encore de James Talarico au Texas.
À la Chambre des représentants, la véritable déferlante bleue a également permis à l’opposition de reprendre le contrôle de la chambre basse avec un total de 240… De plus, plusieurs bastions républicains historiques ont ainsi changé de camp, notamment au Texas, avec l’élection de Gina Hinojosa au poste de gouverneure et de James Talarico au Sénat, mais aussi dans l’Ohio, le Kansas, la Caroline du Nord et l’Iowa.
Bref, une véritable Bérézina pour le camp présidentiel ! À 80 ans, Donald Trump s’était pourtant personnellement investi dans la bataille, multipliant les meetings et les interventions pour tenter de sauver les meubles et préserver ce qui restait de son emprise sur le Congrès. En vain. Ce scrutin sonne comme un désaveu cinglant de sa politique par l’électorat américain. En cause, l’inflation galopante, l’envolée du coût de la vie et l’intervention militaire américaine en Iran qui ont lourdement pesé dans la balance, transformant ces midterms en un véritable vote sanction contre le milliardaire républicain.
Bras de fer
Cela étant, le cinglant revers subi par Trump signifie-t-il que le roi est désormais nu ? Malgré tout, le président sortant conservera une marge de manœuvre non négligeable sur de nombreux sujets. Voici les principales conséquences du nouvel équilibre des pouvoirs à Washington.
Nul doute que la victoire des démocrates aux élections de mi-mandat risque de changer considérablement la donne à Washington. Privé de sa majorité dans les deux chambres du Congrès, Donald Trump va désormais devoir composer avec une opposition qui entend bien lui compliquer la tâche et lui pourrir les deux années qui lui restent.
Avec quelles armes ? Forts de leur nouvelle majorité, les élus de la Chambre des représentants pourront reprendre en main les commissions parlementaires et multiplier les auditions, les enquêtes et les convocations de responsables. Les affaires financières de la famille Trump, les éventuels conflits d’intérêts de ses proches, notamment Jared Kushner et Donald Trump Jr., ainsi que les relations de l’administration avec certaines puissances étrangères pourraient revenir sur le devant de la scène. Autant de dossiers susceptibles de donner du fil à retordre à la Maison-Blanche.
Le Sénat étant chargé de confirmer les hauts responsables de l’administration, les ambassadeurs et les juges fédéraux, les démocrates pourront retarder, voire bloquer, certains choix de Trump. Ainsi, la majorité démocrate pourrait bloquer, retarder ou rejeter les nominations de Donald Trump pour le cabinet présidentiel, la direction des agences fédérales (telles que le FBI, la CIA ou l’ICE) ainsi que les juges de la Cour suprême. Une possibilité que Chuck Schumer, le leader démocrate au Sénat, a bien l’intention d’utiliser en cas de sièges vacants à la Cour suprême durant les deux dernières années de Trump.
Sur le terrain international, la marge de manœuvre du président pourrait également se réduire comme une peau de chagrin. Ainsi, l’intervention militaire américaine en Iran, son coût et ses objectifs devraient notamment faire l’objet d’un examen parlementaire plus poussé. Les démocrates pourraient aussi contester certaines dépenses militaires, remettre en question les droits de douane imposés par Trump et réclamer davantage de transparence sur sa politique étrangère. Sans pour autant pouvoir se substituer au président dans la conduite de la diplomatie américaine.
Mais le véritable bras de fer pourrait se jouer autour de la responsabilité politique du président. Certains démocrates pourraient remettre sur la table la perspective d’une nouvelle procédure de destitution (impeachment). La Chambre des représentants peut engager une telle procédure à la majorité simple. Toutefois, pour contraindre Trump à quitter la Maison-Blanche, il faudrait réunir une majorité des deux tiers au Sénat, un seuil particulièrement difficile à atteindre.
D’ailleurs, le leader démocrate à la Chambre Hakeem Jeffries, qui pourrait devenir le premier « Speaker » afro-américain de l’Histoire, n’exclut pas une troisième tentative d’impeachment de Donald Trump, mais priorise une procédure contre Pete Hegseth, le secrétaire à la Défense.
En définitive, le locataire de la Maison-Blanche s’apprête à traverser une nouvelle zone de fortes turbulences avec, en toile de fond, un bras de fer permanent avec un Congrès désormais passé dans le camp adverse. De quoi transformer les deux dernières années de son mandat en un véritable chemin de croix.