L’Iran a indiqué s’être mis d’accord avec le sultanat d’Oman sur un nouvel itinéraire de transit des navires dans le détroit d’Ormuz, dont ils sont tous deux riverains. Si le projet peut contribuer à la réouverture de cette artère stratégique, il sera à même d’accorder aussi à Téhéran un rôle inédit dans la supervision du trafic maritime. De quoi susciter les réserves des États-Unis et des monarchies du Golfe.
Un accord entre l’Iran et Oman sur l’avenir du détroit d’Ormuz conclu dans le dos de Washington ? Alors que Donald Trump répète à l’envi qu’un accord avec la République islamique pourrait être trouvé « dans les jours à venir », Téhéran semble avoir pris de vitesse le président américain.
En réalité, l’optimisme affiché par le locataire de la Maison Blanche est loin d’être partagé. Car, plusieurs sources citées par CNN et Reuters jugent cette perspective encore prématurée. D’ailleurs, un haut responsable du Golfe, cité par la chaîne américaine, estime à seulement une chance sur deux la probabilité de voir aboutir un accord dans les prochains jours. Un autre obstacle pourrait encore compliquer les négociations : la délégation iranienne engagée dans les discussions ne compte aucun représentant du Corps des Gardiens de la révolution islamique, l’une des composantes les plus influentes de l’appareil sécuritaire iranien et un poids lourd de la ligne dure. Or, son feu vert pourrait s’avérer indispensable pour valider le texte final.
Pour rappel, depuis la reprise des hostilités dans la région, début juillet, l’Iran a de nouveau resserré son étau sur le détroit d’Ormuz, verrouillant de fait le passage stratégique par lequel transitait, avant la guerre, près d’un cinquième du commerce mondial des hydrocarbures. Téhéran exclut désormais tout retour au statu quo ante et n’autorise, pour l’heure, qu’un seul itinéraire maritime, longeant ses propres côtes.
Mais l’Iran ne s’arrêterait pas au contrôle de la circulation. Téhéran étudierait également la possibilité d’imposer des frais de passage, une perspective vivement rejetée par la communauté internationale et difficilement compatible avec les principes du droit international de la mer. Entre volonté de reprendre la main sur un axe énergétique vital et risque de se heurter aux règles régissant la navigation internationale, l’équation devient particulièrement explosive.
Quid de l’accord entre l’Iran et Oman ?
Entre temps, l’Iran a annoncé avoir conclu avec le sultanat d’Oman portant sur les coordonnées géographiques d’une nouvelle voie de navigation à travers le détroit d’Ormuz. Une initiative qui pourrait, de facto, modifier les routes maritimes empruntant ce passage stratégique et rebattre les cartes de la circulation dans l’un des principaux points névralgiques du commerce mondial.
Selon des informations révélées par le Wall Street Journal, Téhéran et Mascate seraient parvenus à un accord de principe sur la création d’une nouvelle voie d’entrée, au plus près des côtes iraniennes, tandis qu’une voie de sortie longerait le littoral omanais. Mais le projet va plus loin : les deux pays envisageraient de fusionner les itinéraires actuellement utilisés afin de mettre en place un corridor maritime bidirectionnel, conçu pour répondre à leurs intérêts respectifs.
Les deux camps ont un intérêt économique évident à sortir de l’impasse. Une reprise du trafic dans le détroit d’Ormuz favoriserait les exportations de pétrole et de gaz, réduirait les tensions sur l’économie mondiale et pourrait créer un contexte plus favorable à une reprise des discussions sur le programme nucléaire iranien.
Les grandes lignes de cet aménagement auraient d’ores et déjà été communiquées aux États-Unis, aux différents pays de la région ainsi qu’aux plus hauts responsables iraniens.
Mainmise sur le détroit d’Ormuz
Un simple changement de tracé ? L’enjeu est en réalité autrement plus stratégique. Selon plusieurs sources citées par Reuters et le Wall Street Journal, le projet d’accord accorderait à Téhéran un droit de regard sur les navires empruntant la nouvelle voie d’accès au golfe Persique, sans pour autant lui permettre d’imposer des péages ou de facturer des services.
En effet, derrière cette disposition technique se cache donc une véritable ligne rouge pour Téhéran : obtenir un rôle dans la supervision de cette route maritime, au même titre que le droit à l’enrichissement nucléaire. C’est précisément ce point qui concentre les inquiétudes à Washington comme dans les capitales du Golfe.
Appréhensions
Les États-Unis redoutent en effet la création d’un précédent en matière de contrôle d’une voie maritime internationale. Ainsi, le secrétaire d’État Marco Rubio a averti à plusieurs reprises qu’accorder à un État un rôle de supervision sur un passage stratégique pourrait contrevenir au droit international et ouvrir la voie à des revendications similaires dans d’autres régions du monde.
Dans le Golfe, la crainte est tout aussi forte. Les monarchies arabes redoutent qu’un dispositif présenté comme temporaire ne se transforme progressivement en mécanisme permanent d’influence iranienne sur le détroit d’Ormuz. À terme, Téhéran pourrait ainsi disposer d’un véritable droit de veto de facto sur une partie des flux énergétiques mondiaux, faisant d’une simple réorganisation des routes maritimes un bouleversement majeur de l’équilibre stratégique régional.