Dégradation de la notation souveraine de la Tunisie : les analystes s’inquiètent 

notation souveraine

La Tunisie a subi, encore une fois, une dégradation de sa note souveraine, par l’agence Moody’s. L’agence de notation américaine a dégradé, mardi 23 février courant, la notation souveraine du pays. Et ce, de B2 à B3 tout en maintenant les perspectives de cette notation à « négatives ».

Commentant cette dégradation, le professeur des universités, Mahmoud Sami Nabi a déclaré que «Moody’s a justifié cet abaissement de la notation souveraine à B3, par la faiblesse de la gouvernance face à la montée des contraintes sociales. Celles-ci inhibent les marges de manœuvre du gouvernement et sa capacité à réduire le déficit budgétaire et réaliser les réformes du secteur public ».

Impact sur l’attractivité de la destination Tunisie

« Ces réformes, jugées nécessaires pour stabiliser ou limiter l’augmentation de la dette extérieure, nécessitent un accord avec les institutions de la société civile sur l’orientation à prendre et les modes d’intervention…Un accord qui, dans les meilleurs des cas, va prendre beaucoup de temps. L’autre justification présentée par Moody’s, c’est le retard des négociations avec le FMI qui augmente l’incertitude quant à la capacité du gouvernement à lever les ressources financières extérieures planifiées, à des coûts raisonnables ».

Toujours selon lui, la première répercussion liée à cette dégradation, c’est « le renchérissement du coût du financement sur les marchés financiers internationaux où la loi de finances de 2021 a prévu 10 290 millions de dinars, sous formes d’émission obligataires et de Sukuks. Avec un grade spéculatif B3, les taux d’intérêt seront vraisemblablement supérieurs à 10%. Afin de réduire la prime de risque, il est attendu que les autorités tunisiennes activent leurs relations bilatérales et multilatérales. L’objectif étant d’avoir le maximum de garanties souveraines ».

Par ailleurs, « cette nouvelle notation dégrade davantage, l’attractivité de la destination Tunisie pour les investissements directs étrangers. Elle risque de nuire également, aux opérateurs économiques tunisiens lors de leurs opérations commerciales avec leurs partenaires étrangers », a-t-il encore souligné.

« La première répercussion liée à cette dégradation, c’est « le renchérissement du coût du financement sur les marchés financiers internationaux »

Et de poursuivre : « cette dégradation devrait mettre davantage de pression pour accélérer le déclenchement d’un dialogue social national entre toutes les parties prenantes autour des réformes économiques. La conclusion rapide de ce dialogue et l’engagement des parties prenantes à assurer le minimum de paix sociale sont des conditions nécessaires. Et ce pour la conclusion d’un nouvel accord avec le FMI. Sans cet accord, la Tunisie ne pourra pas compter sur les financements des autres bailleurs de fonds ».

« Les retards dans la conclusion de cet accord, peuvent générer des décalages entre les nouveaux financements extérieurs et les remboursements du service et du principal de la dette extérieure. Pour rappel, le principal de la dette extérieure à rembourser en 2021, est de 6 506 MD. En cas de retard dans l’obtention de nouveaux financements extérieurs, la pression pourra augmenter sur les réserves de devises. Ce qui ne tardera pas à affecter la parité du dinar tunisien vis-à-vis du dollar et de l’euro. Une situation qui aura un impact indirect très négatif sur la valeur du stock de la dette extérieure », a-t-il encore, regretté.

Et de conclure : « Pour terminer sur une note optimiste, nous espérons que cette dégradation de la note contribue à catalyser un sursaut national. Et ce pour arrêter une fois pour toute, une feuille de route claire de sauvetage de l’économie tunisienne et stopper l’hémorragie. Il est extrêmement important, d’accélérer le processus du dialogue national. Le temps est très précieux dans la phase actuelle. Si on continue avec le statu quo actuel, la crise socio-économique risque d’être dévastatrice ! »

Notation souveraine vs parité du Dinar

Abdelkader Boudriga, a précisé que « suite à cette nouvelle dégradation, l’accès aux marchés financiers internationaux va devenir plus difficile et plus coûteux. Cette dégradation aura aussi, un impact sur les investissements internationaux. Que ce soit les investissements directs étrangers où les investissements en portefeuille. Car les fonds d’investissements étrangers vont réajuster leurs portefeuilles en fonction de la nouvelle dégradation ».

Cette dégradation pourrait également, selon lui, affecter indirectement, la parité du Dinar. Car elle va affecter les flux de capitaux destinés à la Tunisie. M. Boudriga a, en outre, mis en garde contre une persistance du laisser-aller actuel. « Il faut avoir conscience qu’on s’est gravement rapproché de la notation C (Obligation spéculative de très mauvaise qualité, niveau de risque de crédit très élevé). Une nouvelle dégradation serait catastrophique ».

Les sorties sur le marché international vont  être très coûteuses

De son côté, le président de la CONECT, Tarek Cherif a estimé que « la dégradation de la note souveraine de la Tunisie par Moody’s était attendue, car en économie rien n’est laissé au hasard, tout est calculé et tout pourrait être anticipé ».

« C’est une conséquence de la crise multidimensionnelle dans laquelle sombre le pays depuis plusieurs années. Nous avons alerté à maintes fois, quant aux dangers liés à cette situation. Celle-ci risque de mener le pays vers le scénario grec ou libanais. Mais aucune suite n’a été donnée à nos alertes. Aucune réforme n’a été mise en place », a-t-il déploré.

Et de continuer : « La situation en Tunisie est telle qu’on n’est plus capable de boucler nos lois de finances, car les dépenses dépassent de loin les ressources. Même le recours à l’endettement auprès des banques locales se fait souvent au détriment de l’investissement et des entreprises. Il assèche la liquidité sur le marché. Il est loin de combler les gaps budgétaires. Et avec une note aussi dégradée et face aux engagements non honorés avec le FMI, même les sorties sur le marché international vont être très coûteuses ».

« C’est la Tunisie qui avait sollicité l’aide du FMI au départ. Le FMI ne nous a rien imposé. Si nous sommes incapables de tenir nos engagements avec cette institution, il faut s’attendre à des complications pareilles. Aujourd’hui, la situation est très délicate », a-t-il amèrement conclu.

La décision de Moody’s d’abaisser la note souveraine de la Tunisie est essentiellement motivée par ses craintes quant à la capacité du pays à poursuivre le processus de réformes et ayant trait essentiellement à l’assainissement budgétaire et à la restructuration du secteur public.

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