Marché des masques en Chine : « une maison de fous »

masques Chine

Le dimanche 5 avril, un avion de la compagnie Tunisair décollait en direction de la Chine. Et ce, pour rapporter une cargaison de matériel médical, dont des masques. Soit le produit le plus recherché sur la scène mondiale actuellement. Pourtant, l’avion faisait demi-tour une demi-heure ou trois quarts d’heure seulement après son décollage. La raison, selon le PDG de Tunisair, est la suivante: « Peu après le décollage, nous avons été informés par des responsables chinois que, pour des raisons techniques, la cargaison n’est pas prête. On nous informera quand elle sera prête »…

A cet égard, on n’a aucune raison de mettre en doute l’honnêteté du PDG de Tunisair. En revanche, nous avons toutes les raisons de douter des explications en provenance de Chine. Il va sans dire que ce ne sont pas l’Etat chinois et ses structures administratives qui sont visés ici. Mais bien les fabricants de masques et de respirateurs; dont le marché est qualifié de « maison de fous ». Et ce, par un témoin sur place en Chine, cité par le journal britannique The Guardian.

En effet, le journal britannique cite le témoignage de Michael Crotty, un négociant en textile basé à Shanghai. Il déclare: « Les producteurs de masques et de respirateurs vendent leurs produits à celui qui paye le plus. C’est une maison de fous. Le fabricant ne veut savoir qu’une chose, combien on paye. La marchandise est emportée par celui qui arrive le premier et paye le plus. La marchandise ne sort de l’usine que quand la totalité de la somme est réglée. La surenchère semble se transformer en bataille de tous contre tous. »

Bataille de tous contre tous

D’ailleurs, dans cette bataille de tous contre tous, les Etats-Unis semblent utiliser tous les moyens légaux et illégaux, moraux et immoraux. Et ce, pour s’accaparer du maximum de matériel médical produits par les fabricants chinois. Les Allemands en ont fait les frais.

Effectivement, l’Allemagne a commandé 200.000 masques pour ses forces de police. Mais, la cargaison changeait d’avion en Thaïlande pour prendre la direction des Etats-Unis. Le ministre de l’Intérieur du Länder de Berlin n’a pas caché sa fureur. Qualifiant les pratiques américaines de « piraterie moderne ». Ainsi, le ministre berlinois estime qu’ « on ne peut pas traiter de la sorte les partenaires transatlantiques. Même en ces temps de crise globale, on ne peut pas recourir à ces méthodes de Far West. »

De même, la France faisait aussi les frais de ces méthodes de « Far West ». Valérie Pécresse, la présidente de la région Île-de-France, qualifiait la course aux masques made in China de « chasse au trésor ». Elle a fait cette déclaration à la presse: « J’ai trouvé un stock de masques qui était disponible et les Américains- je ne parle pas du gouvernement américain- mais les Américains, ont surenchéri. Ils ont offert trois fois le prix et ont proposé de payer d’avance. Je ne peux pas faire cela. Je dépense l’argent des contribuables et je ne peux payer qu’à la livraison après avoir vérifié la qualité. Nous avons donc été pris au piège. »

« Les Américains sortent le cash… « 

Il n’en faut pas plus pour que la presse française parle de « la guerre des masques (qui) fait rage au pied des avions chinois ». Isabelle Lasserre, journaliste au Figaro, écrit les mots suivants dans un article publié le 2 avril. « Dans les crises comme dans les guerres, quand les masques tombent, surgit le vrai visage des États et des individus. Les Français qui ont vécu sous l’Occupation en savent quelque chose; il arrive que le couteau dans le dos soit planté par des voisins ou des amis. »

Pour sa part, Jean Rottner, médecin et président du grand Conseil régional de l’Est, région de France particulièrement frappée par le virus, n’a pas caché sa consternation. « C’est compliqué, on se bat 24 heures sur 24 pour que les masques soient livrés. Et effectivement, sur le tarmac, les Américains sortent le cash et payent trois ou quatre fois les commandes que nous avons faites. »

Alors, si la France et l’Allemagne ont toutes les peines du monde à s’approvisionner sur le marché chinois, que dire de la Tunisie? Les « raisons techniques » et « la cargaison qui n’est pas prête » évoquées pour expliquer le retour de l’avion de Tunisair peu après son décollage ne sont peut-être que des voiles transparents avec lesquels les responsables chinois dans l’embarras tentent de masquer « la guerre des masques ».

La Tunisie a-t-elle la moindre chance dans cette « chasse au trésor » où tous les coups sont permis? Aucune. A moins que l’Etat chinois n’intervienne pour mettre de l’ordre dans cette « maison de fous ».

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here