La présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde, a mis en garde contre les risques que représentent les stablecoins adossés à l’euro pour le système bancaire européen et pour l’efficacité de la politique monétaire de la zone euro.
Dans un discours prononcé le 8 mai lors du Forum économique latino-américain organisé par la Banque d’Espagne à Roda de Bará, en Espagne, la présidente de la BCE a exprimé son scepticisme quant à l’utilité des stablecoins libellés en euro, malgré les arguments avancés par leurs défenseurs sur leur potentiel d’innovation financière et leur capacité à renforcer le rôle international de la monnaie européenne.
Christine Lagarde estime que ces actifs numériques pouvaient affaiblir la transmission de la politique monétaire et créer de nouveaux risques pour la stabilité financière. Un transfert massif des dépôts bancaires traditionnels vers des stablecoins pourrait réduire les capacités de prêt des banques et perturber le fonctionnement du système financier européen, ajoute-t-elle.
La présidente de la BCE rappelle notamment les turbulences observées en 2023 autour du stablecoin USD Coin, dont la valeur s’était temporairement détachée du dollar après la faillite de Silicon Valley Bank. Pour Francfort, cet épisode illustre la vulnérabilité potentielle des monnaies numériques privées en période de stress financier.
Selon les données citées par la BCE, le marché mondial des stablecoins est passé de moins de 10 milliards de dollars il y a six ans à plus de 300 milliards de dollars aujourd’hui, un essor qui alimente les inquiétudes des banques centrales face à la montée des actifs numériques privés.
Christine Lagarde a également averti que la domination croissante des stablecoins adossés au dollar risquait d’accroître la dépendance de l’Europe envers les infrastructures financières américaines et de favoriser une forme de « dollarisation numérique » du continent. Elle a souligné que près de 98 % des stablecoins mondiaux restent aujourd’hui indexés sur le dollar américain.
Face à cette évolution, la BCE privilégie une autre approche fondée sur le développement d’un euro numérique public ainsi que sur les dépôts bancaires tokenisés, considérés comme plus sûrs et mieux intégrés au cadre réglementaire européen. Christine Lagarde a insisté sur la nécessité pour l’Europe de bâtir sa propre infrastructure financière numérique afin de préserver sa souveraineté monétaire…
Le débat intervient alors que l’Union européenne poursuit l’application du règlement MiCA, premier cadre réglementaire global destiné à encadrer les marchés des cryptoactifs et les émetteurs de stablecoins au sein de l’espace européen.