Les interactions entre économie et politique

économie et politique

Il est indéniable que l’économie joue un rôle déterminant dans la stabilité politique et que, réciproquement, l’instabilité politique agit sur les comportements privés de consommation et d’investissement et sur les performances économiques.

Les décisions macro et micro-économiques répondent à des préoccupations d’ordre politique. Ainsi, le recours à une méthodologie économique stricte pour étudier la dimension politique des choix publics limite fortement l’ampleur des risques de dérapage idéologique.

L’intérêt de certains économistes pour les questions institutionnelles et sociopolitiques a acquis une reconnaissance indiscutable. Le nombre de prix Nobel est révélateur : on y trouve notamment G. Stigler, G. Buchanan…

Leurs tentatives analytiques prennent diverses dénominations : analyse économique de la politique, théorie des choix publics, économie politique moderne, nouvelle économie institutionnelle, etc. Elles ont toutes eu pour objectif de combler l’insuffisance des analyses positives en économie publique.

L’État régule encore les processus économiques

Par ailleurs, le développement des méthodes quantitatives et de l’information statistique a aussi permis de mieux apprécier l’importance de ces interactions entre économie et politique. De nombreuses estimations économétriques ont mis en évidence :

  • Influence des variables économiques sur les résultats électoraux,
  • Impact du calendrier électoral sur les choix de politique économique,
  • Rôle des groupes de pression et leur activité de « recherche de rente »…

Dans tous les cas de figure, c ‘est l’État qui régule encore dans notre pays les processus économiques. Autrement dit, ce sont les considérations politiques qui aiguillent les choix et les décisions, à travers une économie conduite vers un but pratique.

Rappelons que John Stuart Mill, l’un des derniers représentants de l’école classique, avait bien été à l’origine de l’État Providence, même s’il était un penseur libéral.

Les interactions économico-politiques sont donc importantes. Une situation politique instable peut faire fuir les capitaux et les hommes. Elle a des conséquences très sensibles sur le taux de croissance et le taux d’inflation. Il a été constaté qu’à la deuxième moitié des années quatre vingt, certains plans d’ajustement ont provoqué de graves troubles sociaux, sources de répression. Pour toutes ces raisons, il n’est pas possible de comprendre les politiques économiques retenues dans un pays sans faire intervenir la dimension politique.

Vulnérabilité incontestable

Les gouvernements successifs depuis 2011 ne semblent pas avoir pris au sérieux toutes ces considérations.  Six chefs de gouvernement se sont succédé : (Caïd Essebsi 9 mois, Jebali 15 mois, Laarayedh 10 mois, Jomaa12 mois, Essid 18 mois, Chahed 36 mois).

La lutte acharnée pour mettre le grappin sur tous les rouages du pouvoir et s’enraciner ad aeternam demeure la priorité des priorités pour certains partis politiques. Et ce, quelles que soient les conséquences sur l’économie nationale et sur la vie des Tunisiens.

Plusieurs indices sont là pour nous interpeller sur la possible évolution négative des indicateurs économiques nationaux. Finalement, une vulnérabilité incontestable caractérise la situation économique, financière et sociale actuelle.

Elle est fragilisée par l’informel et le faible niveau d’investissement productif. Le taux d’inflation est de 7,5% environ. Le taux de chômage est élevé, autour de 15 %. Le dinar se déprécie de 65 % (même s’il s’est légèrement apprécié, dernièrement). Les déficits budgétaires et courants, freinant en contrepartie l’investissement et alimentant la dette publique. Celle-ci atteindrait 89% du PIB en 2020. La dette extérieure dépasserait 100% du PIB. Les importations atteindront probablement plus de 20 MDT en 2019…

Irrémédiablement, les effets pervers d’une situation politique polluée qui perdure affectent négativement de manière directe ou indirecte l’économie nationale dans son ensemble.

La situation se détériorer davantage, mais…

On est entré dans un cercle vicieux : les crises (politique et économique) se nourrissent l’une de l’autre. Il ne faut pas être surpris par ces cris du cœur lancés par le président de l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (UTICA) lorsqu’il déclare : « il nous faut un plan d’urgence [… ] Personne n’a gagné les élections [… ] Il faut tenir l’économie à l’écart de la politique [… ] Les partis politiques doivent se contenter du Parlement et s’éloigner de l’économie parce qu’ils ne la comprennent pas ». Quoi de plus clair ! Le président de l’Utica a exprimé en peu de mots le sentiment profond de beaucoup d’économistes et d’observateurs avertis.

Il faut reconnaître que l’environnement politique présent ne permet pas encore le retour de la confiance nécessaire et propre d’un climat des affaires. Aussi, il ne permet pas d’assurer au train économique national une stabilité et encore moins un développement réel.

Il s’agit de reprendre en main tout ce qui touche au domaine économique et social pour réinstaurer ce climat de confiance ambitionné. En ne se contentant pas d’observer la souffrance des gens sans agir dans l’urgence comme il se doit et en laissant la situation se détériorer davantage.

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