Khadija Moalla : « L’appel à l’abstention ou au vote blanc est respectable mais n’est pas la solution »

Khadija T. Moalla vote blanc

Le tableau de certains dirigeants politiques fait ressortir cette mouvance d’opportunistes. Ils n’ont en tête que le pouvoir. Et ils sont prêts à toutes les compromissions sur leurs valeurs et leurs convictions. Ce ne sont que quelques exemples de ces politiciens prêts à se nourrir dans n’importe quelle auge pour autant qu’ils aient le poste convoité. Maître Khadija Moalla, Docteur en droit et consultante internationale livre son analyse.

leconomistemaghrebin.com :  L’opportunisme est certainement un facteur faisant peu de cas de principe. Et où les intérêts personnels priment avant l’intérêt général. Aujourd’hui, cet opportunisme s’étend de plus en plus, à force d’arrondir les angles du discours politique afin de plaire à tout le monde, ou à déformer certaines vérités. Comment expliquer, Mme Khadija Moalla, ces comportements où certaines personnes affichent des positions ambiguës voire même fallacieuses?

Khadija Moalla : J’ai publié il y a trois ans, un article intitulé : « Donnez-moi des patriotes incorruptibles, je vous donne une Tunisie développée. » Je le concluait en disant : « La Tunisie a besoin maintenant de l’amour, de la passion et de l’imagination de tous ses enfants patriotes et incorruptibles pour la sortir du bourbier où elle s’est enlisée ».

Je demeure convaincue que seules les personnes qui pensent qu’elles sont « au service » de tous les citoyens, voire de toute l’humanité, sont capables de penser à l’intérêt général avant de penser à leur propre intérêt. La Tunisie regorge de patriotes incorruptibles. Ils sont sidérés de réaliser que les corrompus n’ont plus la décence de se cacher. Mais qu’ils osent s’exhiber au grand jour. Il semblerait que cette réalisation les fascine tellement par son horreur qu’ils restent paralysés et incapables d’agir ou presque.

Le règne de l’impunité

Si ce changement a commencé à s’opérer depuis l’ère de Ben Ali, il s’est accentué ces dernières huit années. Ce changement a été encouragé par l’impunité qui a été accordée aux menteurs, voleurs, corrompus, dealers et trafiquants mafieux en tout genre, au point qu’ils osent se présenter à la magistrature suprême! Il a surtout été permis par le silence de la majorité qui a vu ce changement s’opérer devant ses yeux mais qui, anesthésiée, n’a pas réagi.

Les media sociaux ont aussi beaucoup contribué à la dégradation de la situation. Car la majorité a pensé que le simple fait de dénoncer ces faits sur FB suffisait et qu’elle pouvait dormir la conscience tranquille ayant accompli son devoir. Or, les corrompus ne craignent pas ces dénonciations qui n’ont en vérité aucune valeur ajoutée et ne peuvent contribuer à opérer aucun changement ou revirement dans le bon sens. Je me suis moi-même retirée, de ce théâtre de l’absurde, pour ne plus subir l’emprise de ces scènes de comédie noire.

Nous payons le prix de la complicité par omission et irresponsabilité

Les media ont aussi joué un rôle malsain en offrant des plateformes à ces énergumènes. Car elles leur ont donné un semblant de légitimité souillée qui n’as pas contribué au renforcement du processus démocratique ni de la liberté d’expression, bien au contraire. J’en profite pour lancer un appel aux journalistes intègres d’analyser et d’expliquer au peuple tunisien la différence entre la liberté d’expression et « la contribution à la manipulation des masses! » Exposer les Tunisiennes et les Tunisiens a des psychopathes professionnels, tous les soirs, est un crime de non-assistance à peuple confus, en désarroi et en danger!

Tout ce silence, cette complicité par omission et irresponsabilité ont un prix que nous sommes actuellement collectivement en train de payer. Car c’est dans la nature des choses de rembourser ses dettes! L’addition est lourde, j’en conviens, mais nous ne pouvons pas y échapper! Dans moins d’une semaine, nous aurons à choisir de nous engouffrer la tête la première dans un océan de boue en nous laissant gouverner par des capitaines mafieux, grâce à un mauvais choix électoral ou nous accorder une chance de survie, en attendant des jours meilleurs et l’échéance de 2024 qui verra entrer sur la scène les «Patriotes incorruptibles»! 

Pour restaurer l’œuvre politique, il faut miser sur le retour de valeurs de la démocratie et affirmer des positions claires. Aujourd’hui, une crainte plane sur le processus démocratique. Quelles sont les solutions, selon vous, pour consolider cette démocratie naissante?

La démocratie n’est pas un bulletin de vote! Elle a beaucoup de composantes qui, si elles ne sont pas réunies, ne pourront pas garantir son existence et encore moins assurer sa pérennité.

Pour les réunir, un travail de longue haleine est à faire par l’Etat qui en est le premier et principal responsable. Il est vrai que ces huit dernières années, nous n’avons pas eu les gouvernements ni les chefs d’Etat qui ont été capables de le faire. Seule la vigilance et l’intelligence de la majorité silencieuse et intègre, pourront aider à rectifier le tir en votant pour celui, à la présidentielle, et ceux et celles aux élections législatives, qui ne sont ni corrompus ni ne traînent derrière eux une histoire d’incompétence et de mauvaise gouvernance.

La lutte contre la corruption et la montée des extrémismes

Dans tous les cas, et au-delà de nos frontières, la démocratie est en train de subir un dérapage dangereux, à l’encontre des droits de la majorité des citoyens et particulièrement des pauvres! La montée vertigineuse des « Droites » de toutes sortes, en Europe, en Amérique Latine et ailleurs… est là pour nous le prouver chaque jour, un peu plus! Une bataille législative est à mener les années à venir pour assainir le climat politique, redonner vie aux valeurs, tant bafouées ces derniers temps, prônant la laïcité et le respect des droits et libertés pour toutes et tous, et redonner à la politique et à la bonne gouvernance leurs lettres de noblesse!

Soyons plus clair, quel est le candidat à la présidence et quels sont les partis ou les listes qui répondent à vos aspirations ou à votre diagnostic Mme Khadija Moalla?

En ce qui concerne la course vers le palais de Carthage, je ne cache pas que je n’ai pas encore fais mon choix! Je déteste la situation d’être acculée à choisir. Et qu’en réalité, je n’ai pas réellement le choix! Il semblerait que pour tous les Tunisiens le vote utile pour le moins mauvais de tous s’impose! Que c’est triste, qu’après ces huit années, nous en soyons arrivés là, mais quel autre choix avons-nous? L’appel au vote blanc lancé et prôné par certains est compréhensible et respectable. Mais au mieux il ne résoudra pas la situation. Et au pire, il peut être dangereux, car il permettra quand même aux mafieux de prendre le pouvoir en toute légalité!

Zbidi, Rahoui et « Koulleb »

Rationnellement, je n’ai pas toutes les cartes en main qui me permettent de choisir sans l’ombre d’un doute le meilleur candidat d’une façon définitive. J’aurais aimé que le Dr. Abdelkarim Zbidi réponde à plus d’interrogations que certains ont posées. Et ce, afin d’éclairer la lanterne de ceux qui veulent voter pour lui en toute conscience et sans l’ombre d’un doute, mais qui hésitent encore. Ce qui est certain, c’est qu’il possède plusieurs qualités qui peuvent jouer en sa faveur, comme l’intégrité et la sincérité. Je me rappelle encore une entrevue, il y a quelques années, que j’ai eu avec SE le Ministre de la Santé de Djibouti et qui a commencé par me vanter les mérites de Dr. Zbidi qui, prenant exemple sur le Zaim Bourguiba, qui a beaucoup fait pour le secteur de l’éducation des Djiboutiens, dans les années 70, a choisi de continuer la même démarche.

Puis, Mongi Rahoui, avec son esprit ouvert et progressiste et son pragmatisme vigilant et intelligent saura-t-il rassembler toute la gauche derrière lui? Sans cela, il aura du mal à passer au deuxième tour malheureusement. D’ailleurs, il mérite d’être reconnu et salué pour avoir eu le courage de se présenter.

Khadija Moalla : Le choix du chef de gouvernement sera primordial

Dans tous les cas de figure, et quel que soit celui qui sera aux commandes, il sera capital pour notre survie à toutes et à tous qu’il choisisse le meilleur Chef du gouvernement capable de s’entourer des meilleures compétences tunisiennes. Y compris celles qui appartiennent à notre Diaspora à l’étranger, afin de sauver le navire de couler et de l’amener à bon port pour nous permettre un vrai choix en 2024.

Quant aux listes qui se sont présentées aux législatives, et comme je crois aux jeunes patriotes qui ont l’esprit ouvert et libre, et qui œuvrent pour le changement par la voie démocratique, je crois que la liste des jeunes indépendants, courageux et pleins d’enthousiasme, nommée « Koulleb », peut réussir une percée non négligeable au sein de l’Assemblée des Représentants du Peuple. En écoutant un ami me lire leur premier communiqué, je me suis dis que tant que la Tunisie est capable d’enfanter des jeunes pareils, rien de mal ne pourra lui arriver!

Au final, l’avenir nous appartient et la Tunisie nous appartient. Et que toutes celles et ceux qui pensent le contraire, aillent se rhabiller au vestiaire de l’Histoire qui ne leur pardonnera pas leur indécence d’avoir osé se présenter pour nous gouverner!

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here