Média : la Tunisie est privée de 60% de sources de revenus potentiels

revenus publicitaires

Une nouvelle étude réalisée par le Programme d’Appui aux Médias en Tunisie (PAMT) sur les médias tunisiens et la transition numérique a été publiée. Elle permet de dresser un diagnostic du secteur des médias en Tunisie. Objectif : proposer quelques axes d’évolution pour le développement du secteur.

L’étude a observé que contrairement à tous les pays où le numérique et l’industrie de contenus bénéficient d’un fort développement, la Tunisie ne bénéficie pas de recettes d’abonnements, ni de recettes de vidéo à la demande (VOD ou de SVOD) à l’instar de Netflix. La Tunisie est de facto privée de 60% de sources de revenus potentiels.

La Tunisie bénéficie uniquement des deux premières sources de revenus (subventions publiques et recettes publicitaires), qui mondialement représentent moins de 40% des revenus globaux (abonnements à des offres de télévision payante, vidéo à domicile, vidéo à la demande…).

Un marché publicitaire faiblement investi !

Malgré l’existence, à l’échelle mondiale, d’un marché publicitaire mature, utili­sant de la publicité contex­tuelle, de la publicité ciblée, de la publicité à la perfor­mance, du brand content…le marché publicitaire en Tunisie est très faiblement investi. Le marché est modeste en valeur en comparaison non seulement des pays d’Europe du Sud mais aussi ceux du Maghreb. L’étude a mentionné que seules des campagnes contextuelles sont achetées selon un rythme à forte saisonnalité par les an­nonceurs nationaux.

Et d’ajouter que le marché est très peu qualitatif (marché de prix, concurrence déloyale sur fond de désorganisation, manque de datas pour développer les publicités ciblées, crise économique depuis 2012). Sans parler de la méfiance des investisseurs.

A titre d’exemple, le marché internet représente 3% (facturé localement) 7% avec les campagnes Facebook et Google (selon les agences médias). Le marché publicitaire TV représente 66%.

YouTube est parfaitement implantée en Tunisie. C’est une offre gratuite financée par la publicité. Elle donne accès à des vidéos, des programmes TV, des extraits postés, de la musique…

ICflix (cinéma et séries) et Digster (playlists musicales) émergent en partenariat avec Tunisie Télécom. Ces ser­vices ont du mal à trouver leur modèle économique puisque les contenus sont piratés.

En effet, les annonceurs risquent de se contenter d’utiliser les dispositifs commercialisés par Facebook et YouTube, si les éditeurs ne développent pas leurs propres offres commerciales compétitives complémentaires de celles de Facebook. Cette attitude passive induit un manque à gagner au profit des deux plateformes internationales.

Tracas bureaucratiques et débit internet insuffisant

Comme les autres pays d’Afrique du Nord, il n’y a pas de bouquets payants commercialisés, car l’offre de sharing (partage de réception piratée) envahit l’ensemble du mar­ché (90% des Tunisiens y ont recours). Il n’y a pas d’éditeurs d’offres VOD ou SVOD, très peu com­pétitives face au prix du sharing.

Il y a des offres de films et fictions sur le net, rentabilisées par la publicité, mais les ayants droit ne sont pas rému­nérés en retour. En Tunisie, les systèmes de paiement électroniques sont dépendants des organismes bancaires et postaux d’autant qu’il y a un contrôle des changes.

Notons que le plafond de paiement autorisé en devises devrait passer à 100 000 dinars tunisiens sous certaines conditions grâce aux dispositions du « Startup Act » pour permettre aux « start-up » de pouvoir acheter des licences de logiciels informatiques.

« L’enjeu est que le système dérogatoire au droit commun soit opérationnel sans tracas bureaucratiques pouvant décourager les jeunes startuppers à investir en Tunisie et, partant, de se diriger vers d’autres environnements plus attractifs », soulignent les rédacteurs de l’étude.

Les services à valeur ajoutée personnalisée comme Netflix (cinéma et fiction), Deezer (offres personnalisées de mu­siques) et Spotify (idem) considèrent que les conditions de débit internet et de protection juridique des musiques ne sont pas encore réunies pour permettre un lancement en Tunisie. Il n’y a donc pas de débit suffisant en Tunisie pour envisager pour l’instant d’offres de SVOD payantes par abonnement comme Netflix.

A titre illustratif, il existe un service proposant un catalogue très fourni en films et séries aussi bien récents qu’anciens fonctionnant sur le mode d’un abonnement mensuel de 10 dinars tunisiens. Le non-paiement des droits apparaît comme une évidence à ce niveau tarifaire.

Malgré ces défaillances, l’étude a fait remarquer que la Tunisie pourrait revendiquer avec succès d’avoir accès aux mêmes sources de recettes que les pays occidentaux.

Les rédacteurs de l’étude ont formulé un ensemble de recommandations pour la transition numérique réussie des médias tunisiens. En effet, les perspectives économiques de la transition numérique ne seront porteuses que si les médias tunisiens bénéficient des recettes futures du numérique.

Or à ce stade, ce sont Facebook et YouTube qui captent le principal des recettes et le « sharing » qui cannibalise le développement des abonnements à contenus originaux, innovants et créateurs de valeur pour tout l’écosystème.

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