Lutter contre le blanchiment d’argent n’est pas facile

La veille de la Saint-Valentin était agitée pour les responsables tunisiens. La Commission Européenne (CE) a publié une nouvelle liste de 23 pays « présentant des carences stratégiques dans leurs cadres de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme ».

Une décision qui intervient alors que tout le monde pensait que ce problème était derrière nous.

Une mise à jour

Selon le communiqué de la CE, « l’objectif de cette liste est de protéger le système financier de l’UE ». Elle a été établie « à la suite d’une analyse approfondie ». Sur les 54 pays examinés, 23 ont été considérés comme présentant des carences stratégiques dans leurs régimes de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Malheureusement, la Tunisie est le seul pays de la Méditerranée qui figure dans la liste, avec la Libye et la Syrie ! Les établissements financiers européens continueront donc à appliquer des contrôles « renforcés » pour toutes les opérations financières concernant les clients et les établissements financiers provenant de la Tunisie.

Le problème est que ce classement, qui date de l’année dernière, nous a coûté cher. Des débats houleux sur les plateaux télévisés et au sein de l’ARP et c’est le Gouverneur de la Banque centrale, Monsieur Chedly AYARI, qui a payé les pots cassés. Depuis, combien de responsables  sont venus raconter que la Tunisie sortira en 2019 de cette liste ? Pourquoi la Place n’a pas été informée de cette étape, alors que l’agenda de la CE est public et programmé des mois à l’ avance (Draft Agenda) ? Les déclarations de responsables européens avaient aussi réconfortées les Tunisiens, à l’instar de celle de Jean-Claude Junker qui a annoncé que l’UE nous a retiré de cette liste et que nous figurons sur la liste grise.

Maintenant, nous allons avoir droit à de nouveaux débats stériles, un vrai casse-tête. La Commission tunisienne des analyses financières (CTAF) est sortie préciser qu’il s’agit uniquement d’une mise à jour de l’ancienne liste. Des séances de travail sont programmées prochainement avec le Groupe d’Action Financière (GAFI), afin de présenter les avancées réalisées et sortir définitivement de cette liste. De son côté, la CE a adopté la liste sous la forme d’un règlement délégué qui sera soumis, dans une première étape, au Parlement européen et au Conseil pour approbation dans un délai d’un mois, susceptible d’être prolongé pour un mois, une seule fois. S’il est approuvé, le règlement délégué sera publié au Journal officiel de l’Union européenne et entrera en vigueur 20 jours après sa publication. Entre temps, la CE restera en dialogue avec la Tunisie en vue d’établir les critères relatifs au retrait de la liste.

Il faut en finir avec ce classement

Maintenant, il est évident que la Tunisie ne satisfait toujours pas aux critères de l’UE, en matière de lutte contre le blanchiment d’argent. Certainement, des avancées ont été faites, mais il faut aller bien au-delà. Le fléau à éradiquer reste l’économie souterraine. Où va tout cet argent ? Une partie passe nécessairement par les banques qui, dans un contexte d’asséchement de la liquidité, pourraient accepter des dépôts, sans vraiment vérifier les origines des dépôts.

Là, il faut bien comprendre que lutter contre le blanchiment d’argent n’est pas une simple tâche. Il faut des investissements dans les systèmes d’information et la collaboration du personnel au niveau des agences. La détection doit se faire, essentiellement, au niveau de la première ligne. C’est l’agent qui est au guichet, au chargé de clientèle et au responsable du point de vente de lancer l’alerte. Mais en même temps, ces agents sont rémunérés sur le volume des dépôts ! Une situation de conflit d’intérêt qu’il faut résoudre avant tout. Sinon, nous ne voyons pas comment cette première ligne pourrait fonctionner en matière de prévention.

Encore plus important, cette question de blanchiment d’argent est très sensible dans une année électorale, surtout qu’on cherche encore le nom de ce candidat à la Présidentielle de 2014 ayant reçu des financements de l’étranger. Espérons enfin que nous quittons cette liste noire définitivement dans les semaines qui viennent. Autrement, c’est une vraie catastrophe.

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