Tunis : prolifération des étals anarchiques et du commerce parallèle

étals anarchiques

Il s’agit manifestement d’un vécu à plusieurs incidences qui, depuis quelques années, investit la ville et « squatte » ses rues et places marchandes. Les trottoirs sont pris d’assaut et des pans entiers de l’espace public sont occupés  par ces groupes de vendeurs qui sont devenus la manifestation extrême du non-droit et de la violation de la loi. Les autorités donnent l’impression de s’essouffler et de baisser les bras face à ce phénomène omnipotent. Les campagnes sporadiques,  menées tambour battant,  se sont avérées jusque-là impuissantes…

C’est à n’y rien comprendre, le discours des autorités locales qui se veut déterminé et percutant se heurte souvent à une réalité têtue. Le propos concerne la prise d’assaut des espaces commerciaux de la capitale. Il suffit de se rendre du côté de Bab el Jazira,  la rue Charles de Gaulle et dans les artères environnantes. Une véritable fourmilière que ces étals anarchiques qui n’en finissent pas d’accaparer l’espace  à tel point que se frayer un chemin dans ce labyrinthe devient une véritable gageure.

Le système  » D  » en quelque sorte dans sa plus criante manifestation. Aucune chaussée ni trottoir ne sont épargnés. Derrière, tout le long des rues, boutiques et magasins se dressent en sentinelles désolées, se limitant à faire de la figuration dans ce spectacle ubuesque.  Sans parler du vacarme assourdissant provoqué par les cris des vendeurs. Le passant, client potentiel ou passager, se laisse prendre par l’inconfort de ce bain de foule imposé.

Maintes fois,  décision fut prise pour sévir contre ce que certains n’hésitent pas à qualifier de « fléau ». A chaque fois, le scénario est le même : des opérations « coup de poing », spectaculaires mais manifestement incapables de circonscrire le phénomène ni de lui trouver les alternatives idoines. La rue, libérée, respire pour un moment mais le retour à la case départ est au coin de la rue et l’occupation  des espaces  reprend ses « droits », au grand dam des commerces environnants et des piétons obligés de slalomer entre les étals.

Les campagnes de lutte se poursuivent… mais l’espace public demeure squatté 

Dans la foulée des campagnes d’éradication ponctuelles qui se révèlent peu dissuasives,  ces squatteurs de l’espace public  ont fini par acquérir une sorte « d’immunité » qui défie ouvertement  l’autorité qui, de guerre lasse, finit par leur abandonner le terrain. Un terrain devenu au fil du temps la chasse gardée de tous ceux qui s’adonnent au commerce parallèle au centre-ville de la capitale.

Quand on fait un tour, surtout en ces jours de jeûne, du côté de la place Bab Jazira ou tout le long de la rue qui mène à Bab Bhar (ou Porte de France), on se rend compte de la particularité de la situation incongrue à laquelle on est arrivé. Même chose et même constat pour ce qui est de la rue d’Espagne ou les environs du Marché central. Ceci pour la capitale mais le phénomène est le même ailleurs dans les autres gouvernorats où des campagnes municipales sont souvent menées pour lutter contre cet envahissement rampant.

Le règne absolu du non-droit

Les scènes où la police municipale faisait sporadiquement des « descentes » pour attraper tous ceux qui s’adonnaient au commerce parallèle semblent bien révolues aujourd’hui. La donne a radicalement changé et ce n’est plus le vendeur isolé, le « zaouelli » qui  s’incruste entre deux boutiques pour vendre ses produits ou l’ambulant qui écoule sur les grandes places à la criée ses produits.

Non, les acteurs ont nettement changé : à présent ce sont des « groupes » organisés  qui se partagent  les endroits et les opportunités.  Aujourd’hui, les agents de la police municipale ne saisissent plus les marchandises pour les envoyer à la fourrière et sanctionner les propriétaires. Personne ne surprend personne et tout semble, malheureusement, voué au non-droit. Les étals anarchiques et le commerce parallèle ont désormais  « pignon sur rue ».

Entre-temps, la ville étouffe et le paysage urbain est réduit à la promiscuité du fait de ces pratiques qui nous  » bouffent » la cité et nous  « volent » les images du passé qui ne collent plus à la réalité du présent.

 

La ville libérée pour quelques jours seulement

Entre-temps, et comme c’est le cas depuis toujours, nous avons droit à ces discours solennels qui annoncent la fin prochaine, voire imminente, du commerce parallèle. Des solutions « radicales » sont invariablement claironnées et qui prétendent assigner un espace circonscrit à ces commerçants à la sauvette, loin du centre-ville, mais en vain. Ces derniers font profil bas pendant la campagne qui prétend les éradiquer, pour revenir en force quelques jours plus tard…    La suite, on la connaît pour la vivre au quotidien, avec le stress en plus.

«  Chassez le naturel, il revient au  galop » dit l’adage . Hélas, le squat de l’espace public et l’impuissance des autorités sont devenus un « naturel » avec lequel il nous faut désormais vivre.

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