Les 500 : Classement des entreprises tunisiennes – Edition 2017

Un premier constat : l’effet révolution n’est pas près de s’estomper à la lecture du palmarès 2016 des entreprises tunisiennes.

Les PME/PMI, jusque-là fer de lance de l’économie, sombrent dans les méandres des revendications excessives, outrageuses mêmes, dans les difficultés d’accès aux financements, de la contraction du pouvoir d’achat, de la concurrence internationale –fût-elle loyale – et de la déferlante du commerce informel qui détruit tout, à peu de frais, sur son passage. Problème : le fossé qui les sépare des grands groupes et des grandes unités de production – relativement protégés et forts de leur connexion à l’international – ne cesse de se creuser au point de créer un immense vide dans le tissu productif tunisien.

On le voit, le nombre des PME/PMI et surtout des entreprises à taille intermédiaire –ETI- se rétrécit comme peau de chagrin. Leur poids dans le PIB diminue de manière drastique. Danger : car ce sont pourtant celles-ci qui assurent la cohésion du tissu industriel, qui sont source d’innovation et qui créent le plus d’emplois. Pas étonnant alors le repli de l’emploi dans l’industrie et des services, surtout ceux liés à l’industrie, quand les plus grands pourvoyeurs d’emplois sont à la peine. Il y a donc urgence à remettre les pendules à l’heure des PME/PMI et des ETI qui ont réussi à franchir le cap de la PMI. Elles ont besoin d’un traitement conséquent, d’appui logistique, de soutien fiscal et de moyens financiers et humains pour les accompagner dans leur effort de restructuration, de mise à niveau, de modernisation, d’innovation et de développement.

Tout n’est pas motif de préoccupation. Les grands groupes tunisiens ont fait mieux que résister à la tempête interne et externe. On n’enregistre pas de véritable recul même si la progression des chiffres d’affaires relève pour partie de la hausse des prix – consécutive il est vrai à la flambée des coûts et à la stagnation de la productivité. Ils ont, cela se confirme cette année encore, une plus grande capacité à absorber les chocs sociaux et plus encore à profiter des opportunités que leur offre leur insertion dans l’économie mondialisée. Le tableau s’il n’est pas très brillant – car dans un contexte plus apaisé, ils auraient présenté de meilleurs résultats –n’en est pas moins rassurant. Ces six dernières années n’ont pas été un long fleuve tranquille entre agitation sociale permanente, chocs terroristes, instabilité des lois, incertitude politique et absence de visibilité.

Ils n’ont à aucun moment déserté le pont. Ils sont à la manette par tout temps. Ils ont ainsi prouvé leur talent d’entrepreneur et leur patriotisme face à l’inconstance des politiques. Ils n’ont pas attendu que l’Etat reprenne ses investissements pour amorcer à leur tour la pompe de l’investissement privé, même en l’absence de la promulgation et du code des investissements et de la mise en œuvre du partenariat public-privé –PPP. Nos capitaines d’industrie ont été présents –jusque dans les régions –quand l’Etat a brillé par son absence. Ce qui signifie en clair qu’ils ont réussi, non sans difficultés, à préserver l’essentiel : c’est-à-dire l’avenir de l’économie tunisienne, ses capacités de rebond et de redressement.

Réussiront-ils à faire mieux en 2017 pour voir figurer les plus performants d’entre eux dans le top 50 du continent africain ou dans les 100 premiers de la zone Méditerranée ? On ne doute pas de leur capacité de développement et de leur envie, mais il faudrait pour cela qu’ils bénéficient d’un meilleur climat des investissements, de lois claires, transparentes et stables qui encouragent plus qu’elles ne dissuadent, bref d’un écosystème qui promet autant qu’il promeut. Ils ne peuvent grandir qu’en multipliant leur point d’attache à l’international, en s’internationalisant. On comprend qu’il leur faille disposer d’une logistique up-to- date, d’infrastructures portuaire et aéroportuaire d’une grande fluidité, de compétences humaines qui font souvent défaut et d’un dialogue permanent et sincère avec l’Administration qui n’arrive pas encore à endosser l’habit du prestataire de services au profit des entreprises grandes ou petites.

S’ils y parviennent, nous n’aurions pas de souci à nous faire autant pour la résorption du chômage que pour le reste. Ils pourront alors, à l’instar de véritables locomotives, injecter de la croissance, tirer l’économie vers le haut, susciter et générer la création dans leurs interstices d’une noria de PMI/PME, gage de la pérennité et du développement de notre appareil productif.

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