Emploi : le parent pauvre de la révolution

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Alors que les partis politiques annoncent à cor et à cri leur participation aux festivités de la révolution du 17 décembre 2010 / 14 janvier 2011, tout en s’affichant devant les médias et annonçant fièrement le 6ème anniversaire de la révolution, il n’en n’est pas de même  pour d’autres qui n’ont pas encore récolté les fruits de cette révolution.

Déficit budgétaire de l’ordre de 5.7%,  déficit courant avoisinant les 9%, le chômage a atteint 15,5%, le déficit des caisses sociales environ 1200 M.D. déficit commercial, les exportations ne couvrent les importations qu’à hauteur de 31,10% et après avoir frôlé les 53,4% du PIB en 2015, le taux d’endettement a atteint 63% en 2016. Qui pourrait croire qu’il s’agit d’un bilan économique de deux années de l’après- 14 janvier 2011 ?

Pour le politologue Riadh Sidaoui, la révolution tunisienne n’a rien réalisé au volet économique en dépit d’une évolution remarquable au niveau du pluralisme politique, des libertés individuelles et collectives. A ce niveau,  le politologue estime que la Tunisie demeure un exemple à suivre. Et ce n’est pas tout.

Le politologue, connu pour son opposition farouche aux régimes dictatoriaux, considère que si la revendication principale de la révolution, à savoir l’emploi, n’a pas été réalisée depuis six ans, c’est parce que la Tunisie n’est pas un Etat providence, où un contrat social lie les citoyens et l’Etat. Un contrat par lequel l’Etat s’engage à garantir des conditions de vie décentes pour les citoyens. Il regrette que la Tunisie de l’après-14 janvier 2011 ait choisi le néolibéralisme américain comme modèle économique, ce qui  est une contradiction avec les principes de l’Etat providence mis en place depuis l’indépendance.

D’ailleurs, il trouve que c’est normal que les jeunes continuent à protester six ans après la révolution à cause de la mise en place d’un modèle économique qui les a déçus.  Dans le même contexte, notre interlocuteur n’est pas sans responsabiliser les hommes d’affaires. Selon lui, les hommes d’affaires tunisiens mènent des projets qui se basent sur la consommation, ce qui ne fait pas progresser la société tunisienne, tant s’en faut. S’ajoute à cela le phénomène de l’évasion fiscale qui a atteint des proportions alarmantes.  Les protestations vont se poursuivre tant que les revendications principales n’ont pas été satisfaites, prévient-il  avant de conclure sur une interrogation : «  Où sont passés les dons que la Tunisie a reçus pendant la période de la Troïka ? ».

A peine  le mois de janvier 2017 a-t-il commencé que l’Union des diplômés chômeurs a commencé à mobiliser ses affiliés pour une série de protestations notamment dans les régions défavorisées  pour revendiquer l’emploi et la mise en place d’un nouveau modèle de développement. Depuis 2011,  différentes délégations de l’Union ont tenu des séances de travail avec plusieurs ministres des Finances et  différents chefs de gouvernement. Mais il semble que rien n’a changé depuis.

Cherif Khraïfi, membre du bureau national de l’Union nationale des diplômés chômeurs, estime que six ans après la révolution du 14 janvier 2011,  aucun changement notoire au niveau de l’emploi n’a été constaté. «  Si le chômage persiste encore c’est parce que les gouvernements de l’après 14 janvier 2011 ont déçu les attentes des chômeurs et ont échoué à établir un nouveau modèle de développement qui rompe définitivement avec le modèle de Ben Ali », regrette-t-il.  Pour lui, le chômage  et les problèmes  socioéconomiques ne sont pas une fatalité car «  le premier gouvernement après le 14 janvier aurait pu œuvrer pour résoudre  ces problèmes ».   Dans  la même perspective, il a considéré que si les mouvements sociaux ne se sont pas arrêtés, c’est parce qu’il existe un malaise dans la société alimenté par les sempiternels problèmes structurels à ce jour sont non résolus.

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