Les tensions s’accentuent sur le marché européen du gaz à l’approche de l’hiver. Rome impute une partie de cette flambée au retard pris par l’Allemagne dans le remplissage de ses réserves. Alors que les pays européens se disputent des approvisionnements plus coûteux.
Alessandro Noce, directeur général des marchés et des infrastructures énergétiques au ministère italien de l’Énergie, a vivement critiqué la stratégie allemande lors de la conférence MontelItalian Energy Day, organisée jeudi à Milan. Il estime que Berlin a tardé à reconstituer ses stocks, notamment en raison des enjeux liés à la privatisation des groupes énergétiques Uniper et SEFE, qui jouent un rôle important dans le stockage du gaz.
Le responsable italien souligne le coût de cette situation pour Rome, qui affirme avoir dépensé 300 millions d’euros pour remplir ses propres réserves avant l’hiver. L’Italie se retrouve ainsi confrontée à une double charge : financer ses stocks et acheter du gaz à des prix plus élevés; alors que l’Allemagne reconstitue tardivement les siens.
Les niveaux de stockage illustrent l’écart entre les deux pays. Jeudi 29 octobre, les réserves allemandes étaient remplies à 61,7 %, contre près de 91 % en Italie et environ 75 % en moyenne dans l’Union européenne. Berlin reconnaît que ses stocks restent inférieurs aux objectifs réglementaires prévus pour le 1er novembre, mais assure que l’approvisionnement du pays sera garanti pendant l’hiver. Le gouvernement allemand évoque des injections supplémentaires, des appels d’offres pour sécuriser les livraisons ultérieures et la création envisagée d’une réserve stratégique nationale.
Les perspectives restent néanmoins incertaines. Alessandro Noce estime que le prix de référence du gaz pourrait grimper entre 150 et 180 euros le MWh si janvier se révélait particulièrement froid. Les pays du nord de l’Europe, notamment la Pologne, la Lituanie et le nord de l’Allemagne, seraient particulièrement exposés à une hausse de la demande liée aux températures.
Cette crise ravive le débat sur la solidarité énergétique européenne et sur les moyens d’intervenir sans perturber le marché commun. L’Italie réclame depuis plusieurs mois l’autorisation de mobiliser des fonds publics pour réduire les factures énergétiques des ménages et des entreprises.
Au-delà des divergences entre Rome et Berlin, la faiblesse relative des stocks et la concurrence internationale pour le gaz naturel liquéfié rendent l’Europe vulnérable aux aléas climatiques et aux perturbations des approvisionnements.