De la France à l’Albanie, en passant par la Grèce, l’Espagne, l’Italie, le Portugal et la Belgique, les mobilisations sociales se multiplient en Europe. Derrière des revendications parfois différentes, une même inquiétude se dessine : la dégradation du pouvoir d’achat, la difficulté d’accéder au logement et le sentiment d’un déclassement social…
En Italie, la colère a gagné le transport routier. Depuis la mi-octobre, des transporteurs manifestent contre l’envolée du prix du gazole et l’augmentation des coûts d’exploitation, jugés incompatibles avec la rentabilité de leurs entreprises. Les blocages de routes et d’accès portuaires dans le sud du pays ont perturbé la distribution des marchandises, provoqué des pénuries dans certains supermarchés et compliqué l’approvisionnement de plusieurs secteurs industriels. Face à cette pression, le gouvernement de Giorgia Meloni a approuvé, jeudi 22 octobre, de nouvelles aides aux transporteurs, aux agriculteurs et aux pêcheurs. Les mouvements ont commencé à s’atténuer en Sicile et en Calabre, sans que le conflit soit pour autant définitivement réglé.
Les manifestations des dernières semaines ont pris des formes diverses, allant des rassemblements pacifiques aux affrontements avec les forces de l’ordre et aux dégradations de biens publics et privés. En France, en Italie et en Belgique, plusieurs mobilisations contre la vie chère ont été émaillées de violences. En Grèce, étudiants, enseignants, élèves et fonctionnaires sont également descendus dans la rue le mercredi 21 octobre pour dénoncer le coût de la vie.
À Thessalonique, une banderole résumait le rapprochement entre les mobilisations française et grecque : les mêmes difficultés et les mêmes préoccupations sociales, malgré des contextes nationaux différents.
Le pouvoir d’achat au cœur des tensions
La hausse des prix alimentaires, de l’énergie et des dépenses courantes continue de peser sur les budgets des ménages. Même lorsque l’inflation ralentit, les prix ne reviennent généralement pas à leur niveau antérieur. Les revenus les plus modestes, qui consacrent une part importante de leurs ressources aux dépenses indispensables, sont particulièrement exposés.
Selon des données d’Eurostat analysées par Euronews, les prix des produits alimentaires et des boissons non alcoolisées dans l’Union européenne ont augmenté de 34 % entre août 2021 et août 2026. Dans le même temps, le pouvoir d’achat du salaire minimum brut, mesuré à travers la quantité de nourriture qu’il permet d’acheter, a diminué de 6 % à Malte, de 5 % en Espagne et de 4 % en France.
Cette comparaison ne prend toutefois en compte ni les impôts, ni les loyers, ni l’ensemble des dépenses des ménages. Elle illustre néanmoins les difficultés rencontrées par une partie des salariés pour maintenir leur niveau de vie…
Le logement, facteur majeur de mécontentement
Dans de nombreuses villes européennes, la hausse des loyers et des prix immobiliers rend l’accès au logement particulièrement difficile pour les jeunes et les ménages modestes. Les coûts du crédit immobilier accentuent les difficultés des accédants à la propriété, tandis que les locataires disposent de moins de ressources pour faire face aux autres dépenses.
Au Portugal et en Espagne, les collectifs de défense du droit au logement réclament des mesures contre la flambée des loyers et une amélioration de l’offre accessible. En Italie, les protestations associent également les préoccupations liées aux prix à des revendications sur les salaires, les services publics et les conditions d’éducation.
En France, les mobilisations mettent en avant le coût de la vie, les moyens accordés aux services publics et les difficultés rencontrées par les étudiants. En Belgique, des rassemblements ont également dénoncé les dépenses liées à l’éducation et les conditions de travail.
Des mouvements distincts, une défiance commune
Si ces mobilisations partagent des préoccupations économiques, elles ne constituent pas pour autant un mouvement européen unifié. Les revendications, les organisations à l’origine des rassemblements et les réponses des gouvernements varient d’un pays à l’autre.
Les violences observées dans certaines villes ont conduit les autorités à renforcer les mesures de sécurité. Les blocages des transporteurs italiens soulignent, de leur côté, la vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement lorsque les entreprises ne parviennent plus à absorber la hausse de leurs coûts. Dans les deux cas, les pouvoirs publics sont confrontés à une même difficulté : répondre à des revendications économiques pressantes sans aggraver les contraintes budgétaires ni désorganiser davantage l’activité.
Les tensions ont également des répercussions sur les marchés financiers. En France, la hausse des rendements obligataires et l’élargissement de l’écart avec les taux allemands reflètent notamment les inquiétudes des investisseurs face aux finances publiques et à l’instabilité politique. L’Italie et la Belgique connaissent également des tensions sur leurs marchés obligataires.
La multiplication des manifestations souligne ainsi la difficulté des gouvernements européens à concilier contraintes budgétaires, maîtrise de l’inflation et attentes sociales. Pour les ménages comme pour les entreprises de transport, l’enjeu dépasse désormais le seul ralentissement de la hausse des prix : il s’agit de préserver une capacité réelle à se loger, à consommer, à travailler et à maintenir des activités économiquement viables.