Annoncé dès les années 1990, étudié à partir de 2008, jamais construit : le projet de port en eau profonde d’Enfidha symbolise à lui seul les ambitions inabouties de la Tunisie en matière d’infrastructures.
Le congrès « Seaports Days » a réuni ce mardi 22 septembre 2026 des experts, des responsables tunisiens et des acteurs du secteur portuaire et du transport maritime. Y participaient également des représentants du secteur privé américain et d’institutions financières américaines et internationales.
Étaient aussi présents lors de cette conférence le ministre des Transports, Rachid Amri, l’ambassadeur des États-Unis en Tunisie Bill Bazzi ainsi que des responsables de plusieurs institutions tunisiennes concernées par le secteur du transport maritime et des ports, notamment la Direction générale du transport maritime du ministère des Transports, l’Office de la marine marchande et des ports (OMMP), la Société du port de Nabeul (SPE), la Compagnie tunisienne de navigation (CTN) et bien d’autres…
De son côté, le ministre des Transports, Rachid Amri, a identifié plusieurs chantiers structurants. Il a cité à cet égard la modernisation des sept ports commerciaux (Radès, Bizerte, Sousse, Sfax, Gabès, Zarzis et La Goulette), le développement des zones logistiques qui leur sont associées, ainsi que le renforcement des liaisons ferroviaires et routières afin de mieux désenclaver les plateformes portuaires. À cela s’ajoutent la digitalisation et le verdissement des opérations portuaires. L’ensemble de ces projets est ouvert à la coopération internationale, que ce soit en matière d’expertise technique que de financement.
Pour sa part, l’ambassadeur des États-Unis en Tunisie, Bill Bazzi, a souligné que « la Tunisie a une vision pour le développement et la modernisation du secteur maritime et a besoin de partenaires dans ce domaine ».
Interrogé sur ce que peuvent apporter les institutions et les experts américains, il a répondu : « Les entreprises américaines disposent d’infrastructures de pointe. Nombre d’entre elles réalisent d’importants projets d’infrastructure, tant aux États-Unis qu’à l’international. Ces entreprises excellent non seulement dans la construction de ports et de navires, mais elles respectent également les normes internationales. Elles proposent également des financements et soutiennent les projets de modernisation. »
L’ambassadeur a ajouté que ces entreprises possèdent une vaste expérience en matière d’infrastructures, tant aux États-Unis qu’à l’international, avec une expertise reconnue dans la construction de ports et de navires. Deuxième point clé : ces entreprises américaines adhèrent strictement aux normes internationales, notamment aux normes de qualité, et respectent la souveraineté nationale.
La DFC (U.S. International Development Finance Corporation) était présente. Et différentes entités financières, institutions bancaires et financières américaines, souhaitent également aborder, lors de cette conférence, les différentes options de financement. Elles sont prêtes à offrir leurs services aux partenaires locaux et à expliquer leur expertise dans le domaine de la modernisation des infrastructures portuaires en Tunisie.
Projet du port d’Enfidha : des entreprises américaines envisagent d’y participer
« Lors de cet atelier, l’ambassade a réuni des entreprises américaines intéressées par les ports, notamment les ports en eaux profondes, ainsi que des institutions financières prêtes à apporter leur soutien dans ce domaine. Elles possèdent une longue expérience et sont disposées à la partager avec leurs partenaires locaux » a rappelé M. Bazzi.
Interrogé par L’Économiste Maghrébin sur les solutions qui façonnent le secteur portuaire, l’ambassadeur Bill Bazzi a déclaré : « J’ai mentionné certaines de ces entreprises. Elles sont très expérimentées dans les projets d’infrastructures de très grande envergure, qu’il s’agisse de construction que de reconstruction ». Tout en ajoutant : « Les entreprises et institutions américaines peuvent offrir à la Tunisie un package complet associant ingénierie de pointe, respect des normes internationales et solutions de financement adaptées, notamment pour les projets structurants comme le port en eaux profondes d’Enfidha et la modernisation des ports de Radès, Bizerte, Zarzis et Gabès. »
Expertise technique : construction, rénovation et gestion portuaire
Les États-Unis disposent d’un réseau portuaire dense et diversifié (Atlantique, Pacifique, Grands Lacs, fleuves intérieurs), avec des entreprises spécialisées dans la construction et la reconstruction d’infrastructures portuaires (quais, zones logistiques), la gestion de projets en eaux profondes, qu’il s’agisse de grands que de petits chantiers, ainsi que l’intégration de technologies avancées (systèmes de manutention automatisés, digitalisation des opérations, sécurité et sûreté portuaire). Ces entreprises sont habituées à travailler selon des normes internationales strictes (qualité, sécurité, environnement) et à s’adapter aux exigences locales, tout en respectant la souveraineté nationale.
Sur le plan financier, la DFC est active en Tunisie et peut accompagner les projets portuaires via des prêts garantis et des lignes de crédit ainsi que des mécanismes de partenariats public-privé (PPP) et de financement de projet (project finance). D’autres institutions financières américaines sont également prêtes à proposer leurs services aux partenaires tunisiens, avec une volonté claire de soutenir la modernisation des infrastructures portuaires.
Projet d’Enfidha : un champ d’opportunités pour les acteurs américains
Les estimations avancées des années 2020 du coût du projet de port en eaux profondes d’Enfidha, étaient autour de 5 milliards de dinars tunisiens. En 2026, ce chiffre doit être révisé à la lumière de l’inflation, des évolutions technologiques et des nouveaux standards environnementaux. Plus encore, un tel projet pourrait servir de plateforme intermédiaire sur les routes maritimes internationales, générant des retombées indirectes pour l’économie tunisienne. Mais une chose est certaine: il faut penser “système de transport” dans son ensemble. Même si la Tunisie, a investi dans le transport aérien notamment via la multiplication des aéroports à Monastir, Enfidha, le transport de marchandises repose sur les ports et les rails.


