« Trump tente actuellement la voie diplomatique pour éviter une escalade militaire. Mais il n’existe aucune issue claire lui permettant de se retrouver en position de proclamer la victoire », affirme un spécialiste de l’Iran à l’université Johns Hopkins.
C’est un scénario qui semble désormais immuable : menaces tonitruantes, ultimatums, chantage, démonstrations de force… avant une spectaculaire marche arrière au dernier moment. Une mécanique qui se répète inlassablement, sans pour autant sembler troubler le sommeil des dirigeants iraniens.
Dernière illustration en date des hésitations de l’administration Trump, engluée dans une impasse stratégique dont elle peine à s’extraire ? Après avoir assuré être prêt à lancer « la plus vaste attaque militaire depuis la Seconde Guerre mondiale » contre la République islamique, Donald Trump a finalement annoncé, dimanche 2 août, la tenue de discussions avec l’Iran dès le lendemain. Une annonce pour le moins floue, le président américain n’ayant précisé ni le lieu des pourparlers, ni leurs participants, ni même fixé le moindre ultimatum au régime des mollahs.
Une information aussitôt démentie par Téhéran. D’ailleurs, la diplomatie iranienne a contredit, lundi 3 août, les propos tenus par Donald Trump : « Nous ne négocions pas avec les Etats-Unis en ce moment. Nous négocions avec Oman pour sécuriser un passage dans le détroit d’Ormuz », a affirmé le porte-parole du ministère des Affaires étrangères iranien, Esmaeil Baghaei. « Tous les négociateurs iraniens se trouvent en Iran », a-t-il ajouté, précisant aussi que le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghtchi, partait le jour même en pèlerinage.
Ainsi, à Téhéran, on souffle aussitôt le chaud et le froid. Soucieuses d’entretenir l’ambiguïté stratégique, les autorités iraniennes ont rapidement tempéré ces annonces. Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères a affirmé que les discussions avec Mascate portaient uniquement sur l’aménagement d’une nouvelle route maritime et n’avaient « aucun lien » avec une éventuelle réouverture ou fermeture du détroit d’Ormuz. Une mise au point qui illustre la stratégie iranienne : laisser planer le doute tout en conservant intact l’un de ses plus puissants leviers de pression sur les marchés énergétiques mondiaux.
Vers une « solution négociée »
Ainsi, de retour à Washington à bord d’Air Force One après un week-end dans sa résidence du New Jersey, Donald Trump a assuré devant la presse qu’il privilégiait désormais une « solution négociée ». Et d’expliquer : « Est-ce que je préférerais conclure un accord ? Je n’ai pas envie de tuer des gens (…) Beaucoup de personnes meurent, et nous ne voulons pas cela », a martelé le président américain en affirmant avoir été prêt à lancer « la plus vaste attaque militaire depuis la Seconde Guerre mondiale », avant d’y renoncer « sous la pression des alliés des États-Unis ».
Une arme à double tranchant
Pour rappel, le milliardaire républicain aura franchi un nouveau seuil dans sa stratégie de pression maximale contre Téhéran en agitant la menace d’une intensification des frappes, allant jusqu’à évoquer, en juillet, la possibilité de cibler les infrastructures énergétiques iraniennes. Une ligne rouge que Washington s’était pourtant gardé de franchir jusqu’à une période récente.
En effet, une telle opération contre les infrastructures énergétiques iraniennes ne viserait plus seulement les capacités militaires de la République islamique, mais s’attaquerait in fine directement au cœur de son économie. Le secteur pétrolier et gazier constitue la principale source de revenus du régime et l’un des derniers leviers lui permettant de financer son appareil sécuritaire, son programme balistique ainsi que ses réseaux d’alliés régionaux.
De plus, au-delà de l’objectif économique, une offensive contre les infrastructures énergétiques iraniennes aurait une portée hautement symbolique. Elle reviendrait à démontrer que Washington est prêt à toucher les intérêts les plus stratégiques de la République islamique afin de contraindre les dirigeants iraniens à négocier en position de faiblesse.
Mais une telle escalade ne serait pas sans risques. Téhéran a déjà averti qu’il répondrait à toute attaque visant son secteur énergétique par des représailles contre les installations pétrolières des alliés des États-Unis dans le Golfe. Une menace crédible tant l’Iran dispose d’un vaste arsenal de missiles, de drones et de relais régionaux capables de frapper des infrastructures critiques en Arabie saoudite, aux Émirats arabes unis, au Bahreïn ou encore au Qatar.
Trump sous pression
Dans un marché énergétique déjà sous tension, une telle confrontation ferait planer le spectre d’un choc pétrolier mondial aux conséquences économiques potentiellement majeures. Et ce, d’autant plus que la priorité de Washington consiste à obtenir rapidement la réouverture du détroit d’Ormuz. La paralysie de cette artère vitale du commerce mondial a provoqué une flambée des prix des carburants et contraint les États-Unis à puiser dans leurs réserves stratégiques de pétrole pour limiter le choc sur les marchés.
Sans oublier qu’à trois mois des élections de mi-mandat, la pression politique s’intensifie également sur la Maison Blanche. De plus en plus de parlementaires républicains réclament des explications sur les objectifs réels de cette intervention et, surtout, sur la stratégie envisagée pour y mettre un terme. Une impatience nourrie par un bilan humain qui s’alourdit, avec déjà 18 militaires américains tués depuis février.
Pour le locataire de la Maison Blanche, il y a péril en la demeure.