La fermeture du détroit d’Ormuz, le 18e sommet des BRICS à New Delhi, la nouvelle configuration de l’ordre mondial : quels sont les défis géostratégiques à relever ? C’est autour de cette réflexion que l’ancien ministre des Affaires étrangères, Ahmed Ounaïes, livre son analyse géopolitique.
Joint par téléphone, Ahmed Ounaïes revient d’abord sur la question d’Ormuz qui, selon lui, est indissociable de la question palestinienne, en ce sens que « Israël et les États-Unis tiennent à ce qu’on omette le débat sur la cause palestinienne, sur le bombardement de Gaza, l’occupation de Gaza… En un mot, sur la situation scandaleuse au regard du droit international en ce qui concerne la question palestinienne et la guerre d’extermination menée par Israël, et déplacent la question sur le détroit d’Ormuz. Bien sûr, ils élargissent en même temps l’accusation contre les États islamiques, et pas seulement arabes, et ils essayent d’opposer les pays arabes à l’État islamique de l’Iran. Jusqu’à présent, les États arabes sont prudents. Ils ne tiennent pas à prendre une position d’adversaire de l’Iran dans cette question parce qu’ils voient le jeu et la mauvaise foi d’Israël. »
Il poursuit : « Dans ces conditions, nous allons vers une véritable crise sur laquelle l’Iran insiste pour accrocher l’intérêt international et pour manifester l’opposition du pôle auquel il se rattache. Ce pôle se compose de la Chine, de la Russie, avec un certain nombre d’autres alliés…. »
Sur un autre volet, la réunion des BRICS à New Delhi, en Inde, invite à une lecture stratégique. Interrogé sur ce sommet, Ahmed Ounaïes souligne : « Puisqu’on parle aussi d’une puissance dans la région à ce moment-là… Il s’agit d’un seul contre-pouvoir face au pôle occidental représenté par les États-Unis et les pays de l’Union européenne. C’est le contre-pôle de l’ordre mondial présent. »
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Il note que ce groupe « comprend des puissances mondiales comme la Chine et la Russie, sans oublier l’Inde. Et il est devenu maintenant un groupe de dix pays, qui pourrait compter l’Iran, l’Arabie saoudite. À ses yeux, « ce contre-pôle, c’est aujourd’hui l’unique force internationale face à un déclin de l’Union africaine, qui ne prend position que sur les questions africaines, malheureusement ».
Autrement dit, « les BRICS aujourd’hui représentent une contre-puissance d’ordre mondial. Et leur solidarité avec l’Iran et la proclamation des droits souverains de l’Iran, dans son voisinage et en particulier dans le détroit d’Ormuz, représente une prise de position très importante », affirme-t-il. Alors, il appelle à ce que « la Ligue arabe et l’Union africaine prennent position sur cette question mondiale ».
Maghreb, et rupture algéro-émirienne : vers une crise arabe ?
Pour revenir sur ce qui se passe entre l’Algérie et les Émirats arabes unis, il répond : « Il est évident que, lorsqu’il y a rupture diplomatique, les représentants des ambassades retournent dans leur capitale. Un ambassadeur des Émirats arabes unis ne peut pas rester à Alger et l’ambassadeur d’Algérie ne peut pas rester à Abu Dhabi, tant que les relations sont rompues entre les deux États. Cela dit, j’ai été surpris par la réaction algérienne, qui a précipité cette rupture. Logiquement, ce type de différends se règle en bilatéral, parfois même avec une médiation ».
Encore faut-il rappeler que l’Algérie nourrit un contentieux envers les Émirats depuis un an, depuis la convergence entre le Maroc et les Émirats arabes unis, qui ont tous deux admis une ambassade israélienne dans leur capitale et coordonnent leurs politiques de défense, en particulier aérienne.
De ce fait, Ahmed Ounaïes souligne que « c’est le début d’une crise qui va beaucoup plus loin, parce qu’elle porte sur deux aspects : l’alliance des Émirats avec le Maroc dans sa revendication sur le Sahara occidental et la convergence entre Rabat et Abu Dhabi sur la question israélienne ».
Ainsi, estime-t-il : « Le retour des ambassadeurs est une conséquence logique et non dramatique. Ce qui l’est davantage, c’est l’annonce même de la rupture officielle entre l’Algérie et les Émirats arabes unis, qui pourrait marquer le point de départ d’une crise plus large au sein du monde arabe et de la Ligue arabe. »
En clair, si la situation est plus grave qu’il n’y paraît, dit-il, elle a au moins le mérite de replacer au centre du débat la question des relations du monde arabe avec Israël. À ses yeux, cette crise pourrait s’avérer salutaire, en contraignant les différents acteurs à clarifier leurs positions. Ce qui, souligne-t-il, serait déterminant pour la cause palestinienne.
Enfin, s’agissant de la Tunisie, il estime que cette posture la place dans la continuité de la doctrine classique du monde arabe, fondée sur le maintien d’une diplomatie neutre.