La forte progression de l’usage de la climatisation résidentielle constitue désormais l’un des principaux facteurs de tension sur le système électrique tunisien. Maha Alaya, responsable au sein du département stratégie et planification stratégique de la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG), estime que près de 40 % des climatiseurs acquis par les consommateurs tunisiens ne répondent pas aux normes d’efficacité énergétique. Ce qui entraîne une consommation excessive d’électricité et accentue la pression sur le réseau national.
Intervenant lors du séminaire intitulé « Facing the Energy Crisis: Empowering Tunisian Households to Embrace Solar Energy », organisé le 28 juillet 2026 avec le soutien de la Fondation Friedrich Naumann Tunisie, Maha Alaya a dressé un état des lieux des défis énergétiques auxquels la Tunisie est confrontée. Et ce, dans un contexte marqué par une hausse continue de la demande électrique et des épisodes de forte chaleur.
Elle a expliqué que la consommation d’électricité n’a cessé d’augmenter au cours des dernières années, atteignant des niveaux particulièrement élevés depuis 2024. Cette dynamique s’est encore renforcée en 2025 et 2026, notamment sous l’effet de la hausse des températures et du recours massif à la climatisation.
A cet égard, elle noté que la dernière période estivale a illustré cette pression croissante sur le système électrique, avec des niveaux de consommation ayant parfois dépassé les capacités de production nationale, y compris les volumes importés depuis l’Algérie.

La climatisation résidentielle, principal moteur de la hausse de la demande
Ainsi, Maha Alaya précise que cette augmentation ne s’explique pas principalement par une progression de l’activité industrielle ou par une accélération économique, mais essentiellement par l’explosion de la climatisation dans les ménages.
Elle a indiqué que le parc national de climatiseurs a atteint environ 2,794 millions d’appareils en 2024, générant une consommation estimée à 2 016,8 GWh. Une évolution qui pèse fortement sur la courbe de charge électrique, particulièrement durant les périodes de pointe estivales.
Les études menées par la STEGSTEG montrent également une transformation des habitudes des ménages. Alors qu’auparavant l’analyse portait principalement sur le premier ou le deuxième climatiseur installé dans un logement, les données récentes révèlent une progression importante du nombre de foyers équipés de trois voire quatre appareils.
Cette tendance s’est accentuée après les épisodes de canicule enregistrés en 2024, poussant de nombreux Tunisiens à installer davantage de climatiseurs, notamment dans les chambres et les cuisines.
Selon la responsable de la STEG, l’écart entre les périodes creuses et les pics de consommation atteint désormais près de 2 500 MW. Ce qui nécessite une évolution des comportements des consommateurs afin de mieux maîtriser la demande et réduire la pression sur le réseau.
L’efficacité énergétique au cœur de l’équation
Au-delà du nombre croissant de climatiseurs, Maha Alaya a insisté sur la question de leur performance énergétique. Le choix d’équipements moins efficaces représente, souligne-t-elle, un facteur aggravant pour le système électrique tunisien.
Elle a souligné que l’acquisition de climatiseurs de classe énergétique élevée, notamment ceux de catégorie A, demeure encore insuffisamment répandue auprès des consommateurs. Les appareils non conformes consomment davantage d’électricité et contribuent directement à la dégradation de la performance énergétique globale.
Cette problématique intervient alors que la Tunisie s’est fixé des objectifs ambitieux en matière de transition énergétique. Avec notamment l’objectif d’atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050, une part de 50 % d’énergies renouvelables dans le mix énergétique en 2035 et une réduction significative des émissions de gaz à effet de serre.
Le stockage et les énergies renouvelables, nouveaux piliers du système électrique
Face à l’augmentation continue de la demande, la STEG mise sur le développement des énergies renouvelables, mais aussi sur les solutions de stockage capables d’assurer davantage de flexibilité au réseau.
Maha Alaya a cité plusieurs projets structurants, notamment l’interconnexion électrique entre la Tunisie et l’Italie d’une capacité de 600 MW, la centrale à cycle combiné de Skhira de 650 MW, ainsi que des projets photovoltaïques associés à des systèmes de stockage.
Parmi ces initiatives figure également la future station de transfert d’énergie par pompage à Tabarka, d’une capacité comprise entre 400 et 600 MW, qui permettra de stocker l’énergie durant les périodes de faible demande afin de la mobiliser lors des pics de consommation. Ce projet devrait contribuer à réduire les émissions de CO₂ à hauteur d’environ 25 000 tonnes par an.
Vers un réseau électrique plus intelligent
La responsable de la STEG a également mis en avant le rôle de la modernisation du réseau électrique à travers le déploiement des technologies « Smart Grid ».
À fin 2026, environ 80 000 compteurs intelligents basse tension et près de 25 000 compteurs moyenne tension ont déjà été installés. Ces équipements doivent permettre d’améliorer la gestion de la consommation, de réduire les pertes sur le réseau, d’optimiser la distribution et de faciliter l’intégration des énergies renouvelables.
Pae ailleurs, Maha Alaya assure que la transition énergétique tunisienne est entrée dans une nouvelle phase, où le stockage devient un élément central, aussi bien pour les installations industrielles que pour les solutions résidentielles.
Dans ce cadre, la STEG a récemment élaboré un guide consacré au stockage résidentiel, destiné à accompagner les consommateurs dans l’adoption de nouvelles solutions énergétiques. Une évolution qui pourrait renforcer l’autonomie énergétique des ménages. Tout en contribuant à alléger la pression exercée sur le réseau national durant les périodes de forte demande.