La Tunisie voit son capital scientifique s’éroder progressivement, avec un coût économique largement sous-estimé, alerte l’Institut Arabe des Chefs d’Entreprises (IACE) dans une note d’analyse publiée jeudi et intitulée « Le capital scientifique, un levier de croissance ».
Selon l’institut, cette érosion ne résulte pas uniquement des performances scolaires, mais d’un affaiblissement plus global de la capacité du système éducatif à produire, renouveler et valoriser les compétences scientifiques dont l’économie aura besoin. Faute d’indicateurs réguliers et d’un cadre de suivi dans la durée, les décideurs peinent à anticiper ces fragilités et à orienter les politiques publiques en conséquence.
Les mathématiques occupent une place à part dans ce constat. En développant les capacités de raisonnement, d’analyse quantitative et de résolution de problèmes, elles irriguent la plupart des métiers à forte valeur ajoutée. Leur affaiblissement ne touche donc pas seulement les filières scientifiques : il compromet la capacité du pays à disposer d’une main-d’œuvre apte à évoluer dans une économie de plus en plus numérique et technologique.
Face à ce constat, l’IACE appelle à trois chantiers prioritaires : mettre en place un système national de suivi des compétences scientifiques, définir une trajectoire nationale de développement de ce capital, et renforcer la gouvernance interministérielle de cette politique.
Pour l’institut, le défi tunisien ne se limite pas au niveau des ressources allouées à l’éducation : il réside surtout dans la capacité à transformer cet investissement en compétences génératrices d’innovation, de productivité et de valeur.
Dans une économie fondée sur la connaissance, la qualité des apprentissages scientifiques devient en effet une condition essentielle du développement, au point que l’IACE propose de considérer le capital scientifique comme une véritable infrastructure immatérielle stratégique, au même titre que les infrastructures physiques, nécessitant une vision de long terme, des mécanismes de suivi et une gouvernance assurant la continuité des choix publics, par-delà les cycles politiques et budgétaires.
Au-delà des seules mathématiques, conclut la note, c’est bien l’ensemble du capital scientifique national que la Tunisie doit désormais reconnaître comme un pilier de sa compétitivité future.