L’Union européenne ne prévoit pas de pénurie d’approvisionnement cet hiver, mais s’attend à des prix « très élevés » pour le pétrole et le gaz, sur fond de guerre au Moyen-Orient et d’incertitudes autour du détroit d’Ormuz.
L’Europe se prépare à un hiver difficile sur le front énergétique. Elle ne s’attend pas, à ce stade, à des problèmes majeurs d’approvisionnement, mais anticipe des prix « très élevés » du pétrole et du gaz, selon le commissaire européen à l’Énergie, Dan Jorgensen, à l’issue d’une réunion informelle des ministres européens de l’Énergie à Dublin. « Il ne fait aucun doute que nous nous dirigeons vers un hiver difficile », a-t-il dit, en référence aux conséquences de la guerre au Moyen-Orient sur les marchés énergétiques.
Selon Jorgensen, près de 50 millions d’Européens ne parviennent déjà pas à chauffer correctement leur logement lors d’un hiver normal. La situation pourrait être encore plus difficile cette année si les prix de l’énergie restent durablement élevés. L’industrie européenne est également exposée à cette hausse des coûts.
Bruxelles cherche des marges de manœuvre
Face à cette situation, la Commission européenne examine plusieurs mesures destinées à limiter la pression sur les consommateurs et les entreprises. Jorgensen a notamment proposé de reporter d’un an l’application de certaines dispositions européennes relatives aux émissions de méthane liées aux importations de pétrole et de gaz.
Ces règles doivent imposer aux importateurs davantage d’obligations de surveillance et de déclaration des émissions de méthane tout au long de la chaîne d’approvisionnement. Leur application pourrait ainsi être repoussée à 2028, sous réserve d’une décision des institutions européennes.
La Commission affirme que ce report éventuel ne constituerait pas un abandon de ses objectifs climatiques. Jorgensen a souligné que le méthane restait au cœur de la politique européenne de lutte contre le réchauffement climatique, tout en estimant qu’une certaine flexibilité pouvait être nécessaire dans le contexte énergétique actuel.
Le pétrole et le gaz sous tension
Les marchés européens restent particulièrement sensibles à l’évolution de la situation au Moyen-Orient. Les prix du gaz naturel européen ont récemment atteint leur plus haut niveau depuis la crise énergétique de 2022, tandis que le Brent évolue toujours au-dessus de 100 dollars le baril. La perspective d’une perturbation prolongée des flux énergétiques à travers Ormuz accroît les risques pour l’Europe, qui dépend fortement des importations d’hydrocarbures. Bruxelles cherche donc à éviter qu’une nouvelle flambée des prix ne se transforme en problème d’accessibilité pour les ménages et en handicap supplémentaire pour l’industrie.
Cette pression intervient également alors que l’Union tente d’accélérer l’électrification de son économie afin de réduire sa dépendance aux combustibles fossiles. Jorgensen a de nouveau plaidé pour une accélération de cette transition, estimant que la dépendance persistante au pétrole et au gaz expose l’Europe à des crises énergétiques récurrentes.
Pour cet hiver, le scénario privilégié par Bruxelles reste ainsi celui d’une offre disponible, mais à un coût élevé. Le principal risque identifié n’est pas tant la pénurie physique d’énergie que la capacité des ménages et des entreprises à absorber des prix durablement élevés.