Les tensions régionales s’accroissent en Méditerranée et au Maghreb. Certains appellent à soutenir l’Algérie et la Libye face aux pressions extérieures. Tandis que d’autres s’interrogent sur les formes que ce soutien devrait prendre.
Dans son analyse, l’ancien diplomate Elyes Kasri revient sur le rôle de la géographie et de l’histoire dans les relations entre la Tunisie et ses deux voisins que sont l’Algérie et la Libye.
Le poids de la géographie et de l’histoire
Elyes Kasri propose une lecture géopolitique et historique selon laquelle la situation actuelle de la Tunisie s’inscrit dans la longue durée. Il rappelle l’ancienneté de son histoire, de la civilisation du Kef à Carthage, dont l’influence économique et politique s’étendait à une grande partie de la Méditerranée. Il souligne qu’Aristote a consacré un chapitre de La Politique à la constitution carthaginoise, qu’il jugeait équilibrée.
Il rappelle également que la puissance d’un État dépend en partie de son territoire, de ses ressources et de sa position stratégique. Tout en soulignant que le tracé des frontières régionales a été largement façonné à l’époque coloniale.
Des frontières héritées de l’époque coloniale
Avec la Libye, Elyes Kasri évoque le contexte des rivalités italo-françaises en Afrique du Nord dans l’entre-deux-guerres. Et notamment les négociations franco-italiennes de 1935. Il mentionne aussi l’accord conclu en 1955 entre la France et le royaume de Libye, qui a fixé une partie de la frontière tuniso-libyenne.
Avec l’Algérie, il note que la France administrait la Tunisie comme un protectorat et l’Algérie comme un territoire français.Ce qui a influencé le tracé des frontières. Après l’indépendance, la question a été reprise dans les discussions entre Habib Bourguiba et Ferhat Abbas en 1961, puis dans la convention de délimitation signée en janvier 1970.
Les ressources énergétiques
Elyes Kasri met en avant l’enjeu que représentent les ressources en hydrocarbures dans ces délimitations, terrestres comme maritimes, notamment pour le plateau continental et le gisement de Bouri.
Pour l’ancien diplomate, ces éléments historiques éclairent les relations actuelles entre la Tunisie et ses voisins. De même, ils rappellent l’intérêt d’une coopération régionale fondée sur le dialogue et la prise en compte de l’histoire commune.