Donald Trump face à ses démons. En s’attaquant frontalement à plusieurs médias américains, le président américain a engagé un bras de fer explosif avec la presse, au risque de heurter l’un des piliers de la démocratie américaine.
Les Pères fondateurs de l’Amérique doivent se retourner dans leurs tombes. Ces hommes, qui participèrent à la Révolution américaine, à l’indépendance des États-Unis et à la création de leurs institutions à la fin du XVIIIᵉ siècle et qui avaient fait de la liberté d’expression et de la liberté de la presse le socle de la démocratie américaine, verraient aujourd’hui leur héritage constitutionnel sérieusement malmené.
Ainsi, le Premier amendement de la Constitution, conçu pour protéger la parole libre des citoyens contre les abus du pouvoir, se retrouve ainsi au cœur d’un bras de fer inédit entre la Maison-Blanche et une partie de la presse américaine.
Or, en s’attaquant à des médias qu’il accuse de diffuser de « fausses informations », Donald Trump semble avoir franchi une ligne rouge constitutionnelle. Lui qui, Bible à la main, avait juré lors de son investiture de « préserver, protéger et défendre » la Constitution et les lois des États-Unis, semble désormais engagé dans un bras de fer frontal avec une partie de la presse américaine. Car le droit américain encadre strictement la possibilité pour le gouvernement de sélectionner ou d’exclure des journalistes en fonction de leurs opinions ou de leur couverture éditoriale.
Pied de nez
En effet, après avoir, le 19 septembre 2026, exclu de la Maison-Blanche des journalistes des chaînes de télévision CNN et MSNOW (anciennement MSNBC) ainsi qu’au média en ligne Politico «avec effet immédiat», les accusant de diffuser des « fake news », de la « fiction » et des « mensonges », et affirmé qu’il ne voulait plus les voir « dans son bureau », Donald Trump est passé à la vitesse supérieure. Et ce, en lançant sa propre chaîne privée, « Trump TV », une chaîne YouTube qui lui est exclusivement consacrée et disponible 24h/24 et 7j/7. Une manière pour l’imprévisible milliardaire républicain de contourner les médias traditionnels et de s’adresser directement au public.
« D’autres médias propagateurs de fausses informations suivront », avait prévenu le président républicain. Une menace qui intervient dans un contexte politique particulièrement difficile pour Donald Trump, à quelques semaines des élections de mi-mandat de novembre. Sa cote de popularité s’est récemment dégradée, sur fond de mécontentement croissant face au coût de la vie et à la hausse des prix du carburant.
La guerre en Iran, qui se prolonge depuis plusieurs mois sans issue clairement en vue, pèse également sur son bilan aux yeux d’une partie de l’opinion américaine.
Fronde
Mais c’était sans compter sur le sursaut de la presse américaine. Consciente que la décision de Donald Trump pourrait créer un dangereux précédent et faire jurisprudence, l’ensemble de la profession s’est rapidement mobilisé. Dans un mouvement de solidarité inédit, les trois médias bannis de la Maison-Blanche ont ainsi reçu le soutien de leurs confrères, y compris de médias conservateurs, pourtant loin d’être systématiquement hostiles au président.
Le front de la presse s’est même élargi aux quatre autres chaînes qui composent le « pool » présidentiel — CBS, ABC, NBC et Fox. Toutes ont décidé de suspendre leur participation à ce dispositif chargé de suivre les déplacements et activités du président américain, notamment ses voyages officiels, comme celui effectué cette semaine à New York à l’occasion de l’Assemblée générale des Nations unies, où CNN devait initialement assurer la couverture.
« A partir d’aujourd’hui, le pool télé ne couvrira pas les événements auxquels participera le président », a indiqué Bryan Boughton, représentant de Fox et organisateur de ce groupe de chaînes.
Un exemple spectaculaire de ce boycott des activités présidentielles par les grandes chaînes américaines — CBS, ABC, NBC et Fox ? L’inauguration lundi 21 septembre par Donald Trump d’une gigantesque plateforme pour hélicoptères, installée à la Maison-Blanche, n’a tout simplement pas été retransmise à la télévision. De plus, sur le départ pour New York, où il devait participer à l’Assemblée générale des Nations unies, Donald Trump s’est contenté de prononcer un bref discours. Mais faute de couverture télévisée par les grandes chaînes, les images diffusées par la Maison-Blanche elle-même, sur lesquelles on distingue à peine ses propos, ont constitué l’essentiel de la séquence constituée d’images mais sans son.
Rappelons enfin que les trois médias interdits d’accès à la Maison-Blanche ont déposé plainte et demandent la suspension en urgence de la mesure les visant. Dans leur plainte, CNN, MS Now et Politico estiment que la décision de Donald Trump constitue une atteinte « directe au Premier amendement » de la Constitution américaine, garantissant la liberté de la presse, et une violation « flagrante de nos principes constitutionnels les plus fondamentaux ».
Reste désormais à savoir si cette mobilisation, la première d’une telle ampleur depuis le début de son second mandat marqué par des attaques répétées contre les journalistes, finira par infléchir Donald Trump. Le président américain est un téléspectateur compulsif et un grand amateur de couverture médiatique, de reportages et de clichés de presse. Privé désormais d’une partie de cette exposition médiatique, il devra surtout compter sur sa propre chaîne pour revoir en boucle ses anciens discours. Une bien maigre consolation pour cet octogénaire à l’égo surdimensionné.