63,4 % des femmes suivies en clinique de sevrage tabagique à l’hôpital Abderrahman-Mami ont déjà souffert de dépression, contre 36,9 % des hommes : une étude dévoile l’ampleur des écarts entre les sexes face au tabac.
Des médecins de la Faculté de médecine de Tunis et de l’hôpital Abderrahman-Mami de pneumologie, à Ariana, ont publié dans une revue scientifique reconnue les résultats d’une enquête consacrée aux profils des fumeurs suivis en clinique de sevrage tabagique. Menée entre janvier 2024 et décembre 2025, elle a rassemblé 471 patients : 370 hommes, soit 78,6 % de l’échantillon, et 101 femmes, soit 21,4 %. L’âge moyen était de 47 ans chez les hommes et de 46 ans chez les femmes.
Premier enseignement de ce travail : la santé psychologique diffère nettement selon le sexe. Près des deux tiers des femmes de l’échantillon, soit 63,4 %, avaient déjà connu un épisode dépressif, contre 36,9 % des hommes. Le foyer constitue par ailleurs un lieu d’exposition tabagique plus marqué pour les femmes : 55,6 % d’entre elles y étaient exposées à la fumée, contre 28,3 % des hommes.
D’autres écarts sociaux apparaissent dans les données. Les femmes divorcées représentaient 11,9 % de l’échantillon féminin, un taux nettement supérieur à celui observé chez les hommes, 3,8 %. Le niveau d’études universitaires concernait également une plus grande part des femmes, 42,6 %, contre 37,8 % chez les hommes. La consommation d’alcool associée au tabac suit en revanche une tendance inverse : elle touchait 33,4 % des hommes, contre 17 % des femmes.
Sur le plan de la dépendance, mesurée par le test de Fagerström, le score moyen s’établissait à 6,47 chez les hommes et à 5,98 chez les femmes, ces dernières ayant par ailleurs multiplié davantage les tentatives d’arrêt par le passé. Les antécédents médicaux, eux, se répartissaient de façon comparable entre les deux sexes : 58,1 % chez les hommes et 55,4 % chez les femmes.
Pour être inclus dans l’étude, les patients devaient avoir effectué au moins trois consultations de suivi au sein de la clinique de sevrage tabagique. Les chercheurs y ont recueilli des informations sociodémographiques, l’historique du tabagisme, les antécédents médicaux et psychologiques, ainsi que le degré de préparation à l’arrêt.
Au terme de cette analyse, les auteurs relèvent des différences significatives entre hommes et femmes fréquentant les cliniques de sevrage, portant notamment sur les facteurs psychologiques et sociaux, l’exposition tabagique au domicile et la consommation d’alcool. Ils insistent sur la nécessité de tenir compte des spécificités propres à chaque sexe, ainsi que des facteurs sociaux et psychologiques associés, dans les stratégies de sevrage tabagique.