Les cours du blé repartent à la hausse alors que les attaques contre les navires et les infrastructures céréalières perturbent toujours les exportations de la mer Noire. La Russie et l’Ukraine, qui représentent ensemble une part majeure du commerce mondial du blé, voient leurs flux maritimes fortement ralentis…
Le marché mondial du blé retrouve une orientation haussière sous l’effet des nouvelles perturbations du commerce maritime en mer Noire. Les attaques contre les navires et les infrastructures portuaires russes et ukrainiennes compliquent la reprise des exportations, alors que les importateurs cherchent à reconstituer leurs stocks.
À Chicago, le contrat de blé le plus actif gagnait 1,7 %, à environ 6,95 dollars le boisseau, mardi 6 octobre, après avoir atteint la semaine précédente son plus bas niveau en six semaines. Les espoirs d’une reprise rapide des expéditions depuis la mer Noire se sont dissipés, les cargaisons continuant de circuler à un rythme très réduit.
La mer Noire constitue l’un des principaux corridors mondiaux pour les céréales. La Russie est le premier exportateur mondial de blé et l’Ukraine demeure un fournisseur majeur des marchés internationaux. Les deux pays représentent ensemble environ 27 % des exportations mondiales de blé, selon des données du département américain de l’Agriculture citées par le CSIS.
Depuis l’été, les attaques contre les ports, les installations d’exportation et les navires commerciaux ont considérablement réduit les mouvements de céréales. La situation s’est encore tendue avec la multiplication des attaques visant les infrastructures et les navires associés aux échanges russes et ukrainiens.
Un navire marchand a notamment été coulé mardi au large de la Bulgarie après une attaque de drones, tandis qu’un autre bâtiment transportant des céréales a également été visé. Ces incidents ont suscité de nouvelles inquiétudes concernant la sécurité de la navigation commerciale dans l’ouest de la mer Noire.
La Russie et l’Ukraine touchées simultanément
La particularité de la situation actuelle réside dans le fait que les capacités d’exportation des deux grands producteurs de la région sont affectées simultanément.
En Russie, les attaques contre les installations portuaires de la mer Noire et de la mer d’Azov ont contraint certains opérateurs à réduire les livraisons de céréales vers les terminaux maritimes. Plusieurs ports russes disposent pourtant d’une capacité annuelle supérieure à 20 millions de tonnes.
En Ukraine, les attaques contre les ports de la région d’Odessa ont également fortement perturbé les expéditions. Les exportateurs cherchent désormais à renforcer les itinéraires alternatifs, notamment ferroviaires et fluviaux, mais ceux-ci ne disposent pas des mêmes capacités que les grands corridors maritimes.
Cette situation intervient au moment où plusieurs grands acheteurs internationaux doivent renouveler leurs stocks. Les importateurs d’Asie, du Moyen-Orient et d’Afrique, traditionnellement dépendants des céréales de la mer Noire, doivent désormais se tourner vers d’autres fournisseurs.
Cette réorientation entraîne mécaniquement une hausse des coûts. Les cours du blé de Chicago avaient déjà progressé d’environ 40 % depuis leurs points bas de juin, atteignant un sommet de trois ans et demi avant leur récente correction. Les prix physiques proposés par certains exportateurs concurrents ont également augmenté.
La pression est renforcée par une importante opération d’achat de blé réalisée récemment par l’Arabie saoudite, qui a absorbé plus d’un demi-million de tonnes dans un marché déjà marqué par la réduction des disponibilités de la mer Noire.
Un risque accru pour les prix alimentaires
La remontée du blé intervient dans un contexte plus large de renchérissement des matières premières agricoles. L’indice des prix alimentaires de la FAO a atteint en septembre son niveau le plus élevé depuis novembre 2022. Les céréales ont progressé de 5,1 % sur un mois, tandis que l’organisation a abaissé ses prévisions pour le commerce mondial de céréales en 2026-2027 en raison notamment des contraintes affectant les exportations de blé et de maïs de la mer Noire.
La poursuite des attaques pourrait donc avoir des conséquences bien au-delà de la région. Pour les pays fortement dépendants des importations céréalières, notamment en Afrique et au Moyen-Orient, une prolongation des perturbations maritimes pourrait se traduire par une hausse des coûts d’approvisionnement et, à terme, par une nouvelle pression sur les prix alimentaires.
Le marché du blé reste ainsi suspendu à l’évolution de la sécurité maritime en mer Noire. Tant que les exportations russes et ukrainiennes ne retrouveront pas un rythme normal, les opérateurs devraient continuer à intégrer une prime de risque dans les cours.